Depuis 8 mois, les annonces se sont succédé. La Préfecture cherche un terrain où construire la prison qui doit remplacer l’actuelle Bonne Nouvelle en 2017. Jusque là en vain. Les avantages existent pourtant bel et bien pour des communes qui réuniraient certaines conditions.
Il a d’abord été question de Canteleu, Mesnil-Esnard, Bois-Guillaume ou La Vaupalière, en avril 2011. Les levées de bouclier ont été unanimes, des associations se sont constituées, des banderoles d’opposition au projet ont été tendues aux entrées de villes. Une nouvelle prison, pour remplacer la maison d’arrêt de la rive gauche, ouverte en 1864, est pourtant nécessaire : cellules trop exiguës, toilettes non cloisonnées, absence de ventilation, mauvaise hygiène des locaux, impossibilité de circuler pour les détenus handicapés sont autant de raisons qui ont fait condamner l’Etat pour atteinte à la dignité humaine… Sans parler de la surpopulation carcérale généralisée.
Si dans un premier temps, il était jugé indispensable de situer la nouvelle construction à 20 minutes du palais de justice de Rouen pour limiter les temps de transferts des détenus et permettre aux familles d’exercer leur droit de visite dans des conditions acceptables, une nouvelle étude a été lancée en portant ce temps de transport à 40 minutes. Les communes concernées sont du coup plus nombreuses, et plus rurales. Ce qui serait un atout non négligeable pour trouver les 15 hectares nécessaires. La zone s’étend du canton de Pavilly à La Rue-Saint-Pierre, Saint André-sur Cailly et Quincampoix, en passant par la communauté de communes Caux-Austreberthe (Pavilly, Bouville, Mesnil-Panneville), et le canton de Boos. Là, le maire de La Neuville chant d’Oisel s’est porté candidat, mais a du reculer face à la fronde de la population. Personne ne semble vouloir d’un établissement pénitentiaire près de chez lui.
Pas de prison, alors ? Les avantages sont pourtant possibles pour une commune. Dans le seul ouvrage consacré à la question, La prison dans la ville, aux éditions Eres, Martine Herzog-Evans, professeur de droit à l’université de Reims dresse la liste des avantages et des inconvénients pour une commune et ses habitants de l’implantation d’une prison.
Parmi les avantages, on notera que, paradoxalement, les locataires ont tout intérêt à l’implantation qui modérera ”naturellement” les loyers. La construction de la prison peut en outre ”favoriser la construction de logements, nécessaire à l’emménagement des personnels qui y travaillent. Dans de toutes petites localités, cela peut être ressenti de manière très positive, au travers de ses effets sur le commerce ou la survie, voire la renaissance de certains services.” La prison, n’en déplaise à Victor Hugo, peut éviter des fermetures de classe. Enfin, “ Les personnels et visiteurs présents sur son site peuvent contribuer à « faire marcher le commerce»”. La boulangerie, le café, la supérette à proximité peuvent bénéficier des mouvements autour de la prison.
Ces avantages sont en balance avec autant de raisons de s’opposer : il y a d’abord des opposants de principe, qui considèrent que la politique carcérale du gouvernement n’est pas la bonne, se cachant cette fois derrière Victor Hugo : “Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison”. La raison peut être plus pragmatique : ”Le rejet de l’installation d’une nouvelle prison peut [...] se fonder sur le fait qu’elle va immanquablement dévaloriser le standing d’une ville et ce de manière durable, comme le montre l’exemple ancien de Fresnes.” Impact qui rejaillira sur le tourisme et l’attractivité générale de la commune. Enfin, “la population locale ressent fréquemment la peur de « voir des délinquants dans les rues ». Celle-ci traduit à son tour la crainte de voir se produire des incidents (violences, vols, cambriolages, etc.).” Pas très rationnel, mais compréhensible.
