Récupération de points, et alors ?

En Seine-Maritime, le nombre de tués est passé de 5 en juillet 2011 à 8 en juillet 2012 (dont 3 dans le même accident). Les stages de récupération de points sont-ils une solution pour faire évoluer les comportements des automobilistes ? Ils existent en France depuis la création du permis à points en 1992. Ces stages se déroulent sur deux jours, coûtent en moyenne 250 € et permettent de récupérer 4 points sur le permis de conduire. Claudine Lefebvre, animatrice permis à points de l’auto-école Euroformation à Rouen répond à nos questions.

Avez-vous observé une augmentation du nombre d’inscrits cette année dans ces stages de récupération de points ?

Nous n’avons pas observé de forte augmentation en ce qui concerne les inscriptions aux stages de récupération de points. Du 2 janvier au 15 août 2011, nous avons reçu 503 stagiaires contre 526 en 2012 pour la même période. Nous proposons un stage par semaine toute l’année et nous recevons en moyenne 16 stagiaires. En général, nous sommes constant, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de mois où l’on reçoit plus de stagiaire qu’un autre.

Quel est le profil des automobilistes présents en stage de récupération de points? 

Le profil des conducteurs présents lors de ces stages est très varié. Ce n’est plus comme au commencement dans les années 1992-1993, où les salles de formation étaient remplies de commerciaux. Aujourd’hui, il n’y a pas de catégorie socio-professionnelle qui se détache. Ca peut aller de la conductrice retraitée qui, parce qu’elle était pressée passe au feu rouge, au monsieur qui fait un excès de vitesse parce qu’il était en retard pour emmener ses enfants à l’école…

C’est intéressant car dans les salles de cours nous retrouvons des profils différents, à l’instar de ce que l’on retrouve sur la route. Les discussions sont riches, les discours des uns peuvent interpeller les autres.

Quelles sont les raisons qui poussent les automobilistes à s’inscrire en stage ?

En général, ce sont des personnes qui ont commis un certain nombre d’infractions au code de la route et qui sont en-dessous des 6 points sur leur permis de conduire. Lorsqu’un automobiliste descend en-dessous de la barre des 6 points, les pouvoirs publics envoient un courrier recommandé expliquant à l’automobiliste qu’il est au milieu de son capital de point et qu’il a possibilité de passer un stage de récupération de points. Ce système a été mis en place pour éviter les invalidations de permis de conduire. Il est déjà arrivé que des automobilistes prêtent leur voiture à des amis et que ces derniers se fassent flasher par un radar automatique. Le problème c’est que les points sont enlevés au propriétaire de la voiture et que la plupart des gens se préoccupent plus de l’amende que des points perdus. On a déjà eu des personnes en stage qui ont perdu plusieurs fois des points alors que ce n’était pas elles au volant.

Dans ces stages, nous avons aussi régulièrement des jeunes qui sont en permis probatoire. Et ces personnes ne sont pas là de leur propre plein gré. Si ces jeunes permis font une infraction qui leur enlève 3 points ou plus, ils reçoivent un courrier recommandé les obligeant à faire un stage. A réception du courrier, ils ont 4 mois pour faire le stage.S’ils respectent ce délais les pouvoirs publics remboursent le montant de leur amende. Si le délais n’est pas respecté, faute de moyens pour payer le stage ou simplement par refus, l’automobiliste est convoqué au tribunal de police et peut avoir une amende et une suspension de permis. Dans tous les cas l’automobiliste sera obligé de faire le stage.

Quelle sont les infractions les plus courantes?

Les gens ont beaucoup plus d’amendes et de retraits de points lorsqu’ils grillent un feu rouge du fait de l’installation récente des radars de feu. En général, ce sont des personnes qui prennent l’habitude de forcer sur le feu orange.

En 2010, 46% des infractions pour lesquelles les automobilistes perdent 1 point sont des excès de vitesse de moins de 20 km/h.

Par contre, les infractions dues au téléphone au volant se sont réduites car depuis le 5 janvier 2012, les sanctions se sont alourdies. Au lieu de 2 points en moins, l’automobiliste s’en voit retirer 3 et au lieu de 22€ d’amende, il doit désormais payer 135€. De quoi en dissuader plus d’un.

Que ce passe t-il durant les deux jours de stage de récupération de points?

Le stage se déroule sur deux jours à raison de sept heures par jour. Le but du stage est de sensibiliser les participants en favorisant les échanges et le partage d’expériences. De cette manière, chacun essaie de se mettre à la place de l’autre, comme l’on demande à ce que ce soit fait sur la route. On essaie aussi d’insister sur le fait que dans 72% des accidents graves ou mortels il y a au moins une infraction.

Parfois, il y a quelques vidéos pour illustrer certains propos mais nous évitons au maximum car c’est un outil qui rend passif. De plus, certains stagiaires sont complètement hilares devant certaines vidéos alors qu’on leur montre des images choquantes. A l’inverse, des images peuvent faire remonter des souffrances chez des participants. Donc nous sommes assez frileux quant à la diffusion de vidéos.

Par contre, il n’y a pas de test pratique. Cela n’aurait pas d’intérêt étant donné que les gens savent déplacer un véhicule. Ce qu’il leur manque, c’est la façon d’appliquer le code de la route et de prendre en compte les autres.

Est-ce que ces stages sont bénéfiques pour les automobilistes ? Est-ce- qu’il y a des récidivistes?

Je dirai que pour 35 à 45 % des participants le stage est bénéfique car d’une part, ils ne reviennent pas en stage et d’autre part, ils ont pris conscience que c’était à eux de se remettre en cause et de revoir leur manière de conduire.

Il y a 5% des participants pour lesquels on ne peut pas faire grand chose car ils sont dans la transgression totale des règles que ce soit du code de la route ou plus généralement de la société.

Et puis pour le reste, ce sont des personnes qui mettent un peu plus de temps à réagir. Du coup, il faut en général plus d’un stage pour créer le déclic.Certaines personnes viennent nous voir pour un deuxième stage en nous disant : « depuis la dernière fois j’ai corrigé telle chose et cette fois-ci j’aimerais travailler sur telle autre. » En général, ce type de conducteurs dépassent la moyenne nationale des 19 000 km par an. Bien entendu, l’exposition aux risques est augmentée en fonction du nombre de kilomètre parcouru par jour.

Depuis le 1er juillet 2012, si un automobiliste fait plus de deux stages de récupération de points, il est obligé de voir un psychologue. Comme il faudra rémunérer le psychologue, le coût du stage sera automatiquement augmenté si la personne entame un troisième stage.

Malgré tout, je reste confiante. On a fait beaucoup sur les infrastructures et sur les outils de déplacement. Maintenant, c’est sur l’individu qu’il faut miser, notamment au niveau des comportements afin de réduire encore les drames. Les stages de récupération de points peuvent en partie limiter les accidents de la route mais pour bien faire, il faudrait mettre en place des formations continue. Je pense réellement que l’on gagnerait en efficacité et en temps.

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Une réflexion au sujet de « Récupération de points, et alors ? »

  1. Très intéressant cet article Sandra et fort d’actualité. Même pour un conducteur prudent et discipliné, pas facile de sortir des mailles de la machine à retrait de points!
    La peur du retrait de points peut effectivement rendre les conducteurs plus prudents mais aussi plus angoissés, plus stressés sur la route et peut ainsi provoquer des accidents conséquences non plus de la vitesse mais de l’indécision des conducteurs.
    Je déplore que les règlementations soient crées à cause et pour une minorité ..Quant au stage,encore une affaire de gros sous??je reste perplexe.

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