Vers la fermeture du Lycée Camille Saint-Saëns ?

La cour de Saint-SaensQui veut la peau du Lycée Camille Saint-Saëns ? La question a de quoi choquer élèves, parents d’élèves et enseignants du Lycée-Collège de centre ville, mais tout indique qu’une fermeture de l’établissement soit envisageable dans les années qui viennent. Voudrait-on y arriver, en tout cas, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

On n’en est pas là, mais c’est ce qui se dessine. Ce lundi 4 février 2013, les parents d’élèves de Saint-Saens organisent une journée d’action. Une journée qu’on peut s’attendre à voir largement suivie par les élèves et les enseignants. En cause ? La suppression d’une classe de seconde à la rentrée de septembre 2013. Comme dans les deux autres lycées publics de la rive droite de Rouen : les Lycées Corneille et Jeanne D’Arc. Mardi 5 février, un blocus et une manifestation sont d’ailleurs également prévus lycée Jeanne d’Arc à Rouen à la suite de suppression de poste et d’une éventuelle suppression des classes d’arts plastiques et arts appliqués à la rentrée 2013. Les trois établissements ont été informés il y a un mois de ces fermetures lors d’une réunion au rectorat.

Seule différence de traitement : au « Lycée-Collège Camille-Saint-Saëns ce sont :7 postes d’enseignants qui devront être supprimés, 5 pour le lycée, 2 pour le collège. Alors qu’une classe supprimée devrait avoir pour conséquence une quarantaine d’heures en moins pour le Lycée-Collège Camille- Saint-Saëns, ce sont en tout 140 heures de cours hebdomadaires qui sont supprimées, » indique le communiqué de presse publié dans le week-end par les parents d’élèves FCPE. Déjà, l’an passé, le collège avait perdu une classe.

La bonne méthode pour fermer

Des classes qui ferment, année après année, la méthode est bonne pour, finalement, fermer l’établissement. Dans une période où l’Etat cherche les moyens d’économiser de toutes les façons imaginables, la logique n’est pas absurde.

Ainsi, au lycée Saint-Saens, il y a huit classes de première : une littéraire, quatre scientifiques, et trois économiques. Comment organiser les choses l’année suivante, avec une classe de moins ? Comment peut-on imaginer que les souhaits des élèves concordent avec une organisation en sept divisions ? Et impossible d’imaginer des regroupements de classe : les contenus ne sont pas identiques d’une section à l’autre… Alors, supprimer la section littéraire ? Impossible… Refuser des élèves dans d’autres classes ?  En dessous d’un certain nombre d’élèves, les divisions en sections deviennent très complexes, voire impossibles.

D’autres indices n’incitent pas à la confiance. Jusque là, les parents qui avaient obtenu une dérogation pour que leurs enfants entrent au collège à Camille Saint-Saens étaient tranquilles : la scolarité s’y déroulait tranquillement jusqu’en terminale. Ce temps là est fini : et il convient de demander une nouvelle dérogation lors du passage en seconde. Et pour certains, ce n’est pas gagné, puisque les dérogations sont accordées par l’inspecteur d’académie selon les priorités définies par le ministère :
1 – les élèves handicapés
2 – les élèves bénéficiant d’une prise en charge médicale importante à proximité de l’établissement demandé
3 – les boursiers au mérite
4 – les élèves qui doivent suivre un parcours scolaire particulier
5 – les élèves dont un frère ou une sœur est scolarisé(e) dans l’établissement souhaité
6 – les élèves dont le domicile, en limite de zone de desserte, est proche de l’établissement souhaité

Et voilà tous les élèves contraints de respecter les règles du jeu. Pas forcément anormal, mais cela est perçu comme le signal d’un changement de fond dans cet établissement. Comme les élèves de Barbey d’Aurevilly ou ceux de Fontenelle, les collégiens de Saint-Saens peuvent aller au lycée à Jeanne d’Arc ou à Corneille.

