Paris-Normandie sous l’oeil de journalistes régionaux
J’ai fait feuilleter le numéro de jeudi 29 mars 2007 de Paris-Normandie (édition Rouen), à sept journalistes de la presse régionale venus de toute la France pour une formation à Paris. Mon micro est resté tendu pendant les quelques 14 minutes que leur découverte a duré. Vous pouver écouter leur réaction dans le fichier audio ci-dessous. Des professionnels pas franchement convaincus. C’est un document brut de fonderie, mais il intéressera peut-être ceux qui s’intéressent à Paris-Normandie…
Le pôle normand d’Hersant, dont fait partie Paris-Normandie, doit enrayer avec cette nouvelle formule la baisse de sa diffusion payée (5 % par an) et ses pertes : 5,5 millions d’euros en 2005, 3 millions d’euros prévus en 2006. Les journaux souffrent de la baisse de leur lectorat, notamment dans les grands centres urbains, avec un taux de pénétration relativement faible (22 % à Rouen, 33 % au Havre).


Pas réussi à ouvrir le document : s’affiche juste : “buffering” (kekcé, Seb, que cette notion anglosaxonne - une de + - obscure ?)
31 mars 2007 à 5:56
Buffering, cela veut dire que le fichier est entrain de se charger…. Va falloir que je trouve un moment pour plonger dans le code pour traduire ça…
31 mars 2007 à 21:34
Le Havre Libre a perdu son “Le”, et les 8 premières pages parlent de la Normandie.. hé, hé. J’ai été surpris de passer d’une couv ‘rouge’ à un intérieur ‘bleu’.. enfin… pas trop fun dans l’ensemble..
On ne te voit pas sur ton pod, mais on entend ..
31 mars 2007 à 23:28
Seb, j’t’embête encore, mais qu’est-ce qui ne va pas sur mon ordi ??? Buffering s’affiche, mais le fichier, lui, ne s’affiche pas…
J’aurais bien voulu pourtant entendre ces journalistes ! De mon côté, 3 remarques (pardon d’être un peu longue) :
- à PN, une fraction des ouvriers du Livre se sont conduits en fossoyeurs du journal (je dis bien une partie, pas la totalité). A leur décharge, un véritable drame : l’informatisation croissante a tendance à rendre inutiles beaucoup de leurs métiers. De là à, par exemple, exiger des embauches en 2002, ce qui a fait capoter le 1er projet de déménagement et causé d’importantes pertes financières (indemnités de dédit, etc)…. Par ailleurs grèves fréquentes d’une heure seulement, mais au moment crucial du départ des rotatives, ce qui mettait toute la chaîne en retard, en particulier la dernière édition, la + grosse, celle de Rouen, et ensuite la distribution du journal. D’où des abonnés légitimement mécontents, des désabonnements, etc.
Plusieurs ouvriers du Livre m’ont exprimé, à titre personnel, leur profond désaccord avec cette “stratégie suicidaire” ; mais comme la solidarité syndicale est chez eux très forte (= CGT-Livre), ils ont suivi. Et encore une fois il est patent que l’informatisation, tout en étant inévitable, crée de gros dégâts dans cette famille de métiers. Mais l’argent perdu à l’occasion de ces dysfonctionnements a eu à l’évidence des répercussions sur les investissements possibles pour améliorer la mise en page et le contenu.
On ne connaît pas ce genre de problème sur les blogs, c’est une de leurs chances, il fonctionnent, pour l’instant en tout cas, avec des bénévoles, sans structure industrielle ou commerciale, et globalement sans intermédiaire. Ils sont donc sans doute l’avenir, au moins en partie ; mais ne créront guère d’emplois, en revanche !!
- J’aurais aimé savoir à quel quotidien régional, et donc à quel groupe appartenaient ces journalistes. Certains appartenaient-ils au groupe Hersant ? Si ce n’est pas le cas, sans mettre en doute leur sincérité, rappelons qu’il existe une lutte peu médiatisée certes, mais cependant réelle et même parfois féroce, pour contrôler les quotidiens régionaux. Le groupe Le Monde est ainsi en train de prendre le contrôle de la presse quotidienne régionale du Sud-Est, en partie ceux qui appartenaient au groupe Lagardère (lequel garde tout de même une part du capital de La Provence et de Nice Matin). L’Est Républicain, lui, s’est étendu il y a peu jusqu’à Lyon (rachat du Progrès et du Dauphiné libéré, entre autres). Ouest France contrôle un bon quart en tirage de la presse quotidienne française (sans compter des gratuits comme 20 minutes, des télés, des radios locales…). Des groupes étrangers sont également présents depuis peu dans la presse quotidienne régionale française, ex Roularta.
Autrement dit, on peut très bien dénigrer PN tout en ayant l’intention de le racheter, et du coup le moins cher possible. C’est d’ailleurs la stratégie que Robert Hersant a lui-même adoptée en 1972 ! Et si c’était le cas, on pourrait s’attendre à un nouveau « plan social », à l’évidence, donc des licenciements sans état d’âme. Je ne dis pas que les journalistes qui critiquent PN sont complices de ces stratégies économico-financières, mais il est possible que certains d’entre eux baignent inconsciemment, au sein de leur groupe, dans un climat de dénigrement des journaux « rachetables ». Personnellement j’estime que Rouen et la Haute-Normandie se sont assez appauvries récemment en organismes autonomes de tous types (sur le plan industriel ou des services) au profit de Paris et de régions voisines, pour ne pas souhaiter qu’elle garde son quotidien, avec un siège directionnel sur place.
- et enfin, je suis personnellement frappée, dans divers domaines (y compris à l’occasion de cette campagne présidentielle) de constater à quel point notre culture, globalement à nous Français, est une culture avant tout critique (on évalue constamment, en bien, et surtout en mal), et beaucoup moins une culture de propositions concrètes, tenant compte en particulier des moyens disponibles. Personnellement, je me force en général à accompagner toute critique précise d’une proposition précise, de peur de multiplier les impasses démoralisantes, même si par facilité, moi aussi je préfère, si je suis ma pente naturelle, me contenter de critiquer.
1 avril 2007 à 7:04
Sessyl> J’ai promis aux journalistes interviewés que je ne les nommerai pas, et qu’ils pouvaient donner leurs impression en toute tranquilité. Et ils ne sont pas en position de racheter Paris-Normandie, si cela peut te rassurer. C’est juste un regard de professionnels, confrontés eux aussi à des lecteurs, sur une nouvelle formule qu’ils ont l’occasion de feuilleter pour la première fois.
Et merci pour ton rappel historique.
1 avril 2007 à 19:18
Ce ne sont plus les journalistes depuis longtemps, qui achètent des journaux, Seb ! Ils sont plutôt éventuellement “rachetés” en même temps que le journal dans lequel ils écrivent. Même à Libération, où historiquement le personnel avait une minorité de blocage, la part du capital détenu par le personnel a diminué, et l’actionnaire majoritaire est - comme tu le sais - depuis 3 ans environ Edouard de Rothschild
1 avril 2007 à 19:34
Sessyl> C’était un raccourci, pour te répondre sur le fait qu’ils n’appartiennent pas à un groupe susceptible de racheter PN.
1 avril 2007 à 19:41
Il manque aussi deux agrafes, les journaux de pub gratuits le font!
2 avril 2007 à 18:41