Sortir l’Ecole des Beaux-Arts de l’Aître Saint-Maclou ? Il y a urgence !

Un patrimoine exceptionnel

escalier condamneUn ancien charnier devenu ossuaire, rare témoin des épidémies de peste en Europe qui a connu au gré des siècles quelques modifications. Il demeure toutefois la trace des galeries d’origine, les sculptures sur sablière d’objets macabres et les colonnes Renaissance qui portent les restes d’une étonnante danse macabre. Toute l’information sur ce site classé Monument Historique dès 1862 se trouve .

Sérieusement dégradé

Une promenade suffit pour se rendre compte de l’état de décrépitude de l’ensemble. Les photos illustrant cet article ont été prises samedi dernier.

Des locaux indignes d’une école

L’Ecole des Beaux-Arts porte désormais le nom d’ESADHAR depuis sa fusion avec l’Ecole du Havre. L’intérieur de l’Aître concentre seulement quelques activités de l’Ecole : une bibliothèque, une galerie, une cafétéria  et à l’étage des ateliers d’étudiants. Le reste se trouve à l’arrière de l’Aître, on peut voir les bâtiments depuis la rue Géricault.

Pensez-vous que cette école réponde aux normes de sécurité ? Habilement, l’établissement est classé en ERP (Etablissement Recevant du Public) de catégorie V, ce qui le dispense de la visite de la Commission consultative départementale de sécurité et d’accessibilité.Croyez-vous que les pompiers autoriseraient la poursuite des activités ?

Anecdote : derrière la galerie ouest, on trouve un grand atelier de ferronnerie avec moult chalumeaux…

Ni la sécurité, ni l’accessibilité ne sont respectées et l’on comprend la préoccupation d’Yvon Robert, dont la responsabilité en tant que Maire serait engagée en cas de sinistre.

Rouen, ville durable

L’incendie du 9 juin 1940 ravage les locaux de l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen qui à l’époque était installée près de la Halle aux Toiles. La municipalité installe alors l’Ecole dans l’Aître Saint-Maclou à titre provisoire… A Rouen, les mesures provisoires sont durables.

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Dès les années 80, l’Architecte en Chef des Monuments Historiques réalise une étude sur la restauration de l’Aître et souligne l’urgence d’une intervention sur le bâtiment. La Ville de Rouen l’inscrit d’ailleurs dans son plan pluri-annuel de restauration des Monuments Historiques lors du premier mandat d’Yvon Robert. Oui mais voilà, il y a d’autres bâtiments à restaurer, l’abbatiale Saint-Ouen, l’église Saint-Maclou, la Ville manque d’argent et puis que faire de l’Ecole au moins pendant la restauration ? Adjointe en charge du Patrimoine de 2001 à 2008, j’ai tenté en vain de convaincre le Maire et mes collègues de la nécessité de se saisir de cette question. Aussi quand je vois l’ancienne adjointe à la Culture de Pierre Albertini emboîter complaisamment le pas aux récriminations des enseignants et des étudiants, je regrette qu’à l’époque de son mandat, elle n’ait jamais jugé que ce dossier était une priorité.

Aujourd’hui on évoque le déménagement de l’Ecole vers un autre lieu. C’est une bonne chose et une première étape pour envisager une réhabilitation.

Car l’urgence est toujours là, plus que jamais au fil des ans. A Rouen l’urgence est durable.

Les arguments de ceux qui veulent rester

Je peux entendre l’agacement d’avoir appris ce projet de déménagement via la presse. Je reste songeuse et perplexe quand je lis ces arguments  dans Paris-Normandie :

  • Un collège n’a pas été conçu pour accueillir une école d’art avec ses besoins particuliers : et l’aître Saint-Maclou est conçu lui pour être une école d’art ?

  • Le coût d’un aménagement pourrait s’avérer énorme : il y aura un coût, c’est inévitable. Quel serait le coût de l’aménagement aux normes de l’Ecole dans l’Aître ?

  • La présence des galliéristes : je ne vois pas en quoi ce déménagement coupera les étudiants des galliéristes.

Et puis il y a ce genre de sortie qui dérange : « Nous ne voulons pas être pris comme caution sociale sur l’autel de la mixité, avance un étudiant. Ils aimeraient faire de l’aître une usine à touristes… »

Il est vrai que l’on aimerait avoir plus de précisions sur l’avenir de l’Aître. Usine à touristes ? La fréquentation annuelle est de 240 000 visiteurs (chiffres CRT). Moi j’aimerais bien que Rouen restaure ce beau lieu touristique avant qu’il ne s’envole en fumée…

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10 réflexions au sujet de « Sortir l’Ecole des Beaux-Arts de l’Aître Saint-Maclou ? Il y a urgence ! »

  1. Alors, on a choisi d’exiler l’École des Beaux-Arts, de la mettre au placard, en quelque sorte. Que l’on puisse la sortir de l’Aître, je pense que personne ne s’y oppose si on lui offre un espace ailleurs qu’à cet endroit complètement excentré, enclavé, presqu’au bout du monde. Quelqu’un, à la mairie a dû se dire : « Tiens ! j’ai une idée. Si… ». Sauf que c’est une mauvaise idée et que c’est prendre l’école pour quelque chose de moins que rien et méprisant pour les élèves et les professeurs. L’École doit rester en centre ville.

