Radio HDR en détresse

Depuis deux ans, la radio associative des Hauts-de-Rouen (HDR) rencontre des difficultés financières. A tel point qu’elle a du diviser par deux son équipe de salariés. D’ici fin avril 2013, ils ne seront plus que cinq. 

La création de radio HDR prend racine en 1995, dans les émeutes qui avaient sévi dans les quartiers des Hauts-de-Rouen. « L’idée a été de vivifier le réseau associatif dans cette partie de la ville. On a fini par créer un club radio », explique Gilles Thomas, président depuis 2007. En 1998, la radio reçoit l’autorisation définitive d’émettre. 99.1, c’est sa fréquence.

HDR2Depuis, la radio associative est devenue un média alternatif à part entière. « Une radio associative locale, passée de radio de quartier à radio d’agglomération », commente Gilles Thomas. Ni commerciale, ni communautaire, la radio revendique une information plus généraliste que les autres radios associatives. « Mix des cultures », c’est son slogan. « C’est de l’info locale, voire très locale. Beaucoup d’auditeurs viennent parce qu’ils n’ont pas la parole ailleurs ou qu’elle est trop cadenassée ailleurs, limitée. Nous donnons plus de liberté d’expression ». De l’information pratique, des émissions de réflexion ou thématiques qui parfois débouchent sur des manifestations. Gilles Thomas prend pour exemple l’émission Jazz à Part qui donne lieu depuis trois ans à un festival.

Les thèmes traités sont variés : l’économie sociale et solidaire, les discriminations, la musique, le politique, le développement durable, le monde associatif. « Nous avons un rôle qu’aucune autre radio ne tient : nous travaillons sur les scènes locales et les musiques actuelles du coin. Ce n’est pas un hasard si le 106 est notre partenaire », estime Emmanuel Gouache.

HDRCoordinateur d’antenne depuis quatre ans, il quittera son poste fin avril 2013. Avec Moïse Gomis, directeur de la radio, il a présenté son nom pour un licenciement économique. « Il fallait faire des choix, pour ne pas mettre en danger la fréquence », explique Emmanuel Gouache. Un acte presque militant. Depuis 2011, la radio associative présente un déficit annuel de 150 000 euros. La structure peine a payer ses charges patronales et doit se séparer des employés en CDD et d’une partie de son équipe pour pouvoir se maintenir à flot. Une équipe de bientôt cinq salariés qui permet chaque semaine à une centaine de bénévoles de produire des émissions à l’antenne.

Alors, pour sauver la radio, plusieurs idées émergent :

  • Une nouvelle ligne éditoriale. « On va revenir aux fondamentaux, explique Gilles Thomas, on va passer de trois émissions des salariés par jour à une. Mais on ne peut pas faire moins ». L’idée est d’attirer plus de subventions publiques ciblées. Une enveloppe pour trois émissions spécifiques, par exemple. Un projet éditorial qui donnera plus de place aux bénévoles. « On réduit la voilure pour quelques années », commente le président de la radio.
  • Se fédérer aux autres radio hauts-normandes pour mettre en commun la régie publicitaire.
  • Obtenir une fréquence numérique et ainsi ne pas perdre l’audience lorsque les radios passeront au numérique. Un projet qui impose une mise de fonds puisque le matériel de transmission change.

Les financements de radio HDR sont principalement publics ou parapublics, de 85 à 90%. La mairie de Rouen participe à hauteur de 70 000 euros par an. Pour le reste, on compte la région ou un fonds de soutien radiophonique du Ministère de la Culture. Pour compléter son budget, la radio lance le 16 avril 2013 un appel au don sur le site de crowdfunding Ulule. Plus que jamais, la fréquence appartiendra à ses auditeurs.

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