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souffrance dorsale et morale

Ce post, je l’avoue, n’est pas d’intérêt général.
Née au sud de la Méditerranée, installée à Rouen depuis 25 ans, je décide enfin de m’occuper de mes douleurs chroniques au dos.
Le toubib de famille ayant exclu de m’envoyer en thalassothérapie un an à l’île Moustique, malgré une argumentation serrée de ma part en faveur de cette solution, je me rabats sur kiné, infiltrations, visite à un spécialiste. Le kiné me fait des massages  (NB : c’est une dame, hélas), et commence d’abord par me poser pendant dix minutes un genre de bouillotte tiède sur le dos. La bouillotte me fait du bien, certes, mais je ne peux m’empêcher de penser que si j’étais restée dans ma Tunisie natale, mon dos bénéficierait  naturellement de 40¨C très souvent, sans aucun frais pour la Sécu. Par simple esprit-citoyen, je le fais remarquer à mon entourage masculin, mais n’obtiens en retour que des grognements vikings dignes de Rollon et sa bande.
Vendredi dernier : scanner (l’appareil dans lequel on est enfourné donne l’illusion d’être un cosmonaute en phase de décollage ; la suite prouve toutefois rapidement qu’il n’en est rien).
Quelques minutes plus tard la médecin-spécialiste examine devant moi d’un air dégoûté de grandes photos de ma colonne. Se lance ensuite dans une description navrée de mes vertèbres, et de mes disques, surtout celui situé entre L4 L5, en aussi piteux état, à ses dires, qu’un 78 tours des années 1920 ayant beaucoup servi (alors que – précisons-le quand même -, je suis un produit toujours très frais d’un des meilleurs crus du baby-boom).
Un lourd silence s’installe entre nous. Au moment où j’avais réussi à rassembler mes forces morales pour affronter à nouveau la vie, la dame m’assène un coup final : « En plus, votre dos n’est pas assez musclé ». Mon sang de sportive ne fait qu’un tour, et je m’apprête à lui rétorquer « Et vous, vos abdominaux seraient pas un peu mous par hasard ? ? », mais freine in extremis, comme on pile à ski face à une crevasse : faut rester en termes corrects avec cette technocrate de l’image numérique, puisque je suis probablement appelée à la revoir.
  Elle se met alors à rédiger un long rapport, où il est noté deux fois avec un soupçon de mépris que j’exerce une activité « sédentaire ». Je grince in petto « si elle préfère comme patients les cheiks nomades d’Arabie saoudite, qu’elle s’expatrie, je ne la retiens pas », mais là encore m’abstiens sagement.
Avant qu’on se quitte avec froideur, je me risque à poser une question qui compte pour moi quand même : « Qu’est-ce que vous me conseillez pour avoir moins mal ? ». La réponse fuse, scandalisée : « Voyons madame, je suis radiologue, c’est à un spécialiste du dos de se prononcer ! ».
« Sadique, va » murmurai-je en quittant la pièce virtuellement la tête haute (en fait plutôt courbée, à cause du mal au dos justement).

Ce billet est publié par une lectrice du Rouennais, à l’occasion du premier anniversaire de ce site.

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