Six mois après la fermeture du Pont Mathilde

Nous sommes le 29 avril 2013. Le Pont Mathilde est maintenant fermé depuis six mois. C’est l’heure d’un premier bilan. Les plus optimistes espèrent une réouverture du pont à la fin de l’année. Les travaux de démolition viennent juste de se terminer. Entre l’île Lacroix et la rive gauche, il n’y a plus de trace du tablier du pont. Et la vie des Rouennais a beaucoup changé depuis l’accident.

Le 29 octobre 2012 un camion de carburant a enflammé le pont. La chaleur des flammes a déformé sa structure métallique. Un tel événement ne s’était jamais produit ailleurs. Et le pont s’est avéré inutilisable, et impossible à sauver après les trois semaines d’expertises. Depuis, les assurances se font des procès pour savoir qui va payer les dégâts. Le coût de la reconstruction du pont est de 35 millions d’euros. Le chauffeur était-il réellement en excès de vitesse comme le laisse penser les premières constatations ? C’est sur ce point que les assurances se renvoient la balle aujourd’hui encore pour savoir qui va payer. Il n’empêche : la destruction du pont, entre l’Ile Lacroix et la rive gauche a bien eu lieu. Le chantier de reconstruction devrait durer six mois encore.

Dès le jour de l’accident, bien qu’on soit en pleines vacances scolaires, les bouchons ont quasiment paralysé la vie économique de l’agglomération. Des trajets qui prenaient auparavant une vingtaine de minutes demandait 1h45 de patience. Le plan de circulation mis en place dès le 31 octobre n’y a rien changé : il ne concernait que les gros camions en transit. Et les appels au sens civique sont restés sans effet. Dès la rentrée du 12 novembre, la ville s’est retrouvée congestionnée de 6h à 22h. Et les pics de pollution atmosphérique se sont enchaînés.

La pétition lancée par Grand-Rouen pour obtenir la gratuité dans les transports n’a pas eu d’effet direct, malgré les 10000 signatures recueillies en trois semaines. La mesure était trop coûteuse : le manque à gagner aurait été de 20 millions d’euros par an. Une folie. Mais la Crea a imposé à la TCAR de proposer aux employeurs de l’agglomération des cartes de trajet domicile-travail gratuites pour leurs employés. La mesure a connu immédiatement un vrai succès : les retards accumulés par les salariés à cause des temps de transports étaient une véritable motivation économique pour les entreprises. 50% d’entre elles imposèrent les transports en commun dans leurs règlements intérieurs.

Début novembre 2012, le port de Rouen organise des rotations de péniches depuis Saint-Etienne-du-Rouvray pour suppléer les camions interdits de stationner. Il a également mis en place des navettes fluviales le week-end, du bas du Pont Flaubert, rive droite, au bas de la rue de la République, en parallèle des lignes TEOR. C’est un peu plus lent, mais ce mode de transport connait un vrai succès grâce à sa correspondance qui permet de passer de la rive droite à la rive gauche au niveau de l’Ouest de l’Ile Lacroix.

Dès fin novembre, la circulation automobile a commencé à baisser de manière significative. Mais ce n’était pas encore suffisant. C’est alors que la mairie de Rouen a mis en place la vignette obligatoire pour les non-rouennais qui souhaitaient circuler dans la ville. Les Rouennais ont depuis une vignette verte, gratuite, sur leur pare-brise. Les autres habitants de l’agglo, et de France, qui souhaitent circuler en ville, doivent coller sur leur pare-brise la vignette bleue. La première, estampillée 2013, coûte 50 € et permet de circuler jusqu’au 31 décembre de l’année civile. Tout contrevenant risque une amende de 150 €, y compris lorsque son véhicule est en stationnement. Le nombre de véhicules dans Rouen a encore baissé. Une « vignette électronique », sur le modèle de ce qui se pratique en Belgique, serait à l’étude pour 2014 pour l’ensemble des communes de l’agglomération.

La grève organisée par la CGT de la TCAR en décembre a provoqué quelques altercations et même des scènes de violence : impossible pour les Rouennais de comprendre qu’on rajoute encore des difficultés à leur vie quotidienne. Les syndicalistes ont fini par comprendre que la grève n’était pas la bonne solution et ont d’eux-même débrayé le système électronique de paiement dans les bus et les métros. Leur mouvement est d’un coup devenu illégal et populaire. La direction n’a pas cédé, mais, depuis décembre, les transports en commun sont gratuits deux heures par jour, de manière aléatoire.

Les vélos ont été autorisés sur les voies de TEOR dès janvier 2013. C’est que la circulation y devenait compliquée. Les TEOR sont prioritaires lorsqu’ils approchent ou quittent leurs arrêts. Des bandes cyclables ont été peintes au sol, et tout se passe beaucoup mieux que fin 2012, lorsque de véritables paquets de vélos finissaient par bloquer totalement le passage des bus.

Depuis janvier, les habitudes changent vraiment. L’air semble comme plus respirable à Rouen. On marche un peu plus, sans doute. Les deux roues, à pédale ou à moteur, sont bien plus nombreux. Le système se régule plutôt bien.

Parallèlement, le chantier de contournement Est avance, au grand dam des écologistes qui reconnaissent cependant les progrès faits en ville. Des progrès tels que certains commencent à dire qu’il n’est peut-être pas nécessaire de reconstruire la moitié détruite du pont Mathilde. On pourrait transformer celle qui reste en passerelle pour piétons entre la rive droite et l’île Lacroix. C’était d’ailleurs une promesse de campagne de Valérie Fourneyron, cette passerelle…  Ni vivrait-on pas mieux en faisant pour de bon passer les camions ailleurs et en laissant le maximum de véhicules aux portes de la ville ? Et puis, d’ailleurs, qui garantirait que le même accident ne se reproduirait pas dans un an, deux ans… Alors cette reconstruction pour rien ?

