“Quand mon père m’a appelé Patrice, il avait fait bien attention. A l’époque, on parlait de papier hygiénique, pas de PQ. Le PQ, c’est venu après. Au Lycée Corneille, c’était devenu mon surnom… J’ai été rattrapé très tôt par le progrès.” PQ, les initiales de Patrice Quéréel. Et un destin qui se déroule.
L’homme vient de sortir Rouen Pot de chambre, les 100 raisons d’une légende, aux éditions Perroquet Bleu. Un bel ouvrage, tout en couleur, richement illustré, qui explique toutes les raisons que l’on a donc d’appeler Rouen le pot de chambre de la Normandie. Pipi, caca, prout, on pourrait craindre de ne pas voler très haut. L’ouvrage cependant s’appuie sur des fondements solides. Des années à glaner tout ce qui illustre scatologiquement la ville. Des pissotières aux cartes postales, des sculptures les mieux cachées aux extraits d’oeuvres méconnus. Un travail d’érudition passionnant qui s’appuie en partie sur les collections du Mad. Le Mad ? Un projet fou : celui d’un muséum des arts défécatoires auquel une page est consacrée en début d’ouvrage.
L’idée de Rouen Pot de chambre, on l’apprend dans l’ouvrage remonte au moins au XVIIIème siècle. C’est dire. La pluviométrie, la topographie… “Les Rouennais se sont emparés de cette image et en ont fait longtemps la représentation symbolique majeure de la ville. Une centaine de cartes postales différentes sur ce thème auraient été éditée, précise Patrice Quéréel. Les Rouennais ont montré leur capacité à se moquer d’eux-même.”
Le symbole, pourtant, aurait aujourd’hui quasiment disparu. “Je pense qu’au syndicat d’initiative, on n’est pas forcément content de voir paraître le livre. Son président, lorsque je lui ai appris mon projet m’a avoué acheter les cartes postales représentant les pots de chambre dès qu’il en trouvait une pour les faire disparaître. Je l’en remercie : cela augmente la valeur de ma collection !”
Et de continuer sur sa lancée : “Regardez Bruxelles, avec un petit bout de tuyau de 4 cm, ils se font connaître mondialement. Nous, on a un truc marrant comme tout, mais on fait tout pour le faire disparaître.” Et de citer les plus grands, Marcel Duchamp, Gustave Flaubert, pour prouver que la tradition est solide : “Il faut tout de même se féliciter des toilettes publiques Marcel Duchamp, pour lesquelles la ville a donné son aval, allant jusqu’à participer aux festivités. On peut aller plus loin : je vois très bien place des Carmes une fontaine scatologique où un pot volant se retournerait dans un mouvement perpétuel.”
Cinglé Patrice Quéréel ? Un peu… Parce qu’il faut “valoriser les projets un peu rigolos, sinon on va continuer à s’emmerder”, explique-t-il.
Rouen Pot de chambre, les 100 raisons d’une légende, Patrice Quéréel, Editions Perroquet Bleu, 19,90€

Il fut un temps ou Patrice Quéréel était un agitateur positif. Désormais ce n’est plus qu’un bouffon que les petits éditeurs locaux se partagent au gré des Noëls et de leurs livres cadeaux.