Sylvain Amic veut rendre les musées aux Français

Sylvain Amic, directeur des musées de Rouen, souhaite rendre les musées aux Rouennais et aux Français. Portrait.

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Pour arriver au bureau de Sylvain Amic, il faut prendre le grand escalier en marbre du musée des Beaux-Arts de Rouen, contourner la verrière, se faufiler de salle en salle, passer près des chefs-d’oeuvre de Géricault ou Delacroix et enfin trouver la petite porte au fond d’une salle.

Pas le genre conservateur poussiéreux, pas le genre à avoir sa langue dans sa poche. Sylvain Amic raconte. En 2008, il est allé voir une exposition sur le futurisme au centre Georges Pompidou à Paris. « Mes enfants ont détesté. Il fallait s’y connaître pour la comprendre, il y avait des choses trop pointues », se souvient-il.

Sa conception du musée est à l’opposé de ces regards d’enfants déçus, qui traînent des pieds. Sylvain Amic est directeur des musées de Rouen depuis l’automne 2011. « C’est un patrimoine public, tout le monde doit y avoir accès. Il faut retisser le lien avec la population, leur dire Regardez ce qui vous appartient !« , estime-t-il. « On les assimile à des cimetières, les gens ne savent pas que ce sont des lieux vivants ».

« Il faut partir de ce que le public connait pour l’amener plus loin, et pas le contraire. On ne crée par une exposition pour ses confrères. L’idée est de travailler sur la curiosité des gens. Avoir plusieurs approches qui amorcent l’intérêt », explique-t-il. Dans la salle consacrée aux ponts et à l’impressionnisme, Sylvain Amic a donc introduit des photos, croisé des histoires de Révolution Industrielle, pour que le visiteur s’y retrouve, d’une façon ou d’une autre.

Chaque étiquette, chaque texte de chaque oeuvre a été réalisé par Sylvain Amic : « Je fais toujours attention à ce que les textes soient simples, sans mots spécifiques à l’histoire de l’art. L’autre jour, j’ai utilisé le mot védutisme sur une étiquette, on me l’a reproché ». Le directeur de musée tient aussi à des « accrochages spectaculaires« , de sorte que la personne n’ait peut-être pas besoin de lire ou de relire l’étiquette » pour être emportée par le tableau.

Et pour retenir l’attention des enfants, au moins quelques minutes ? « Il ne faut pas espérer qu’ils enregistrent toute l’histoire de l’art. Il doivent sentir qu’on peut picorer dans les informations« , prévient l’ancien instituteur qui tient au respect du développement des plus petits. Il continue : « Il y aura toujours une oeuvre qui se prêtera à la discussion est au dialogue. Et certains points accrocheront plus, l’habileté, la préciosité, la rareté, le génie. »

Son peintre fétiche, son génie à lui ? Gustave Courbet, dit-il, « car il a réussi à s’affranchir des règles de son temps. Il s’inscrivait dans le champ politique, était connecté à la sensibilité contemporaine, en prise dans le monde réél. Il fait partie de ceux qui ont lancé le monde moderne ».

Sylvain_Amic2Sylvain Amic a l’accueil et la décontraction de quelqu’un du sud. Ce fou d’art moderne et contemporain est né en 1967 à Dakar. Ses parents étaient professeurs coopérants en Gambie. « Ils ont fini par signer la mauvaise pétition et ont été renvoyés en France », sourit celui qui grandit à Nice où il baigne dans la culture. « La Côte d’Azur est une zone d’art contemporain et moderne très importante en France. Il y a beaucoup de musées, de fondations, d’écoles d’art », explique-t-il. A 14 ans, il se « rend compte de ce qu’est une grande exposition » lors d’une rétrospective de Turner au Grand Palais à Paris. Mais il ne consacre pas tout de suite son temps à l’étude de l’art.

Bac mathématiques physique et technologique en poche, Sylvain Amic devient instituteur, travaille à Nice, puis en Afrique. Pendant son temps libre, il étudie la langue et la civilisation chinoises, vend des piges culturelles à des journaux et des magazines, s’attarde sur l’art des jardins et leur histoire. C’est en rentrant en France, à 25 ans, qu’il entame une licence d’histoire de l’art et se spécialise dans la période 18ème – 20ème siècle. Puis il présente le concours de l‘institut national du patrimoine (INP) et devient conservateur en 1999.

Dès 2000,  il atterrit à la conservation des collections modernes et contemporaines du musée Fabre de Montpellier. Après onze ans, il prend la direction à l’automne 2011 des musées de Rouen. C’est son premier poste à la direction d’un musée. Là, aidé par un administrateur, il supervise 110 personnes, les collections, les deux grandes expositions annuelles, tout est sous sa houlette. Ce sont 100 000 visiteurs par an sur les trois musées.

Et pour tenir à flots cet établissement à la « collection exceptionnelle et complète pour un musée de province », Sylvain Amic a quelques d’idées. Par exemple, proposer deux rendez-vous annuels, au printemps et à l’automne, plutôt que « plusieurs petites expositions ». Avec des expositions d’envergures internationales.

La prochaine exposition ? Elle débutera le 22 novembre 2013 : les salles Duchamp seront redisposées, des portraits en pastel du XIXème sorties des réserves, une salle sera consacrée à Flaubert et Emma Bovary. La scénographie a été confiée à Olivia Putman, dont la mère Andrée avait rénové le musée il y a vingt ans. Bien d’autres surprises sont prévues. Avec un objectif : « déstabiliser le public ».

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