Trois classes de seconde en moins sur Rouen droite, ce n’est pas anecdotique, et l’on ne prévoit pas de poussée démographique forte. La mairie impose certes la construction de logements pouvant accueillir des familles dans tous les programmes neufs, mais la population du centre ville est globalement vieillissante.

La concurrence du privé

En outre, les secteurs géographiques sur lesquels les lycée Corneille, Jeanne D’Arc et Saint-Saens sont à peu de chose près les mêmes. Avec de légères variables. Ainsi le lycée Corneille accueille les élèves d’Isneauville et Quincampoix. Mais le déménagement de l’Institution Rey de la gare à Boisguillaume change la donne. Il faut maintenant une dizaine de minutes aux élèves d’Isneauville pour se rendre dans l’établissement privé, et 40 minutes pour arriver à Corneille. Du coup, beaucoup privilégient l’offre privée, et c’est autant d’élèves de moins à Corneille…

A Saint-Saens, le collège est déjà tout petit, avec seulement trois classes par niveau, de la 6ème à la 3ème. Le lycée réduit son activité plus vite que les autres. Si l’on suit cette pente pendant encore quelques années, les lycées Corneille et Jeanne D’Arc disposeront largement de la place pour accueillir les élèves restant à Saint-Saens, et, alors, la décision paraîtra logique de regrouper les établissements.

Photo Tonio Vega

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6 réflexions au sujet de « Vers la fermeture du Lycée Camille Saint-Saëns ? »

  1. Je reste très étonné des explications données. La suppression de classe n’est pas décidée par le rectorat, cela ne fonctionne pas du tout comme pour les écoles primaires. Dans un EPLE (collège ou lycée) l’établissement reçoit une enveloppe horaire globale évaluée d’après sa structure et sa zone géographique d’implantation et la répartition de ces heures est votée par le CONSEIL D’ADMINISTRATION de l’établissement ! La suppression d’un classe dans un niveau est donc le fruit d’une décision de l’établissement. Je peux vous proposer la lecture de PV de ce genre de vote en établissement pour vous aider à en comprendre les mécanismes.

    • N’est-il pas envisageable que la suppression des heures soit décidée pour un objectif précis que le rectorat demande à l’établissement d’atteindre ? Ce genre de chose n’apparaissent pas toujours dans les PV, en effet.
      Objectif dans chaque lycée : une classe de seconde en moins, ce qui correspond à un volume horaire en moins. Mais le volume horaire pour Saint-Saens est bien supérieur à l’objectif initialement affiché.

  2. Je lis « blocus » prévu. Donc: interdiction d’accès aux cours pour les élèves qui le souhaitent, contrainte, menaces, violence à degré variable. Un détail, par rapport à la gravité (?) du dossier? Il s’agit pourtant de liberté. Détail?

    • Peut-on en déduire que lorsque groupes sortent ainsi directement l’artillerie lourde c’est que le dialogue a « mauvaise réputation »? Entendez par là que le dialogue semble ressembler désormais plus à un élément de communication des pouvoirs (si si on a « dialogué », c’est écrit là et y a même une photo) qu’à de vraies réflexions communes et participatives.

  3. @Sebastien Bailly
    je n’en sais rien, amis je sais que le vieillissement du centre ville entraîne forcément un nombre moins grand de jeunes dans les établissements scolaires ey donc des classes en moins, logiquement. Autrefois on allait faire les sections scientifiques à Corneille, les littéraires allaient à Jeanne d’Arc et les autres à St Saëns. On peut imaginer un retour à ce système sans envisager de fermeture.
    Il n’est pas dans l’intérêt du Rectorat de fermer un lycée.
    En général, plutôt que d’organiser une fermeture de classe les établissement ouvrent de nouvelles options pour attirer les jeunes (comme l’a fait le lycée Marcel Sembat, à Sotteville, avec l’implantation de l’enseignement de la langue des signes. (Si un bahut est bien passé près de la fermeture c’est bien celui là ! )

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