« Qu’avons-nous fait de nos 15 ans ? »

« Qu’avons-nous fait de nos 15 ans ? », c’est le titre d’un livre sorti fin juin 2012 aux éditions Cogito et écrit par dix pensionnaires et élèves de la même classe à l’Ecole Normale d’institutrices de filles de Rouen entre 1960 et 1964 avec la participation d’un normalien de l’Ecole Normale des garçons de Mont-Saint-Aignan entre 1963 et 1967. Dans ce livre, elles évoquent avec beaucoup d’humour leurs souvenirs dans l’enceinte de cette école, située à l’époque rue de Lille. Rencontre avec Christiane Lejeune et Liliane Dobat, deux des auteurs de ce livre.

Il y a 68 ans, l’école normale de filles de Rouen accueillait une nouvelle promotion de 70 élèves. 53 ans plus tard, une dizaine d’entre elles se retrouvent pour faire partager au public leurs souvenirs et témoigner de leur passage dans cette bâtisse. Des retrouvailles qui se sont faites par hasard : « A l’époque, il y avait une école normale par département mais le concours d’entrée était, lui, national. Du coup, à Rouen comme ailleurs, les promotions étaient composées de filles venant de tous les horizons. En revanche, à la sortie de l’école, tout le monde était nommé en Seine-Maritime. La vie fait ensuite que l’on déménage ou pas mais la majorité d’entre nous est quand même restée », explique Christiane Lejeune.
Malgré tout, garder le contact relevait de la mission impossible d’autant qu’à l’époque le mariage était presque automatique après la sortie de l’école, souvent suivi du premier enfant. Jusqu’au jour où Marie-Jo, l’une des normaliennes de la promotion 1960-1964 eu envie de retrouver ses anciennes camarades de classe : « Ce n’est que 20 ans après l’Ecole Normale, après de nombreuses recherches, car la difficulté c’était qu’on avait changé de nom entre temps, mais on s’est retrouvé petit à petit », raconte Liliane Dobat.

A la retraite, la petite dizaine de normaliennes enfin réunie eu envie de faire des activités ensemble. Liliane commence par organiser un voyage avec ses anciennes camarades de classe sur l’île de la Martinique, d’où elle est originaire. Puis, en 2001, la petite bande de copines décide de monter l’association « l’Ecole Buissonnière » afin de mettre en place des activités communes mais surtout, pour le plaisir d’être ensemble.

Quand les souvenirs remontent à le surface…

En 2006, Annette, l’une des normaliennes de la promotion 1960-1964 qui habite dans les Landes se rend au salon du livre d’Hossegor où Daniel Picouly dédicace son livre « Un beau jeudi pour tuer Kennedy ». Dans ce livre, le narrateur a quinze ans. Au moment de dédicacer son livre, l’auteur dit à Annette : « Et vous, c’était comment vos quinze ans? ». Annette répond alors : « Moi, à quinze ans, j’étais pensionnaire à l’école normale de Rouen ». A cela, elle ajoute une ou deux anecdotes. Daniel Picouly l’écoute attentivement et lui dit : « Il faut écrire un livre avec vos souvenirs ».
« Après cette rencontre, Annette est venue nous faire part de ce projet mais nous n’étions pas très emballées parce qu’on pensait que ça n’intéresserait personne », explique Liliane Dobat. Deux ans plus tard, Daniel Picouly est de passage à l’Armitière afin de signer un autre livre. Annette se présente à nouveau devant l’auteur, qui la reconnaît. Il lui dit alors : « Alors vous avez écrit votre livre? », elle lui répond: « Non, les copines ne sont pas très enthousiastes ». L’auteur fait preuve de persuasion et c’est avec une grande détermination qu’Annette réitère sa proposition auprès des autres normaliennes qui finissent par accepter.

Chacune à son rythme, les dix anciennes camarades de classe se sont mises à rédiger leurs souvenirs: « Ce qu’il y a de formidable, c’est que malgré la discipline de fer qui régnait à l’école normale, nous avons toutes écrit des souvenirs drôles. Nos histoires ont été traitées sur le ton de l’humour et de la dérision. C’est un livre désuet, car on sait que l’éducation des filles aujourd’hui n’a rien à voir avec ce qu’on a vécu dans les années 60. À l’école Normale, nous étions comme dans un couvent, mais cet enfermement suscite aussi des envies de fantaisie et de liberté. Il faut dire que pendant nos quatre années à l’école Normale, nous avons beaucoup ri. Il y avait un esprit de camaraderie très présent », sourit Liliane Dobat. Et l’ambiance est toujours au rendez-vous, même après 53 ans : « Lorsque nous avons fini d’écrire nos souvenirs, on a essayé de mettre de la cohérence dans toutes nos histoires. Au fur et à mesure que l’on découvrait les écrits des unes et des autres, on a eu cette drôle impression d’avoir finalement encore 15 ans, du moins on riait autant qu’à cette époque », confie Christiane Lejeune.

Leurs anecdotes sur la vie en communauté, les rites, la discipline et même sur les propos de certains professeurs pendant leur passage à l’école normale de filles de Rouen sont inscrits sur 150 pages. Parmi ces femmes, un homme qui était normalien à Mont-Saint-Aignan en 1963 donne un contrepoint masculin sur le bal des normaliens.

Le propos sait aussi dépasser l’humour ou la simple nostalgie : « C’est grâce à cette école que nous avons pu accéder au bac et à un métier honorable pour l’époque. A partir du moment où on réussissait le concours, tout était gratuit à l’école normale, que ce soit les études ou la pension. C’était vraiment un ascenseur social. Dans les années 60, la plupart des filles allaient au mieux jusqu’en 3ème et ensuite elles entraient directement dans le monde du travail. »

Ce livre est également l’occasion pour ces normaliennes de conserver une trace du passé de l’école normale des filles de Rouen au moment où la Matmut a racheté le bâtiment pour construire un Palais des Congrès. Le projet architectural en gardera la trace, mais le lieu, désaffecté depuis de longues années, verra une page de son histoire se tourner irrémediablement.

Pour l’instant, sur les 500 exemplaires imprimés, il ne reste que 140 livres. Preuve que ces normaliennes ont eu raison de se lancer dans cette aventure.

Qu’avons-nous fait de nos 15 ans ?, éditions Cogito, juin 2012. 15 €

Pour vous procurer un exemplaire et découvrir toutes les anecdotes de ces normaliennes, veuillez adresser un mail à Présidente de  l’association « L’Ecole Buissonnière », Françoise Berland ou à la trésorière Christiane Lejeune.

A noter : L’association « L’Ecole Buissonnière » compte aujourd’hui une cinquantaine de personnes car les conjoints des anciennes normaliennes ainsi que leurs amis sont venus se greffer au groupe.

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