    • Ce qui est méprisant dans votre commentaire c’est cette image que vous avez de ce quartier, je vous cite : excentré, enclavé, presqu’au bout du monde. On a donc dans votre commentaire ce qui plane au-dessus de l’argumentaire policé des anti déménagement et qui est pour le moment de l’ordre du non-dit.
      L’art ouvre au monde? Mon cul!

  2. Pauvres étudiants qui vont devoir se payer un abonnement à la TCAR… Où étiez-vous quand l’INSA a quitté Mont-Saint-Aignan pour Saint-Etienne du Rouvray ? Où êtes-vous depuis bientôt dix ans que la gauche non-socialiste rouennaise demande la gratuité des transports en commun ?
    J’entend parler de « réseau artistique » comme explication du refus de quitter le centre-ville. Oulàlà, faire 15mn de bus par jour risque d’exploser ce réseau… hmm, c’est pas comme si certains pour faire vivre le « réseau culturel » prenait le train tous les matins pour Paris ! De qui se moque-t-on…

    « Oui mais certains d’entre nous ont un travaille en centre-ville »
    Merde alors ! Combien d’étudiants sur les 25000 que compte l’Université de Rouen ont un job en centre-ville ? Et comment font-ils ?
    Je crois que les étudiants des Beaux Arts ne saisissent pas la chance qu’ils ont. Je suis d’accord pour dire que c’est compliqué d’être étudiant et d’avoir un job « loin » de chez soi, c’est déjà assez compliqué d’avoir un job tout en étudiant. Du coup, c’est chiant de prendre les transports en commun et c’est injuste de les payer aussi cher. Tout ça on est d’accord, pourtant, tout ça, c’est ce que vis la grande majorité des étudiants rouennais ! Alors je dis pas que c’est cool que les étudiants des beaux arts aient les mêmes contraintes que les autres étudiants, non bien sûr ! Je préférerais que les 25000 étudiants rouennais étudient en centre ville, que les transports en commun soient gratuits ou dispensables. Mais ce n’est pas le cas, et désolé que certains ne vous prient pas quand vous n’avez jamais sourcillé entre les différentes réformes de l’Université, l’augmentation des tarifs de la TCAR, etc etc etc. Il est temps de vous bouger maintenant que vous allez vivre nos contraintes, mais c’est un peu facile et agaçant.
    D’autant plus que la critique du lieu de relocalisation est à peine voilé ! La Grand’ Mare, quoi la Grand’ Mare ? Un lieu où vous n’avez pour certains sans doute jamais mis les pieds!!! Moi je trouve une bonne idée que l’Ecole des Beaux Arts de Rouen professionnalise dans d’autres domaines que l’ébénisterie de luxe et se rapproche d’un public précaire, populaire et déclassé à cause de mentalités comme les votres, et qui a pourtant beaucoup de choses à exprimer et que l’on entend ni ne voit pas beaucoup dans les galeries de l’école des Beaux Arts !!!

    Alors contre les prix du transports en commun, vous apprendrez comme tous le monde les diverses façon de frauder, vous apprendrez peut-être à vous organiser pour faire du co-voiturage. Pour le boulot en centre-ville, vous ferez comme tous les étudiants salariés qui ne sont pas en centre-ville. Et pour le pause Walsheim du midi, avec l’ouverture d’esprit qui est la leur, vos profs changeront leurs habitudes.

  3. Alors en quoi est-ce méprisant de demander le demenagement de la mairie au college Giraudoux afin de vraiment promouvoir le quartier grand-mare, et installer l’ecole des beaux-arts a l’hotel de ville tout en pouvoir restaurer l’Aitre st-maclou notre patrimoine a tous et a toutes?
    En quoi est-ce la mettre au placard ?

  4. En tant que Directrice du centre culturel André Malraux à la Grand Mare, je me sens offensée, au nom de mon équipe et au nom des habitants aussi avec lesquels nous travaillons par vos banderoles et vos arguments que je trouve prétentieux, condescendants et à vrai dire très faibles ! Qu’est-ce qui fait la force d’une école d’art ? l’endroit où elle est située ou le projet pédagogique, la renommée des professeurs, la qualité des partenariats… vous semblez être bien peu sûrs de vos qualités professionnelles et de votre talent pour considérer qu’un déménagement à 13 minutes de la Place Saint Marc comme une déportation en Sibérie !

    • Ne vous fâchez pas, mais ce n’est pas parce que l’exil vous plaît qu’il doit s’appliquer à tout le monde. Je suis partisan que l’Hôtel de Ville soit transféré sur les les « Hauts ». Ah bon ? Ça ne va pas être possible ? :-)

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