Les journées du patrimoine, c’est tout un programme. Et, comme il faut être affriolant, ce sont aussi des dessous. Les Dessous du Patrimoine sont nés en 2007 de la volonté de faire dialoguer le patrimoine matériel et immatériel de Rouen avec la création contemporaine.
Qui dit création contemporaine, dit explications et démarche. C’est ce que donne à lire la directrice artistique de l’événement, Laure Delamotte-Legrand, dans le dossier de presse :
“L’événement porte entre autres sur ce qu’on peut appeler, en architecture et urbanisme, le Genius Loci, génie du lieu. C’est à cet endroit précis qu’interviendront les artistes : faire voir, rendre visible ce qui est là sous nos yeux sans que nous ne l’ayons forcément identifié. Comme des révélateurs, les artistes invités vont tenter de donner corps à ce qui existe, à ce qui a disparu ou à ce qu’il va advenir de la ville.
C’est avant tout un dialogue et des influences réciproques qui vont s’instaurer entre art et patrimoine, la ville étant un élément moteur très puissant de l’imaginaire, palimpseste mental conjuguant ordre et chaos, organisation et entropie.
Le même secteur de la ville que l’an passé sera investi, car celui-ci est particulièrement riche de cette accumulation de mémoire depuis le Moyen-Âge jusqu’à nos jours (l’Abbatiale St Ouen, l’église St Maclou, l’Aître St Maclou, le Musée des Beaux-Arts…)
Un site a été retenu comme colonne vertébrale de l’événement. Il s’agit de la rue de la République. Cet axe est très intéressant à divers niveaux, historique tout d’abord mais aussi de part son rôle aujourd’hui dans la ville. Tranché dans le tissu urbain ancien au XIXe siècle, il laisse apparaître toutes les époques comme le serait une carotte de géologie. Dans les pratiques, il est toujours resté une coupure, une frontière symbolique, un espace que l’on traverse sans y prêter attention. Il incarne la ville dans ce qu’elle peut avoir d’incompressible et de sévère. Les artistes invités vont porter leur regard sur cet axe singulier et complexe afin de nous en donner des lectures et interprétations diverses. Les œuvres proposées seront aussi bien des installations, des vidéos, des performances, des créations sonores, instaurant une multiplicité de perceptions en écho à la polyphonie et l’entrecroisement qui caractérise la ville.”
Si un site internet avait été mis en ligne pour l’édition 2007 des Dessous du patrimoine, il est resté bloqué à cette année là : on n’y trouve toujours le programme de l’époque. Grand-Rouen vous propose donc un extrait plus que significatif du programme des spectacles vivants ou des installations sur la voie publique visibles dans cette soirée du 20 septembre 2008.
RUE DE LA RÉPUBLIQUE / Augustin Gimel et Brigitte Perroto
Syncopes / Création in situ, vidéo et lumière
De 20h à minuit en continu
Augustin Gimel et Brigitte Perroto proposent une installation vidéo et lumière dans laquelle ils s’approprient et détournent l’espace urbain de la rue de la République.
Zones de lumière rougeoyante découpant la rue de la République, la stratifiant. Rayons perpendiculaires tranchant la rue, accentuant les flux traversants. Syncope des détonations et chutes d’immeubles. Spectres lumineux d’un passé urbain, des soleils incandescents éblouissent au détour d’une rue, réminiscences des feux qui ont marqué Rouen, déconstruisant, remodelant son architecture. Métaplasme urbain : la rue, autrefois taillée dans le vif, elle-même scarifiée.
RUE DE LA RÉPUBLIQUE / Cie Willi Dorner
Bodies in urban spaces / Création in situ, performance danse
Départ pont Corneille rive gauche, de 19h à 21h30
Le chorégraphe autrichien Willi Dorner conçoit depuis 2004 des sculptures humaines. Il procède toujours de la même manière qu’il soit à Dublin, Barcelone, Tel Aviv ou Rouen. A chaque déplacement dans une ville, il recrute son équipe de performers parmi les habitants, des amateurs ou des professionnels de la danse ou de l’architecture.
Avec 20 volontaires rouennais, il va investir l’espace de la rue de la République et ses environs, de la Seine à la place de l’hôtel de ville, dans une performance-promenade qui propose de fondre le corps et l’architecture dans la ville. Les performeurs guident le public à travers la ville, de lieu en lieu. Un enchaînement de « body-sculptures » s’établissent très rapidement et n’existent que de manière éphémère amenant les spectateurs à percevoir des espaces connus d’une nouvelle et différente façon. Une action symbolique, en mouvement, qui prend forme en quelques secondes et qui disparaît, ne laissant aucune trace, si ce n’est l’empreinte visuelle dans la mémoire des spectateurs témoins.
Place de l’Hôtel de Ville / Parvis du Musée des Beaux-Arts
Cie Willi Dorner / Stabsolo (stick solo) / performance danse
22h45 Place de l’Hôtel de Ville
23h45 Parvis du Musée des Beaux-Arts
Avec ce solo, Willi Dorner va nous offrir sa lecture corporelle et spatiale de deux espaces rouennais, la place de l’Hôtel de Ville et le parvis du Musée des Beaux-Arts.
