Miss Ronde, ne les appelez pas « grosses »

Le 8 décembre aura lieu le premier concours Miss Ronde Haute-Normandie. Nous avons rencontré Cindy et Sophie, deux candidates, ainsi que Caroline, présidente de l’association.

Elles sont douze, ont toutes plus de 16 ans et pèsent toutes au moins six kilos de plus que leurs tailles. Ce sont les candidates au tout nouveau titre de Miss Ronde Haute-Normandie. Ce sera la première fois que la région présente une Miss au concours national qui existe depuis 2005.

Pour Sophie et Cindy, 20 ans toutes les deux et candidates, l’élection, c’est  » plus profond qu’un concours de beauté. C’est un défi, quelque chose qu’on veut se prouver. » Presque une revendication. Cindy est conseillère funéraire et vit à Notre-Dame-de-Bondeville. Elle mesure 1m59 pour 95 kilos, aime ses proportions et assume ses rondeurs. « Malgré les remarques, je ne veux pas maigrir pour les autres, je veux montrer qu’on peut être belle et bien dans sa peau. » Même si elle désespère un peu de voir son ventre strié de vergetures, parce qu’elle « adore les maillots de bain deux pièces ». Ce qui ne l’empêche pas de l’avoir orné d’un piercing rouge au nombril.

De gauche à droite, Cindy, Caroline et Sophie.

Une position assumée que Sophie, assistante de gestion et originaire de Rouen, n’est pas encore tout à fait prête à adopter. Il y a quelques années, elle pesait encore 50 kilos. Suite à une agression et une dépression, elle s’est plongé dans la boulimie. « Manger est devenu un mécanisme de défense », explique-t-elle. Son corps comme une barrière. Aujourd’hui, 88 kilos pour 1m56, elle a tourné la page mais son poids reste « une conséquence de son passé ». « Je vais défiler pour ma famille et mon entourage qui aimeraient que je maigrisse. Pour qu’ils me laissent tranquille. Pour qu’ils me voient différemment un jour. Je veux qu’ils se rendent compte que je peux être jolie. J’aimerais qu’ils voient que les rondeurs, ça se laisse porter« , espère-t-elle.

Loin d’elles l’idée de conseiller aux gens d’atteindre leurs poids. « On ne prône pas un mode de vie, on ne fait pas ça pour que tout le monde devienne gros », affirme Caroline, 31 ans, présidente de l’association Miss Ronde Haute-Normandie. Elles avouent tout de même que parfois la vie en gros apporte son lot de contraintes. Sophie a du arrêter le patin à glace et Caroline ne met plus de talons. Sophie raconte aussi, avec un rire nerveux, qu’elle regarde parfois des photos « d’elle avant » et se met à pleurer. Elles admettent que sous la pression de leur entourage, des gens et des médias, elles ont été une ou deux fois consulter des nutritionnistes ou des diététiciens. « Pour faire un régime pendant lequel j’ai perdu des cheveux », se rappelle Caroline.

« Mais à partir de quand on est grosse ? », s’est-on demandé. A l’aise avec les mots et leur situation, les trois filles ne s’offusquent pas de la question et n’hésitent pas à répondre. Pour Sophie, c’est une valeur subjective mais c’est aussi le moment où notre différence s’affiche : « C’est quand on commence à ne plus entrer dans les cases, dans les vêtements des magasins », affirme-t-elle, se basant sur sa propre expérience. Cindy, elle, s’est vue ronde, lorsque son frère jumeau lui a fait remarquer : « Jusque là, je n’avais rien vu », se rappelle-t-elle.

Assumer c’est une chose. Ce qu’elles aimeraient, Caroline, Sophie et Cindy, c’est qu’on change de regard sur les personnes en sur-poids. « Les gens nous voient comme des personnes malades. On considère que c’est de notre faute, nous sommes jugées, dès que nous mangeons un peu ou que nous faisons un écart », souffle Caroline. « Lorsqu’on mange un sandwich dans la rue, on se sent tout de suite pointées du doigt. « Et pourtant, nous ne mangeons pas plus que les autres, ce qui étonne parfois. C’est une question de morphologie et de métabolisme. Même les médecins nous stigmatisent, continue-t-elle, dès que nous avons un problème de santé, on accuse notre sur-poids ». Caroline dénonce même une « chasse aux gros ».

C’est sans compter les insultes. « Se faire traiter de grosse, c’est habituel« , constatent-elles en coeur. « Personne ne se permet de dire à quelqu’un qu’il est moche, mais les gens se permettent de nous dire qu’on est grosses », déplore Caroline, qui ne se l’explique pas. « Les gens pensent que les gros sont sympas et mous. Qu’on peut tout leur dire. Un peu comme des gros nounours qui n’ouvrent pas leurs bouches. Le gros est rigolo », ironisent celles qui ne manquent pas d’auto-dérision.

Mais attention ! Elles s’appellent « grosses » entre elles, pas question pour quelqu’un d’autre de les appeler comme ça ! « Ca forge le caractère de se faire insulter », assène Cindy qui se considérait avant comme plutôt timide. Selon les candidates, les gens seraient mal à l’aise face à leurs physiques. « Il y a des gens que ça dégoûte et que ça gêne« , affirme Sophie. Des situations déplorables qui ne l’empêchent pas de rire : « Il faut dire qu’on prend plus de place dans l’espace ! »

Les filles avouent tout de même que les médias et des émissions comme Zita dans la peau d’une obèse n’arrangent pas vraiment leur cause : « Etre gros, ce n’est pas manger toute la journée, ni y penser en permanence », comme aurait bien voulu le montrer l’émission de M6, mettant en scène, une femme qui engouffrait deux baguettes de pain au petit déjeuner et se relevait la nuit pour grignoter. Le CSA a d’ailleurs condamné M6 pour cette emission….

Même si elles ne le disent pas vraiment, on sent aussi que se réunir pour Miss Ronde, c’est un temps d’échange et de soutien. Un moment où on se raconte le petit-ami qui « voudrait bien que je perde » ou le copain qui dit ne pas vouloir venir « voir des grosses défiler ». Celles qui assument plus leurs rondeurs soutiennent les autres. C’est aussi l’occasion pour elles de papoter et de critiquer celles qui sont… trop minces.

L’élection aura lieu le 8 décembre, à 20 h, au théâtre de Duclair. Entrée : 13 euros pour les adultes, 5 euros pour les enfants. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur le site du comité Haute-Normandie.

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Une réflexion au sujet de « Miss Ronde, ne les appelez pas « grosses » »

  1. Bravo pour cette initiative et à Grand Rouen de l’avoir médiatisée. Cela contribue au combat essentiel de casser le tabou autour du surpoids : les gros et les grosses ne sont pas des citoyens de second zone et n’ont pas à rester dans l’ombre.

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