Monument juif : visite souterraine

Le 7 août 1976, à l’occasion de travaux de rénovation du Palais de Justice, on a découvert un monument juif dont la construction remonte aux années 1100. Un bâtiment bien mystérieux, qui fait l’objet de nombreux débats entre les historiens. Baptisé maison sublime, c’est le plus ancien monument juif conservé en Europe Occidentale. Visite guidée

Le rendez-vous est fixé à 15h devant le Palais de Justice de Rouen. Il fait un soleil de plomb. Déjà, un groupe se forme. Des personnes âgées, mais aussi des enfants. Chacun écoute attentivement le guide : pour pouvoir visiter le monument, il faut d’abord passer par le sas de sécurité du Palais de Justice.

Après avoir traversé la cour intérieure en longeant la rue aux juifs, on arrive devant une petite porte qui donne sur une première salle. A l’intérieur, un escalier en colimaçon permet de descendre sous la cour du palais de justice dans une seconde pièce : celle qui contient le monument juïf, ou ce qu’il en reste.

La pièce est sombre mais sa fraîcheur est plaisante. On a désormais les pieds sur le sol tel qu’il était au 11ème siècle. Les graviers craquent sous les chaussures. La surprise peut se lire dans les yeux des 18 visiteurs qui se retrouvent nez à nez avec la façade Est de la salle basse du monument juïf dont la hauteur d’origine reste inconnue. Seul le rez-de-chaussée du bâtiment a été entièrement conservé, les étages supérieurs ayant été arasés lors de la construction du palais de justice commencée en 1499.

Avec ces 1 mètre 56 d’épaisseur, le mur du monument pouvait supporter un nombre infini d’étages. Les pierres de Caumont utilisées pour construire le monument sont identiques à celles de la Cathédrale de Rouen. Des pierres réputées pour être solides mais surtout très chères.

Les visiteurs commencent par faire le tour de l’extérieur du monument juïf. La fraîcheur apaisante du début de la visite se transforme soudainement en un frisson dans le dos. Les visages se crispent. Les visiteurs viennent d’apprendre que les juifs qui vivaient à l’époque à l’emplacement du Palais de Justice avait été massacrés pour certains, convertis par la force au christianisme pour d’autres et que le quartier avait été incendié.

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C’est suite à ces incendies, que le monument juif fût édifié. Malgré quelques indices ici et là que le guide expliquera un peu plus tard dans la visite, les origines du monument restent mystérieuses. Serait-ce une yechivah, c’est à dire une école dans laquelle les juifs étudient la Torah via les enseignements d’un rabbin ? Un lieu de culte ? La maison d’un riche juif ? Nul ne le sait vraiment. Il serait cependant étonnant que ce soit une synagogue étant donné qu’il y en avait déjà une à la même époque à quelques rues de là. Cette mystérieuse énigme laisse les visiteurs sans voix.

La visite se poursuit ensuite du côté de la façade nord du monument. On se tient devant les fenêtres du monument. En haut et en bas de chaque fenêtre, on peut remarquer des trous avec des traces de rouille. Ces marques indiquent qu’à l’époque il devait y avoir des barres de fer. « Lorsque l’on construit un monument avec des murs aussi épais, avec des fenêtres aussi petites et si en plus on met une barre de fer, c’est que l’on est en danger et que l’on a quelque chose à protéger », explique la guide.

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En avançant un peu plus, observe les restes de l’escalier en colimaçon du monument qui permettait d’accéder aux étages.

On arrive ensuite du côté de la façade ouest. L’endroit est si calme que l’on dirait que le temps s’est arrêté. Le guide explique que tous enfants juifs apprenaient à lire, à écrire et à compter. Tout le monde payait pour que les enfants aient une bonne éducation. Les plus doués étaient repérés et pouvaient continuer leurs études de 10 à 17 ans en intégrant la yechivah. Le monument juif pourrait avoir abrité ces étudiants qui vivaient reclus et devaient apprendre leurs leçons par coeur. Leur seule petite distraction était de se reposer au soleil, peut-être sur le petit rebord que l’on peut voir autour du bâtiment. Mais toute cette histoire n’est valable que si le monument est véritablement une yechivah…

Un air mélancolique s’affiche sur le visage les deux enfants qui suivent la visite. Pas de doute, ils essaient de s’imaginer la vie qu’on pu avoir ces étudiants et cette perspective ne les réjouit pas beaucoup.

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Galerie photos signée Guillaume Painchault

On accède ensuite à la façade sud du monument sur laquelle se trouve l’entrée du monument juif. Sur le côté gauche de la porte une sculpture représente deux lions sur le dos avec une seule tête. L’explication la plus commune est que cette sculpture appartenait à un monument plus ancien et qu’elle a été réutilisée là. Mais il y a quelques années, pendant une visite, le guide avait été interpellé par l’explication de l’origine de cette sculpture par l’un des visiteurs: Il raconte que lorsque les fabricants de tapis confectionnaient un tapis perse, ils essayaient toujours d’atteindre la perfection. Mais en Perse, les habitants disaient toujours que seul Dieu pouvait réaliser quelque chose à la perfection. Alors, en signe d’humilité, ils cousaient un ou deux petits lions à l’envers.

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Avant de prendre le petit escalier d’époque qui mène au sein du monument, les visiteurs prennent un à un la lampe torche du guide et observe attentivement la sculpture des lions : « Ce ne serait pas plutôt le visage d’une personne qui tire la langue? », s’exclame l’un des visiteurs.

L’escalier débouche dans une pièce vide qui mesure 14,14 mètres de long et 9,56 mètres de large. Personne ne sait vraiment ce qu’a pu contenir cette pièce : une armoire de la Torah ? une lampe hanouka ? une table sur laquelle était enchaîné le livre le plus consulté? une étagère avec des manuscrits ?

Le guide fait ensuite remarquer aux visiteurs la présence d’inscriptions sur les murs de la pièce. Malheureusement, plus les années passent et plus il est difficile de lire. Le silence revient à nouveau lorsque le guide demande aux visiteurs si l’un d’entre eux sait lire l’Hébreux. Une dame âgée s’avance tout doucement et commence à lire quelques lignes du document que le guide tient dans ses mains. Elle lève le regard, ses yeux sont brillants comme si ce moment venait de lui rappeler une histoire malheureuse.

Le guide allume à nouveau sa lampe torche et illumine le mur. Malgré le peu de visibilité, le guide affirme que sur l’une de ces inscriptions, on peut lire: « bon courage, bon courage, bon courage ». « Après tout, ces paroles pourraient avoir été prononcées par des étudiants », sourit le guide. Il est également inscrit : « et cette maison sera la plus grande, ou la plus sublime ». C’est cette gravure qui vaut au monument juif l’appellation de « maison sublime ».

Ainsi s’achève la visite du monument, qui même après les explications conserve son mystère. Les visiteurs sortent puis remontent par l’escalier et prennent le chemin de la sortie avec le sentiment d’avoir fait une découverte exceptionnelle.

 

  • Les visites se font toute l’année, une fois par semaine le mardi à 15h. Tarif plein : 6,50 € (Tarif réduit : 4,50 €), réservation indispensable au 02 32 08 32 40 ou par mail.
  • Site internet de l’Office de Tourisme 

Les visites du monument juif ont été mises en place seulement en 1981, soit cinq ans après sa découverte car il a fallu l’aménager avant de le présenter au public

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