Pourquoi faut-il sauver Paris-Normandie ?

Paris-Normandie dans la tourmente, toutes les voix s’accordent pour dire qu’il faut sauver le journal. Mais pourquoi ? La question des motivations n’est pas anodine, et Grand-Rouen l’a posée sur Facebook. Une question, quelques réponses proposées, la possibilité d’ajouter ses propres réponses, et des commentaires. En 48 heures, et 172 votes, cela vaut bien des micro-trottoirs publiés traditionnellement par la presse locale. Un microtrott’, dit-on, et même un microtrott’ 2.0.

Donc, pourquoi sauver Paris-Normandie ? Voici le tiercé gagnant des raisons de le faire :

Première raison, d’ordre général : « Tout ce qui porte atteinte à la diversité de la presse est dangereux ». Deuxième raison, d’ordre économique : « Il y a 365 emplois à la clef ». Troisième raison, d’ordre politique : « La presse quotidienne régionale est indispensable à la démocratie ». Ce sont de grands principes, qui vaudraient quel que soit le journal concerné.

Les deux raisons suivantes sont « un journal qui disparaît, c’est une voix qui se tait, une mémoire qui s’éteint », puis « c’est du lien social, une information locale concrète ».

Quelques uns donnent des réponses plus spécifiques en commentaire. Une salariée du journal : « Parce que c’est mon travail et que je l’aime ». Un politique : « Parce que mon café du matin deviendrait sans saveur surtout en pensant aux 365 emplois en danger ».

Puis on rentre dans les détails : « Si PN disparaît, la seule presse écrite régionale qui restera ce sera : la presse institutionnelle, outil de propagande sans distanciation critique ; la presse dite « gratuite », inféodée à ses annonceurs, journalisme au rabais, recopiage des communiqués de presse. C’est au-delà de la pluralité de l’information, une forme de démocratie qui disparaîtra du paysage local », sous la plume de Laure Leforestier.

Cécile-Anne Sibout, qui a écrit et publié l’histoire de Paris-Normandie : « C’est un quotidien généraliste, donc il rend une forme de service public. Il crée du lien social, en particulier dans les petites villes et campagnes (où ne vont pas et n’iront pas les « gratuits »). Il fait partie de notre patrimoine. C’est un journal que l’on peu trouver imparfait, insatisfaisant, etc, etc mais quoi pour le remplacer ? »

La question du fond n’est que rarement abordée de manière positive. Deux personnes pour voter à la proposition « ce journal est indispensable pour se tenir informé ». Dans les commentaires, on est franchement critiques : « Ce n’est qu’aux emplois et à l’activité économique que je pense, c’est-à-dire aux humains. Je ne vais pas m’apitoyer sur un journal qui ne livre aucune analyse critique (un édito, ça ne suffit pas !), et qui n’a pas su prendre le tournant de l’époque » écrit Stéphane-Emmanuel Raynaud de Fitte. Même constat pour Michel Perdrial : « Ce qui est dommageable dans cette éventuelle disparition, c’est la perte de travail pour certains. Pour le reste, je ne vais pas regretter Paris Normandie, son contenu indigent et son absence d’esprit critique. » Play with cathedral enfonce le clou : «  Une BONNE presse quotidienne régionale est indispensable » ce à quoi Yann Dintcheff répond en donnant des pistes : « Et pour ce, il faut qu’elle soit libre en ayant des lecteurs. La question, c’est comment et où les trouver, non ? À Brighton, où g habité et où je lisais la presse quotidienne locale, le quotidien ressemblait à un mix de PN, Côté Rouen et le supplément Sortir de Télérama. Avec des pages sport, des pages people (of course !) Mais ils sortent aussi des scoops, ça fait vendre. Ils adorent les scandales locaux : ça fait vendre aussi. »

Alors, oui, il faut sauver Paris-Normandie, pour ses salariés, pour la démocratie. Mais, pour ses lecteurs, il semblerait qu’il faille surtout changer Paris-Normandie.

