Un conseil de classe sans notes

Grand-Rouen a assisté à un conseil de classe après un trimestre de sixième sans qu’aucune note soit donnée.

C’est un classe de sixième comme les autres au collège Camille Claudel, à Rouen. Une Zone d’Education prioritaire et un collège moderne, des bâtiments de 1997, 400 élèves. Pas le paradis, mais pas non plus le pire des établissements, même si, ici, le contact avec les parents est parfois un peu compliqué à établir.

Lundi 3 décembre 2012, c’est le conseil de classe. Le premier du genre, car dans cette sixième, depuis le début de l’année, les enseignants ne donnent pas de note. On expérimente, en grandeur réelle, de nouvelles façons d’évaluer le travail scolaire. C’est pour y voir de plus près qu’on a demandé à assister à ce conseil là. Et l’on voit.

Les enseignants sont là. A droite de la professeur principale, les matières scientifiques : math, techno, SVT. A sa gauche, le principal adjoint, qui préside le conseil, puis les enseignants « littéraires » : histoire-géographie, français, anglais, musique. En face, les deux délégués des élèves, et quelques chaises vides. Car ce conseil de classe ne se déroule pas comme les autres : les familles sont invitées, l’une après l’autre à assister aux débats concernant leur enfant. Sur dix-sept élèves, douze seront représentés. Un succès.

Le bilan des attitudes de chaque élève permet de faire le point sur sa façon d’être en classe et sur son rapport au travail

Pour chaque élève, le principal adjoint a une fiche papier, avec les acquisitions : acquis, non acquis, en cours d’acquisition. Trois possibilités pour une liste de compétences, matière par matière, mais aussi dans le domaine du « vivre ensemble », de l’attitude. Devant lui, sur l’écran de son ordinateur, des fiches synthétiques. Dans chaque matière, une barre, et trois couleurs, vert pour acquis, orange pour en cours d’acquisition, rouge pour non acquis. Pas de notes mais ces thermomètres, plus ou moins verts selon que l’élève est plus ou moins à l’aise.

Le bilan général fait par les enseignants montre une classe plutôt agréable, mais un déficit du côté du travail à la maison. Le professeur d’histoire-géographie parle ainsi d’une « classe intéressante », d’une « ambiance sympathique ». On sent chez tous les membres du corps enseignant de l’intérêt pour les élèves même si, de l’aveu du professeur de mathématiques, « des élèves perturbent le bon déroulement du cours ».

Les deux délégués de classe ne contestent pas : « en math, il y en a qui fichent beaucoup plus le bordel que dans les autres matières »… Le bazar, on dit le bazar, lui rappelle-t-on… L’absence de note ? « On est différents des autres classes« , explique le délégué. Et la déléguée : « les autres nous demandent notre moyenne… » mais, précise son camarade : « maintenant presque tout le monde le sait. On nous pose beaucoup de questions, parce que les autres ont des notes sur 20″… Comme, finalement, « à l’école primaire, il n’y avait pas de notes », les élèves ne semblent pas plus déstabilisés que cela.

Suit le défilé des parents. Le père souriant de Léo (les prénoms ont été changés), « la référence », pour ses professeurs, dont il est dit « la seule chose qui peut t’arriver, c’est que ça baisse ». Il y a Jason, qui arrive avec sa mère, son frère et sa soeur, qui reste mutique : « si tu ne te remues pas, ça va pas le faire », et puis Stéphane, dont la mère travaille, qui arrive en retard, fatiguée, c’est le perturbateur. On sent la maman dépassée. L’enfant regarde la télé tous les soirs… Jusqu’à quelle heure ? Elle ne sait pas : s’endort avant. Il faudrait enlever la télé de la chambre. On doute à sa réaction qu’elle le fasse. Stéphane ne l’a pas accompagnée. On ne connaîtra pas son avis. Puis untel, unetelle, des sourires, de l’inquiétude et la joie des encouragements, voire, pour certains, des félicitations du conseil de classe.

Le bulletin présente pour chaque matière une liste de compétences, et leur acquisition, ou non, par l’élève.

Ce qui frappe au fil des cas, c’est le temps passé sur les attitudes, la relation au travail, le savoir-être plus que sur les compétences. Les fiches préparées par le principal adjoint ne serviront pas. Pas un seul parent ne posera de question sur le mode d’évaluation. L’absence de note semble naturelle, acquise.

Pour la professeure de sport, aussi professeur principal, l’absence de notes est une bénédiction pour les mauvais élèves, qui ne subissent plus les moyennes catastrophiques qu’on leur imposait jusque là. Mais, vite, déjà, chacun quitte la salle : un autre conseil de classe a démarré, avec des notes celui-là.

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2 réflexions au sujet de « Un conseil de classe sans notes »

  1. Bizzaroide de chez bizzaroide. Victoire définitive des soixantehuitards fils de petits bourgeois. Il est interdit de’interdire, il est interdit de noter parce qu’on peut traumatiser l’élève. Résultat comme il n’y a plus de repères et donc les enseigants noteront à la tête du client ; ce qui est mille fois plus odieux. On passe d’un enseignement cllassique où les bons élèves avaient des bonnes notes et les mauvais élèves des mauvaises notes à un système foireux où on parle d’acquis. On ne traumatise pas les élèves mais on les fera souffrir car pour chaque emploi il faut des qualités : comment un élève qui a des acquis en maths pourra devenir ingénieur s’il n’a pas les qualités pour. Du grand n’importe quoi gauchiste.

  2. Cher monsieur guillaumefichet… Quelque chose me dit que vous n’êtes pas enseignant. Les pratiques pédagogiques sont parfois obscures quand on les regarde depuis la grille d’entrée des établissements scolaires, il est normal que vous ne voyiez pas très bien de quoi il retourne.
    Je vous propose de lire un petit billet que j’ai commis afin de mieux comprendre ce que signifie l’abolition de la notation chiffrée (et non pas l’abolition de l’évaluation).
    http://milasaintanne.wordpress.com/2010/08/16/to-note-or-not-to-note/
    et la suite :
    http://milasaintanne.wordpress.com/2010/08/17/et-si-je-ne-mets-plus-de-notes/

    Je vous souhaite un bon réveillon.
    Mila.

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