Seule ombre au tableau : la possible annulation de l’Armada. Impossible en effet d’envisager lever le tablier du Pont Flaubert pour laisser passer les bateaux. Couper totalement la circulation de ce côté-ci de la ville est devenu totalement impossible. L’association de l’Armada étudierait actuellement la possibilité de faire accoster les navires en aval. Tous. Mais des voix s’élèvent : pourquoi vouloir faire venir autant de monde à Rouen ? N’est-on pas mieux tranquille sans tous ces touristes motorisés qui viendraient boucher nos rues et polluer notre atmosphère ?

Dans le cadre de Rouen impressionnée, en tout cas, l’installation éBitt fall » de Julius Pop programmée sur le pont Boieldieu a été annulée ; impossible de bloquer le pont dans les conditions actuelles.

L’annulation de Normandie Impressionniste ne serait pas, elle, au programme… Mais l’exposition du Musée des Beaux-Arts pourrait être délocalisée à l’extérieur de la ville. On parlerait de l’aire d’autoroute de Bosgouet, plus facile d’accès depuis Paris. Un sponsoring conjoint Matmut/SAPN ne serait pas à exclure.

Recevez toute l'actualité par email

Recevez quotidiennement ou presque le meilleur des articles de
Grand-Rouen directement dans votre boite mail.

Commentez sur Grand-Rouen

13 réflexions au sujet de « Six mois après la fermeture du Pont Mathilde »

  1. excellent …..

    mais deux choses improbables ….
    on ne verra jamais la réouverture du pont Mathilde, puisque la fin du monde est le 21 décembre prochain….
    et pire encore, Les syndicalistes ne comprendrons jamais que la grève n’était pas la bonne solution….peut être dans un autre monde ….

    quand a la vignette verte, je pense que nous sommes d’accord que pont Mathilde ou pas elle sera appliquer un jour ou l’autre, non pas pour des raisons d’embouteillage ou de bonne moralité « escrolo », mais pour boucher les trous (pour ne pas dire le gouffre) financier des différente municipalité depuis Valérie « poutine » Fourneyron …..

    bonne journée ….

    • C’est con, la fin est tellement à coté de la plaque. Si facile de balancer des trucs comme ça. Je demande des chiffres patron.

  2. Enfin on va respirer un air sain et propre à Rouen que du bonheur. Plus de pollution : plus de sales voitures, plus de sales camions : que des vélos fabriquéq en Chine et des autocars fabriqués en Pologne. Accessoirement 100 000 chômeurs en plus dans la région. Quand on aime on ne compte pas.

  3. Prospective intéressante ! « A toute chose malheur est bon » pourrions-nous dire si cela se réalisait de la sorte.
    Petit détail malgré tout et rappel historique :
    En 1980, c’est Jean Lecanuet, sénateur-maire de Rouen a obtenu les crédits nécessaires à la construction du dit pont, maillon d’un axe « international » Calais-Bayonne comme on disait à l’époque avec la perspective de le relier aux voies rapides en projet(A29) et la délicate liaison entre sud et nord avec la confrontation de projets aussi fous les uns que les autres. Ce fût la mobilisation des habitants de la zone concernée, en particulier ceux de Grieu-Vallon Suisse sous l’impulsion d’un petit nombre( dont j’étais) conduit par le dynamique président, Lucien Delsalle, soutenu par le nouveau député, Michel Bérégovoy… C’est ainsi que le tunnel de 1600 m fut creusé sous la colline de la Grand’Mare !
    Cet ouvrage exceptionnel conçu( à grands frais) pour relier les plateaux nord et la rive sud, perd de son acuité sinon terminer le parcours place Saint-Paul, vers les quais en ville !!!
    Ainsi, c’est tout le maillon complet depuis l’A29, qui n’a plus d’intérêt sinon, à dévier vers le « fameux » contournement Est. Notre tunnel obtenu, de haute lutte en son temps, ne sera plus qu’une desserte locale !
    Qu’en pensez-vous ?

    • Bravo Sébastien ! Superbe article de prospective bien utile pour la décision aujourd’hui!
      Cette méthode de réflexion est utile dans bien des domaines!

    • Mr Gambier, rendez-vous 6 mois pour faire le bilan des actions des élus (DPT, CREA, MAIRIES, REGION) ?
      Bon courage.

  4. La féerie des bâtons blancs est annulée. Les flics ne sont plus aux carrefours (y’a des feux : l’œil de Moscou est las..). Les ponts vont réunifier la rive gauche et la rive droite disait Lecanuet. Et on les ferme !A situation exceptionnelle moyens exceptionnels…. Soyez solidaires qui dit le gars : prenez le bus en grève, detourné, embouchonné..la voiture du voisin….le vélo pour descendre la côte et pour la monter , sous la pluie ? Soyez citoyen : N’usez pas des moyens que vous avez déjà payé 3 fois .. Achetez un flic avec son giro comme tout con local.
    Brefle, dans 2 ans on y est encore. En 1980, les grands penseurs locaux disaient : il n’y aura pas un seul m² pour enterrer nos morts entre rouen et paris. Mourir ? plutôt crever, comme dit l’autre. Faudrait peut être arrêter de penser ou changer de penseurs…mais on a déjà plein de supers-penseurs à la crea, à la mairie, au CG au CR , à la préfecture, aux ministères des anciens cons battant de l’aile et de la manipulation sociale …alors, tout va benêt.

Laisser un commentaire