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5 réflexions au sujet de « Pourquoi faut-il sauver Paris-Normandie ? »

  1. Ce matin je vais être critique face à cette unanimité : Est-ce que laisser mourir Paris-Normandie ne permettrait pas faire émerger de nouveaux médias, voire une nouvelle presse papier qui ne serait pas sclérosée par son histoire ?
    Est-ce que cela serait mieux, moins bien ? Tant qu’on ne se laisse pas la chance de le voir…

    La disparition des dinosaures a permis à l’homme d’apparaitre, non ? (là, je pense que j’ai fait un raccourci, mais c’est pour l’illustration)

  2. Soyons pratiques… Les causes du recul spectaculaire de Paris-Normandie sont multiples, d’importance inégale, mais elles se chevauchent durant toutes ces dernières années. Dans le désordre: l’évolution des habitudes d’information; le coût, ressenti, par le public, de l’information; la maquette petit format adoptée il y a quelques années sous la houlette d’un rédacteur en chef « réducteur », une maquette triste, monotone, impliquant des « papiers » se ressemblant par leur petite taille, ne mettant pas en valeur l’illustration, privilégiant les « dossiers » loin d’être toujours justifiés; + (suite des causes): le manque de couleur; la distribution du journal, par période très mauvaise; les grèves d’imprimerie, le manque de réseau d’informateurs-correspondants et de présence de la rédaction sur le terrain; l’imprimerie et ses coutumes ne conférant pas vraiment de souplesse et de compétitivité; les concurrences diverses d’anciens (hebdos locaux) et de nouveaux médias (gratuits, internet – ? -); l’absence de fort sentiment régional, etc. Le problème énorme est que, depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans, ces questions survenant peu à peu n’ont guère été posées en interne, à PN. Les syndicats, par exemple, ont-ils vraiment évoqué cette lamentable maquette? Seul changement perceptible, justement: cette maquette pauvre, quasi-lugubre et ce papier moche! Une maquette donc apparemment appréciée de la majorité, en interne… La société qui permettra au quotidien – indispensable, à la manière dont le dit tout simplement Cécile-Anne Sibout – de continuer, devra absolument tout remettre à plat. Et ne pas écouter les conseilleurs-gourous-experts non payeurs… et n’ayant jamais été journalistes de terrain. Paris-Normandie doit revenir aux fondamentaux de la presse: informer, clairement, proprement dans tous les sens du terme. Je stoppe car j’ai « fait trop long » comme dirait un « responsable » de rédaction… En tout cas, amitié et bon courage à ceux qui resteront et aux jeunes qui devront partir.

  3. Revenir aux fondamentaux, c’est d’abord changer de maquette et arrêter d’écouter ces conseiller en com’ qui n’ont jamais été journalistes. C’est également produire des papiers mags, plus longs, de vraies enquêtes de terrain, alterner les papiers courts et longs, mettre du contenu, Ouest France le fait bien, et ne connait pas de baisse globale de sa diffusion. C’est améliorer aussi la présentation et virer cette maquette de merde. C’est également aller voir ce qui marche à côté dans les hebdos qui ont des coût de diff ‘ moindres et qui travaillent mieux. Les syndicats, omniprésents à PN, finiront par couler ce journal, comme ils ont fait couler les dockers à Dieppe, la ligne Calais Douvres etc etc . Il y a tellement de problèmes que je me demande s’il ne faudrait pas faire table rase du passé. De toute façon, la concurrence des gratuits est omniprésente et les hebdos font du meilleur boulot que PN ! Bref, c’est mort !

  4. Je ne vois pas comment ils pourraient s’en sortir. Trop d’erreurs ont été commises et surtout PN a laissé entrer sur sa zone de diffusion des gratuits qui font mal. Certes, on pourra toujours railler l’absence de sentiment régional des Haut-normands parce qu’ils n’achètent plus PN mais si le journal n’est pas distribué correctement, s’il est mal imprimé, et si vous avez des syndicats qui font de la lutte des classes en permanence en sciant la branche sur laquelle ils sont assis, ça ne peut pas avancer. PN, le feuilleter, c’est déjà rire jaune un peu..Le manque d’infos ? Evidemment ! Mais le reste aussi : aucun scoop, rien du tout dedans. Rien à lire
    Comment s’en sortir dans un tel contexte ? Déjà les journaux encore vaillants par chez moi, type Maine Libre perdent 1 000 lecteurs chaque année. C’est la fin des haricots. Plus personne ne veut payer pour avoir de l’info.

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