Un haut-normand sur six ne comprendra pas ce titre

Qui est le frère de qui dans la famille Boudar ? À la lecture du programme télé, cela peut sembler évident. Pas pour tout le monde. La lecture est pour certains une vraie difficulté, voire une impossibilité. Rien de très grave pour le résumé du feuilleton, mais dramatique lorsqu’il s’agit de lire une ordonnance, surtout quand s’y associent des difficultés de calcul. Combien de cuillères, de gouttes, quelle fréquence pour les cachets ? Pire encore lorsque ces lacunes s’accompagnent de l’incompréhension des consignes orales. Une conjonction qui touche 4% des hauts-normands.

La région Haute-Normandie fait maintenant partie des 4 régions qui bénéficient de chiffres précis pour mesurer l’étendue des dégâts. L’Insee les a rendus publics le 19 novembre 2012. Parmi les Hauts-Normands de 18 à 65 ans, 17% éprouvent des difficultés conséquentes face à l’écrit. Pour 12% d’entre eux, ces difficultés peuvent êtres qualifiées de graves ou préoccupantes. C’est 127 000 adultes. L’ensemble des données rendues ainsi publiques est disponible sur le site de l’INSEE.

On ne parle pas d’illettrisme. Parce que l’illettrisme ne concerne que les personnes ayant fait leurs études en France, c’est la définition. On parle là de difficulté face à l’écrit. L’Insee a mené une enquête d’ampleur, sur 1600 personnes, vues en face à face, à qui on a fait passer des tests avant de les classer en catégories.

Quelques enseignements à en tirer ? Les difficultés croissent en fonction de l’âge : les jeunes sont mieux armés que les anciens. Mais chez les plus jeunes, c’est la situation des femmes qui est particulièrement préoccupante : 16% des femmes sont en difficulté face à l’écrit contre 5% des hommes chez les 18-29 ans.

Difficile d’expliquer ces écarts, qui ne se retrouvent pas tels quels au niveau national. Mais les chiffres vont permettre d’organiser des actions mieux ciblées et, espère Catherine Belmans, de l’Agence Nationale de lutte contre l’illetrisme : « de sortir des idées reçues sur l’illettrisme, de changer le regard sur ce phénomène en en mesurant l’ampleur ». L’objectif est d’arriver à « porter un regard positif pour favoriser une dynamique pour mettre en oeuvre des actions au bénéfice des personnes qui en ont le plus besoin. » Un pas, donc, dans le chemin qui permettra de faire diminuer les chiffres au fil du temps. Un pas d’autant plus important socialement que, plus on éprouve de difficultés vis à vis de l’écrit, plus on est éloigné de l’emploi.

Les résultats de cette enquête conduite par l’INSEE révèlent que 7% des personnes qui ont été scolarisées en France peuvent être considérées en situation d’illettrisme en 2011 en France, contre 9% en 2004. Une amélioration qui s’explique en particulier par le changement de génération (et, non, ce n’était pas forcément mieux du temps du certificat d’études). En Haute-Normandie, le chiffre est de 8%, mais seulement de 5% en Ile-de-France et de 12% dans la région Nord-Pas-de-Calais.

Au niveau national, 61 organisations sont mobilisées en vue obtenir le label grande cause en 2013 pour l’illettrisme. Elles ont ouvert un site web pour soutenir cette initiative, et multiplie les actions, comme de fausses publicités qui obligent à se pencher de près sur ce qui est écrit pour comprendre de quoi il s’agit.

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