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Culture

Scène des musiques actuelles : le débat

Alors que le Hangar 106 devrait accueillir une salle dédiée aux musiques actuelles, ce projet n’est pas sans provoquer de nombreux débats parmi les principaux acteurs du secteur sur la scène rouennaise. Stéphane Maunier et Dominique Piednoel ont accepté de répondre à nos questions à ce sujet. Stéphane Maunier est responsable du Kalif, lieu de création, outil de travail et lieu de vie de plus de 500 musiciens de l’agglomération rouennaise. Dominique Piednoël est responsable de l’association Tam Tam dont l’article 1er des statuts déclare un objet qui reste : "l’émergence et la structuration d’un projet SMAC" et réside à l’Exo 7, à Petit-Quevilly.
Concrêtement, Le Rouennais a envoyé par mail les trois mêmes questions à Stéphane Maunier et Dominique Piednoel. Voici les réponses qu’ils ont retournées.

1- Les « musiques actuelles », c’est un concept qui peut sembler large, pour vous, quelle en est la définition ?
Stéphane Maunier : Les musiques actuelles regroupent tout un éventail de styles musicaux qui ne rentrent pas dans le cadre des musiques classiques, folkloriques, traditionnelles et dans celui du jazz: le rock, le reggae, le hip hop, le métal, la pop et plus récemment les musiques électroniques… etc. Cette différenciation, bien que pratique, ne colle pas vraiment à la réalité. Des unions s’opèrent entre les différentes esthétiques: rock et folklore, jazz et electro, métal et classique… De plus le terme «actuelles» fait appel à une notion de temporalité, de présent, alors que certains courants existent déjà depuis plus de quarante ans. Il est cependant révélateur de l’étroite corrélation entre la musique et de son adaptation à l’évolution de notre société.

Dominique Piednoel
: Très rapidement, les musiques actuelles sont un pan important de la culture musicale de très nombreux français de 12 à plus de 50 ans. Du rock au jazz, de la chanson au hip-hop, de l’electro aux expressions traditionnelles ou world, on y retrouve "tout" sauf le classique ou les musiques dites savantes (encore que cela pourrait être creusé). Points communs : l’electroamplification, des formes de pratiques, des besoins parfois transversaux et identiques, une histoire avec un partrimoine fort, des lieux très identifiés, des publics souvent "passe-muraille", des expériences dites "buissonnières" où l’on mêle image, danse, impro, numérique etc… Loin de l’académisme d’autres arts, c’est une multitude majoritairement autodidacte dans une pluralité de genres musicaux. Un mode de vie.

2- Quels seraient les avantages et les inconvénients de la création d’une salle des musiques actuelles dans le Hangar 106 ?

Stéphane Maunier : Les avantages de ce projet sont de provoquer une
mobilisation des acteurs de terrain et particulièrement de la part des
musiciens ainsi que d’apporter une réponse à une question qu’ils se
posent sur la création et la diffusion de la musique dans
l’agglomération de Rouen. De plus, la réflexion du 106 aura mis au
devant de la scène le riche potentiel musical de cette ville, qui je
l’espère, sera dans l’avenir estimé à sa juste valeur. Le principal
inconvénient serait de ne pas avoir inclus, et ce dès l’élaboration de
la philosophie du projet, des musiciens qui ont une pratique de ces
équipements et des idées intéressantes, pertinentes à formuler sur un
sujet qui les concerne directement.


Dominique Piednoel
: Distinguons la salle (lieu où l’on met des
artistes en scène) de la notion globale de "scène de musiques
actuelles" (projet de l’Etat qui définit une salle - décrite juste
avant - plus des espaces de répétition, formation, des moyens d’aide,
d’information etc.). Nous avions élaboré un 1er projet. Celui d’une
SMAC à fonctions "réparties" sur le territoire de l’agglo autour d’un
"existant" repéré. Une coordination de moyens entre salle/exo7, lieux
de répétition/dont kalif’, écoles de musiques etc. Tous les critères
"SMAC" étaient respectés et c’était une solution pour les acteurs et
lieux qui convergaient, libres, au sein d’une même politique publique.
Perdre cette possibilité d’unifier (donc de pacifier) un secteur est un
inconvénient du "tout-en-un". Mais le 106 amène d’autres avantages dont
une grande visibilité d’action culturelle, d’accueil de projets
artistiques ou de parcours internes performants (accueil, conseil,
répetition, numérique, danse, image, scène…). Le 106, c’est le
magasin moderne où l’on trouve tout. L’ancien projet, c’est la
rue commerçante et sa superette refaite et connue, là où des gens
survivent avec leurs métiers. Ce sont des approches différentes.


3- De quelle façon allez vous faire entendre votre point de vue ?


Stéphane Maunier
: J’ai pris l’initiative de réunir le Conseil
Régional, la ville de Rouen, la Communauté d’agglomération rouennaise,
le Conseil Général de la Seine Maritime, la direction régionale des
affaires culturelles et le pôle régional des musiques actuelles. Lors
de deux réunions, l’ensemble des participants a validé la pertinence du
projet de développement que je mène sur le Kalif’ et l’importance qu’a
pris cet équipement dans le paysage culturel. La ville de Rouen et le
Conseil Régional ont financé le Kalif’ cette année et soutenu mon
nouveau projet. Je pense que mon point de vue a été entendu, mais je
continuerais à réunir les différents partenaires publics et
professionnels pour que le travail que nous menons ensemble porte ses
fruits.

Dominique Piednoel
: Si Tam-Tam postule au projet 106, ce sera, comme
depuis 5 ans, en publiant tout, en recontrant ceux qui échangent
honnêtement sur un sujet avancé mais pas clos. Ici ou là, des
professionnels de l’embrouille polluent le débat avec arrière-pensées
et faux arguments. Nous observons le collectif "le Supergroupe" que
nous soutenons et où se trouvent bon nombre de ceux qui ont reçu ou
demandent notre soutien, ont été ou demandent à être programmés. Nous y
entendons aussi des énormités (au nom du soutien au Kalif’ ?) et voyons
la confusion entretenue par des langues malsaines. Ayant tendu
plusieurs fois la main au Kalif’ en 5 ans, Stéphane le sait bien, nous
ne prouvons pas notre soutien. Il l’a. Nous n’avons ni changé, ni tout
fait. Aurait-on pu tout faire d’ailleurs avec 1/7ème du budget de
structures similaires qui ont plus de 10 salariés quand on en a qu’un ?
L’énorme sollicitation actuelle est le meilleur retour sur ce qu’on a
bien fait. Nous n’avons jamais été "contre" un lieu ou un projet mais
"pour" promouvoir plus largement notre secteur. Nombre
d’artistes adhérent. Est-ce que ça gène ? Nos 22 administrateurs vont
débattre. 5 années sur le sujet SMAC rappellent notre action
et l’éthique que nous ne retrouvons nulle part dans la région et que
nous voulons défendre. 20 ans d’engagement, de pratique, de
réalisations (réussies) valident notre légitimité et font l’histoire
d’un secteur balloté par des machands de sommeil. Nous, nous souhaitons
juste être là où il faut être utiles.

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