Stan The Flasher balance son Mont-Gargan

Ce 22 septembre 2012, c’est le jour de la sortie du nouvel album du groupe rouennais Stan The Flasher. Il s’appelle Mont-Gargan. Du nom d’un quartier de Rouen. Interview d’Hervé Tirilly, le chanteur.

L’album s’appelle Mont-Gargan. On se souvient que vous avez connu un vrai succès d’estime avec votre titre « Rouen » en 2008. Quelles sont les raisons qui vous font placer la capitale normande au coeur de votre travail ?

Au moment de « Rouen »et du clip qui l’accompagnait, il y a eu un réel malentendu entre une partie du public et cette chanson. Dans « Rouen » on parlait des villes en général et pas de «Rouen » en particulier. Evidemment, on a pris l’exemple de la cité qu’on connait le mieux mais ce qu’on y dit est adaptable à toutes les villes de France ! Ceci dit, cela nous a valu beaucoup de fans… au Havre ! Le nouvel album s’appelle « Mont-Gargan » car c’est un endroit assez symbolique pour trois des membres du groupe. Niko, le guitariste y a vécu toute sa jeunesse, d’ailleurs ses parents y habitent encore. Hasard étonnant, Stef, le bassiste, vient d’y acheter une maison qui se trouve être l’ancienne maison de la nourrice de Niko. En ce qui me concerne, quand je chantais avec Violette Nozière, mon premier groupe au début des années 80, notre local de répétitions se trouvait dans la cave de l’école Jules Ferry. Toutes ces coïncidences, ont fait que le nom de l’album s’est imposé de lui même. Et puis le quartier du Mont-Gargan ressemble un peu à ce que sont les Stan aujourd’hui. Les différents musiciens qui sont passés dans le groupe ont apporté leur pierre à l’édifice et tout s’est construit un peu au fur et à mesure. Il n’y a pas eu de plan d’occupation des sols, comme au Mont-Gargan ! Plus globalement, le fait que nous soyons rouennais (ou presque) n’a aucune incidence réelle sur nos compositions. Ce sont juste parfois des clins d’oeil, des lieux, des rappels de notre vécu qui peuvent interférer…Sur « Mont-Gargan », il y a aussi une chanson sur la révolution des Oeillets au Portugal, une autre qui s’appelle « Vaugirard », quartier parisien, ou « Tommy Boy » qui baigne dans une ambiance américaine.

Dans le premier extrait de l’album, chanté en duo avec Lady Arlette, il est beaucoup question de Thiéfaine. Le nom de votre groupe est une allusion directe à Serge Gainsbourg. Quelles sont vos principales références musicales ?

En ce qui concerne Thiéfaine, il faudrait demander à Annabelle car cette chanson a été écrite à quatre mains, chacun ses couplets ! Personnellement, je n’ai aucun album de Thiéfaine ! Niko et moi, on a beaucoup écouté Gainsbourg mais étrangement, on le cite rarement dans nos influences car on est plutôt venus à la musique avec le rock anglais.

Chez les Stan, on écoute un peu de tout et surtout on écoute beaucoup de choses ! Globalement, le consensus se fait sur certains groupes des années 80 comme Cure, New Order, Joy Division, les Smiths ou le Clash mais je pourrais également te citer Mickey 3D, Blur, Bloc Party, Miossec, les Pet Shop Boys ou Daho. On se tient au courant de ce qui sort, on en discute pendant les répétitions mais on a chacun nos styles et c’est souvent assez tranché !

Le premier single « Le monde change » semble terriblement nostalgique… « Le monde change et je ne m’en fais pas », dit le refrain avec une sorte de fatalisme qui parlera surtout aux quadras, voire plus. Est-ce que cela doit nous laisser penser que vous, vous ne changez pas ?

Tout le monde change ! Au début des Stan, on montait sur scène avec des costumes à paillettes et pour « Mont Gargan », je suis en costume cravate ! Effectivement, il y a un peu de nostalgie là-dedans mais pas trop non plus. L’album a un côté années 80 revendiqué. Pour le visuel, on s’est très largement inspiré d’une photo de Gilbert & George qui date du début des 80′s. Musicalement aussi, on a volontairement travaillé certains sons pour qu’ils sonnent un peu plus« new-wave ». Ca nous a permis aussi de nous écarter du registre chanson française alternative dans lequel on nous avait étiqueté sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. Fondamentalement, on est là pour faire de la pop. Ecrire des chansons couplet-refrain avec des mélodies qui se retiennent. Le fait que j’y colle des textes qui ont un sens ou qui racontent des histoires fait parfois pencher le truc vers la « chanson française » mais je trouve cette appellation réductrice dans la mesure où elle sous-estime souvent l’aspect musical. Et puis Stan The Flasher a bien changé depuis les débuts en 1992. Je suis le seul rescapé de l’équipe initiale mais une chose n’a pas changé : l’état d’esprit du groupe et les principes qui ont fait sa force. Malgré les changements successifs, les musiciens se sont passé le flambeau et chacun des nouveaux arrivants a investi les acquis et les antécédents du groupe. C’est le secret de sa longévité.

Le groupe a aujourd’hui 20 ans, des centaines de concerts, des critiques élogieuses dans la presse, mais pas encore d’accès aux hits parades des radios grand public… C’est frustrant ? Ou c’est juste parce que ça doit venir avec Mont-Gargan ?

Oui c’est frustrant. Terriblement frustrant, même. Mais l’industrie de la musique et de la culture en général est comme ça. Tant que tu n’es pas signé chez un label influent, tant que tu ne connais pas la bonne personne au bon endroit, on ne t’ouvre pas les portes. Paradoxalement, l’arrivée du net n’a rien changé. L’accès à ceux qui font l’information culturelle et donc, la possibilité de faire connaître ta création, se restreint de jour en jour, même au niveau local.

Tu envoies un e-mail, on ne te répond pas. Tu téléphones, on ne prend pas ton appel. Tu envoies ton disque, on ne l’écoute pas. Quelle qu’en soit sa qualité. En revanche, si tu connais machin, si t’es la fille de…c’est différent. Où sont passés les directeurs artistiques des maisons de disques qui écumaient les salles de concert ? Et où sont passées les maisons de disque tout court ! Il faut donc apprendre à faire sans eux, créer une économie parallèle, en autoproduction et donc oublier les grandes ondes. C’est un travail de fourmi. En principe, le net donne une ouverture plus grande mais ce n’est que de l’émiettement de notoriété. Quand tu entends « Cet artiste est devenu célèbre grâce à internet », c’est du pipeau ! C’est juste qu’il a eu la chance qu’une personne influente le repère sur la toile et le fasse entrer dans le circuit mais le net ne suffit pas à te faire passer sur MTV ou sur Canal !

Si ça vient avec « Mont-Gargan », après 20 ans à ramer dans les bars à économiser pour se payer l’enregistrement d’un album, eh bien, ça sera tant mieux pour nous !

Quelque chose à ajouter pour la défense de Stan The Flasher ?

Cet album a été un vrai chemin de croix. On s’est accroché, on s’est battu, on a tout mis dedans, au niveau humain et financier. Si les gens qui l’écoutent l’apprécient et ressentent la sincérité, la sueur, l’exigence et le temps qu’on y a passé et surtout, s’ils nous font part de remarques positives, ça nous permettra d’avoir la niaque de continuer et de lancer rapidement un nouveau projet. Comme on est deux dans le groupe à venir de Dieppe, le prochain album s’appellera peut-être Le Pollet, le Bout-du-Quai ou le Bas-Fort-Blanc !

Vous pouvez retrouver les Stan The Flasher ici et ici.

 

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