A part le Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, il n’y a manifestement personne pour soutenir le projet de l’Espace Monet-Cathédrale dont la construction est voulue par le maire de Rouen, Pierre Albertini, place de la Cathédrale. Rendus publics aujourd’hui par les élus socialistes, les avis émis par Pierre-André Lablaude, architecte en chef des Monuments historiques et Colette Di Matteo, Inspecteur général des monuments historiques, sont sans appel : défavorables. Ces avis sont les deux seuls qui concernent le dernier projet architectural.
Si la communication municipale se réfère à d’autres avis, qui seraient eux favorables, c’est par abus de langage. Les avis en question ne concernent que la démollition et la préservation de la façade de l’Hôtel Romé, qui ne font en effet pas débat. Abus de langage lorsqu’on peut lire, par exemple, dans Rouen Magazine n° 245 :
"Qui a été associé
à la décision du ministre ?
Le point de départ a été fourni
par l’avis de la Commission
supérieure (juin 2005)
qui a exprimé des réserves
et des recommandations. Sur cette base, un patient travail a été conduit avec Jean-Paul Viguier. Huit avis complémentaires
ont été recueillis (inspecteurs
généraux, architectes en chef, architectes des Bâtiments
de France, Drac, conservateur
des monuments historiques), de décembre 2005 à avril 2006. C’est au vu de ces avis (la plupart favorables) que le ministre a pris
sa décision ultime, le 27 avril."
La "plupart favorables" ? Vraiment ?
La méprise est complète, lorsqu’on peut lire ceci dans la lettre d’information de l’UDF de Seine-Maritime :
Il s’agit d’une réponse à un document diffusé par le Parti socialiste, cité entre guillemets ci-dessus. Une réponse qui dit que "Le projet est forcément validé par les experts des monuments historiques". Soit les membres du parti du maire de Rouen ne sont pas au courant, soit ils mentent délibéremment.
En effet, la lecture, par exemple, de la note de l’Architecte en chef des monuments historiques est loin de correspondre à un avis favorable :
"En envisager aujourd’hui la démolition [du palais des congrès] pour y substituer, à contre-pied de tout ce que pourrait être une nouvelle démarche d’intégration et de "convivialité" monumentale et urbaine, une construction encore plus imposante et se plaçant, qui plus est, dans une rupture de matériaux encore plus marquée avec son environnement immédiat, ne peut que susciter de la part du public qu’incompréhension et critique, sans exclure par ailleurs d’éventuels recours contentieux ou campagnes de presse.
[...]
Il y a là d’évidentes incohérences auxquelles les derniers "toilettages" apportés au projet, quels que soient l’encadrement et les conseils dont ils ont pu bénéficier, n’apportent aucune réponse recevable.
En conséquence, et malgré toute la sympathie que l’on peut éprouver sur le principe même de la démarche initialement proposée - tenter l’exercice de la création dans un contexte aussi prégnant-, force est de reconnaître que les résultats qualitatifs s’avèrent bien loin d’être à la hauteur des ambitions.
Le projet demeure bien aujourd’hui inamendable et, compte tenu de son décalage flagrant par rapport à l’esprit des protections et de la règle commune, le Ministère de la Culture et le Communication n’aurait, à mon sens, rien à gagner, en terme d’image, à en autoriser la réalisation."
Vous pouvez, si vous le souhaitez, lire la note de Pierre-André Lablaude dans son intégralité en cliquant sur les vignettes ci-dessous.

Colette Di Matteo, Inspecteur générale des Monuments historiques n’est pas plus tendre :
"Le projet actuel [...], malgré des évolutions de détail, conserve cet aspect massé et la hauteur excessive, comme le choix des matériaux très datés [...]
Encore une fois, je n’y suis pas favorable et ne peux que rappeler ici les termes du règlement du Plan de Sauvegarde pour ce qui concerne notamment les matériaux des constructions futures sur le site". Vous pouvez accéder à la note complète, toujours en cliquant sur l’image ci-dessous.
Après la lecture de ces avis, la relecture du n°245 de Rouen Magazine laisse assez sceptique :
"Le plan du dernier projet présenté prend en compte les appréciations des architectes des bâtiments de France et de la direction du Patrimoine et de l’Architecture [...] Tout en respectant le règlement de plan de sauvegarde du centre historique [...]"
On comprend mieux pourquoi Pierre Albertini n’a pas joint ces avis au dossier de permis de construire (une obligation légale, pourtant -Arrêté du 2 avril 1984 art 1. art. 4 Journal officiel du 4 mai 1984 - Code de l’Urbanisme) et pourquoi il a souhaité limiter au maximum la publicité qui pouvait en être faite.
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