Procès des homophobes : la place des associations

A l’ouverture du procès de Steven, Stéphane et Farid, Florence Dodeman était la seule militante présente, en tant que présidente de Gay’T Normande, première association des gays, lesbiennes et trans de la région, avec 83 adhérents, âgés de 15 à 66 ans. D’autant plus étrange que ce procès tombe en plein dans le débat sur l’accès des homosexuels au mariage. Les trois prévenus sont soupçonnés d’avoir, en septembre 2009, torturé et laissé pour mort Jérémy, 25 ans au moment des faits, dans la forêt des Essarts. « Par l’intermédiaire de ses avocats, nous avons essayé de nous rapprocher de lui pour le soutenir », se rappelle Florence. « Mais il n’a jamais voulu. » Jérémy, en effet, ne semble pas vouloir ébruiter l’histoire de son calvaire, ni qu’il soit instrumentalisé par et pour la cause homo. Le procès se tiendra d’ailleurs toute la semaine à huis-clos.

Florence Dodeman, présidente de Gay’T Normande.

Cela n’empêche pas Florence de se pencher sur cette affaire et d’en parler. L’association Gay’T Normande existe depuis deux ans. Trop jeune donc pour se porter partie civile dans cette affaire puisqu’il faut au moins cinq ans d’existence à une association pour se porter partie civile. « Mais nous ne l’aurions jamais fait sans l’accord de Jérémy et de nos adhérents », tempère la militante.

A 49 ans, Florence ne s’est pas engagée par hasard dans ce combat. « J’ai toujours été militante pour l’égalité des droits. J’ai manifesté avec Harlem Desir contre le racisme, pour les droits de la femme ». Elle a aussi une histoire familiale qui la conduit tout naturellement vers la défense des droits des homosexuels. Elle commence par s’occuper de la modération sur le site Internet Gay Normandie et décide ensuite de s’associer à Frédéric Lebrun, fondateur du site, pour créer Gay’T Normande.

Statistiques des agressions homophobes en France en 2011 selon SOS Homophobie

L’association se focalise sur l’accompagnement des familles et des personnes. « On lutte contre la solitude. Les personnes échangent leurs vécus », explique-t-elle. Gay’T Normande collabore aussi avec Sos Homophobie.

L’antenne rouennaise de SOS Homophobie ne souhaite pas plus instrumentaliser le procès, même si les agressions physiques d’homosexuels sont en hausse dans l’agglomération rouennaise depuis l’été. Thomas Mesnage le responsable de l’antenne insiste sur les missions d’écoute et de prévention de son association, dont l’une des principales missions est d’être à l’écoute des victimes de l’homophobie.

Gay’T Normande a aussi mis en place une hotline. Même si, « pour des raisons de santé », Florence a arrêté d’y répondre en pleine nuit, elle se dévoue presque corps et âmes à l’association. « Je reçois parfois les personnes chez moi et me tiens à leur disposition lorsqu’ils ont des rendez-vous », explique-t-elle. L’association arrange même des rencontres, mais « on n’est pas un site de cul », plaisante-t-elle. Elle raconte appeler les personnes pendant leurs rendez-vous galants pour s’assusrer que tout se passe bien et que celles-ci ne sont pas mises en danger. « Si on sent que ça se passe mal, on déclenche le plan : on y va, on appelle la police… Heureusement, nous n’avons pas encore eu besoin de le faire », soupire-t-elle.

Des mesures qui semblent extrêmes mais qui ne sont pourtant pas sans fondements. « Les insultes fusent à la sortie des bars gay, qui préviennent pourtant les couples de vite quitter les lieux. En octobre encore, un couple s’est fait agresser à la sortie du Palace ». Sans compter que les lieux de rencontres péri-urbains peuvent aussi mettre la sécurité des gens en jeu. Selon elle, l’endroit où s’est fait agresser Jérémy, dans la forêt des Essart est des plus « glauques » et n’est pas seulement réservé aux homosexuels, dénonçant « l’hypocrisie » ambiante. Elle affirme que juste à côté se situent un lieu de rencontre hétérosexuelles et un peu plus loin, transsexuelles.

Même si Jérémy ne souhaite pas militer, Florence Dodeman trouve tout de même un intérêt au procès de cette semaine : « On pourra peut-être enfin comprendre ce qui a amené ces trois hommes à faire ça. Et l’Etat envisagera peut-être de prendre des mesures pour l’égalité. Les homosexuels remplissent tous leurs devoirs, il est grand temps qu’ils aient des droits », conclut-t-elle.

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2 réflexions au sujet de « Procès des homophobes : la place des associations »

  1. Tout le monde est d’accord sur le fait que ces actes sont à condamner.
    En revanche, je ne vois ce que peut bien faire une association dans cette histoire, alors que la victime n’a pas éprouvé le besoin de ce soutien.Je pense qu’aujourd’hui les actes homophobes sont encadrés par la loi.La justice fait son travail.
    La vulgarité de Mme Dodeman quand elle dit, « on est pas un site de cul », me laisse songeur…les nombreuses associations lgbt rouennaises (déjà éteintes pour la plupart.) qui ont vu le jour juste avant les élections présidentielles me laissent elles aussi plus que songeur.
    Je suis gay mais pas dupe. Je pense que la population homosexuelle a été instrumentalisé a des fins électoralistes et les associations ont joué un rôle primordiale.
    Quant à Mme Dodeman qui organise des rencontres et appelle la police en cas de besoin, affirmant également que « les insultes fusent à la sortie des bars gay, qui préviennent pourtant les couples de vite quitter les lieux »… un discours alarmiste qui correspond plutôt à l’histoire de l’homosexualité dans les années 70-80.
    On le sait qu’à la sortie de certaines discothèques, tout le monde est un peu éméché, et même les gays…donc les situations tendues peuvent vite dégénérer.
    Si vous êtes homosexuel, évitez tout simplement de vous trimbaler seul sur les lieux de drague désert tel « les essarts » …ou à vos risques et péril. C’est écrit sur de nombreux sites internet.

  2. Entre parenthèse:
    Etant gay, et ayant un discours un peu différent sur le « mariage pour tous et l’adoption », je me suis plusieurs fois exprimer sur des sites « lgbt » (lesbiennes, gays, bi et trans), les modérateurs ne trouvant pas mes propos à leurs goûts, ils suppriment sans vergogne…
    A bon entendeur.

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