En mars 1990 disparaissait le Père Alexandre, curé pendant presque un demi-siècle à Vattetot-sous-Beaumont, dans le Pays de Caux, près de Goderville. Ordonné prêtre en 1945 après avoir été soigné de la tuberculose en sanatorium, il s’est décrit lui-même gagnant à pied sa nouvelle cure : « ensoutané, grand, efflanqué…pour tout bagage une simple valise de carton entourée d’une ficelle de papier ».
Très vite il va faire connaissance de ses paroissiens, et réussir progressivement à les amadouer. Tâche pas si aisée ! car l’Abbé est un « horsain », un étranger pour ces Cauchois, lui qui est né…au Havre !!! En plus cet homme plein de finesse et de gaieté est aussi un homme de Foi, qui aimerait que ses ouailles se montrent un peu moins attachées aux rites, et un peu plus aux valeurs chrétiennes, en particulier celle du partage. Mais voilà, les Cauchois sont alors parfois plus « églisiers » que catholiques. Ils s’accrochent vigoureusement à leurs traditions (« a toujou été comm’cha »), et voient dans leur curé avant tout un maître des cérémonies indispensable pour les grands rites de passage (baptême, communion solennelle, mariage, funérailles) : une sorte de super-sacristain.
L’abbé Alexandre, tout en partageant leurs joies et leurs peines, « touillant » volontiers les dominos au café avec eux, les observe gentiment. En sortira un gros livre drôle et passionnant, « Le Horsain », édité dans la collection Terres Humaines (mais oui la grande collection d’études ethnologiques, dirigée par Jean Malaurie, le spécialiste… des Esquimaux !).
Ceux qui croient au ciel comme ceux qui ne croient pas n’oublient pas ce conteur cauchois truculent, esprit chaleureux, curieux et novateur (il a beaucoup développé le cinéma rural à une époque où les campagnes en étaient largement privées), animé d’une vie spirituelle discrète mais profonde.
Un bouquin passionnant lu il y a de nombreuses années qui décrit si bien notre pays de Caux… Bonne lecture à ceux qui ne l’ont jamais lu.