Stabsolo est un solo de 15 minutes pour un danseur et un bâton. De façon très minimale, ce solo met en exergue le contraste entre la réalité organique d’un corps et une dimension abstraite.
Le bâton symbolise l’unité de mesure, l’étalon ou la toise, les mensurations d’un espace géométrique. Le corps humain rencontre cette dimension et la forme organique du corps rentre en conflit ou en relation avec cette forme géométrique.
Cette performance a été présentée aux quatre coins du monde, au Brésil, aux Pays-Bas, Etats-Unis, Pologne, Suisse et Autriche.
ABBATIALE Saint OUEN / Cie étant-donné
La structure poétique de la victime / création in situ, performance danse
De 20h à 23h en continu
Pièce chorégraphique pour 9 danseuses, la structure prend place dans l’abbatiale et a pour enjeu d’aiguiser le regard, les regards.
L’espace majestueux de la nef centrale est le cadre d’une peinture mouvante.
Vêtues de robes presque semblables, les interprètes font images pour chacun des spectateurs. Leurs évolutions démontrent peu à peu que cette image dépend essentiellement du point de vue. A l’aide d’une anamorphose composée sur les robes et perceptible par intermittence, le spectateur prend conscience que sa position est au moins aussi importante que le déplacement des danseuses.
Déplacement des interprètes qui, dans la génèse du projet, a été construit à partir de la géographie de la rue de la République, des flux et reflux des passants. La création sonore questionne l’espace qui nous entoure jouant de la résonance propre à l’abbatiale tout en y invitant l’extérieur, le hors cadre.
ÉGLISE SAINT-MACLOU / Éric Thielemans
Aural Spaces Organ - La Ruche / création in situ, création sonore et musique live
De 20h à minuit en continu
Telle une ruche en perpétuelle activité, le projet du flamand Éric Thielemans ira se nourrir de la matière sonore environnant l’axe rive droite/rive gauche dans le prolongement de la rue de la République. Dans ce projet, il est allé chercher la matière sonore urbaine auprès de certains habitants de la ville et du quartier. Sons urbains et témoignages sont enregistrés. Envoyés tels des chasseurs rassembleurs
de son, ces « abeilles » fournissent la matière première, qui, accumulée, est investie et réinterprétée par cinq musiciens dans une production live en constante évolution tout au long de la soirée.
L’église Saint-Maclou, espace religieux, devient un espace « orgue » où le son de la ville, la vie et le mouvement sont collectés, stockés, transformés, domestiqués. La « ruche » est ouverte au public comme le serait un temple, un lieu de rituel. Dans ce projet, Éric Thielemans invite d’autres artistes ainsi que tout un chacun sur le champ de la musique improvisée. Créer une communauté de
personnes, le temps d’une soirée, en relation avec la réalité urbaine du son, dans un grand happening.
LA GRATUITE / Éric Thielemans
RRAUW, Cathedral of Ear / Installation sonore et musicale
De 14h à minuit, séances à 14h, 15h30, 17h, 18h30, 20h, 21h30, 23h (durée 1h)
«… une installation avec son, espace, silence ; un film d’oreille, un endroit pour écouter… »
En miroir de sa lecture sonore d’un axe rouennais, Éric Thielemans propose ici la qualité sonore, la résonance et le silence de chez lui.
RRAUW est une recherche sur les différentes qualités du silence. Un travail en évolution constante, réalisé selon plusieurs phases de développement et dans divers lieux. La mémoire sonore aussi d’une ville et de sa qualité de silence, Bruxelles.
Cette création a débuté par une cession de 5 jours de musique improvisée, donnée par quatre musiciens, dans une ancienne piscine de Bruxelles, en juillet 2002. Tout est enregistré, musique, bruits de la ville et silences, et une base de donnée audiovisuelle est constituée. Les 4 musiciens créent un autoportrait musical. Les corps des artistes sont utilisés comme instruments. Impulsions au ralenti pour atteindre le calme ou le silence. Lenteur-calme-espace…
Une bande son est composée, par Éric Thielemans, en partant de sélections venant de la base de dnnées issues de ces enregistrements.
Cette bande son est un document auditif issu d’une recherche sur les différentes qualités du silence menée par les quatre musiciens, un récit de silence et de son, un cadre auditif, une invitation au public.
Tout ceci prend la forme d’un film « interactif » pour l’oreille. Interactif parce que l’on va proposer aux participants, « public », un espace propice à mener une écoute autour du silence et ceci dans un cadre en relation avec le site dans lequel l’événement a lieu.
Pas de présence physique des musiciens, mais plutôt une invitation à se concentrer sur l’unique expérience de l’écoute.
Lieu-membrane qui absorbe et renvoie les sons, les vibrations, la lumière. Lieu tendre et compact à la fois. Sorte de « coquillage », d’« oreille interne », de « jardin tellurique », de « cathédrale ».
Discussion
Aucun commentaire pour “Les dessous du patrimoine”
Poster un commentaire