Ecoutez Martine Herzog-Evans interviewée sur RFI à l’occasion de la sortie de son livre
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Faudra-t-il du coup installer la prison dans une commune rurale, excentrée, et connaissant une baisse de population et/ou des difficultés de trésorerie ? La géographie des prisons françaises a été étudiée à l’occasion d’un colloque sur l’architecture carcérale en 2010. Dans le résumé des débats, on trouve ces explications sur la carte pénitentiaire française et l’éloignement des prisons des centres ville.
“Par une approche géographique de la carte pénitentiaire française, il [Olivier Milhaud, maître de conférences en géographie] relève que les prisons sont moins excentrées qu’on ne le pense – la proximité à l’hôpital, au tribunal, aux forces de l’ordre, plus largement aux grands bassins démographiques, est bien présente. Par contre, à une échelle plus locale, les prisons tendent à être de plus en plus implantées à l’écart des agglomérations. Les raisons foncières comptent énormément, ce qui se traduit, de fait, par des implantations de prisons loin des secteurs à haute valeur des terrains. De plus, les effets de la métropolisation semblent chasser les prisons du cœur des villes et construire, ce que O. Milhaud appelle un anti-monde discret et à l’écart, en périphérie d’agglomération, loin des habitations. La diffusion urbaine et les concurrences interurbaines reconfigurent les espaces, marqués par des processus de sélections sociales, de filtrages fonctionnels et de fragmentation urbaine dans lesquels les prisons ne bénéficient pas assez de légitimité pour rester au sein des quartiers « gentrifiés » ou pour s’installer dans des périphéries cultivant l’entre-soi. C’est donc à grande échelle que les prisons semblent condamnées à devenir périphériques : à une certaine distance du centre-ville où toute ressource et prétextes à investissement publics sont bienvenus, et à la fois à distance des habitations pour permettre une acceptation plus facile par la société locale.”
Les données semblent donc connues : les spécialistes savent où la prison est acceptable par la population, et où elle ne l’est pas. Mieux, les autorités pourraient faire oeuvre de pédagogie, à renfort de publications et de réunions publiques pour convaincre des apports de la prison à l’ensemble d’une communauté en passe d’être concernée. La méthode ne semble cependant pas de mise dans le cas de la construction de la nouvelle prison de Rouen. Où cela nous emmènera-t-il ? La préfecture devrait, pour tenir les délais, annoncer une décision en 2012.
Reste un option, jusque là rejetée à Rouen, parce que sans doute très coûteuse et relativement complexe à mettre en place. Pourtant, à Pau, la maison d’arrêt qui date elle aussi du début de la seconde moitié du XIXème siècle aurait pu être détruite. Le Ministère de la Justice a finalement fait marche arrière, et elle sera réhabilitée. Une piste pour celle de Rouen ?

Cet article me paraît bien subjectif. Il insiste beaucoup sur des avantages non réels et peu sur les contraintes d’un tel établissement en zone rurale.
Pour les avantages, je cite: ‘parmi les avantages, on notera que, paradoxalement, les locataires ont tout intérêt à l’implantation qui modérera »naturellement » les loyers’ –> En Zone Rurale, la plupart des habitations sont des pavillons individuels dont les habitants sont propriétaires, qui vont être touchés par la dévaluation de leur bien.
Pour les nuisances, non cités dans cet article ‘ Pourquoi ?’
Nuisances sonores visuelles,parloirs sauvages !
Charges supplémentaires pour la commune (voir prison du Havre) : Nouvelle secrétaire pour la commune, aménagement (rond point à la charge de la commune= pour réguler le trafic. –> En % du budget, une prison est donc mieux dans une grosse commune !
Trafic entre tribunal et prison –> Pollution
Destruction de terres agricoles
Profitons du retour d’expérience de la prison du Havre, dixit le Maire de Saint Aubin sur Routôt, “Une Prison n’apporte rien à une commune rurale” .
Salut Sébastien
(orthographe, 1ère ligne: “se sont sont succédÉ”. Ce participe passé est invariable.
A part ça bonne chance pour Grand Rouen.
Merci !
oh purée, Narvic, tu peux venir sur mon site ? Il parait que je fais trop de fautes. Prévois au moins une page pour les corrections.