Même l’été, les services d’aide à la personne veillent

L’été, les salariés disponibles dans les entreprises ou associations d’aide à la personnes sont moins nombreux, congés annuels obligent. Malgré tout, il n’est pas question de fermer en juillet et en août.

Christine Lehec, responsable de l’entreprise de services à domicile Domidom (ménage, repassage, préparation des repas, courses de proximité, aide à domicile) qui existe depuis 2007 à Rouen et Laurence Varrel, responsable de l’association Départementale ADMR de l’aide à domicile en Seine-Maritime, expliquent comment faire face au manque d’effectif.

Est-ce que vous notez une diminution des besoins d’aide à domicile en été?

Christine Lehec : Non pas spécialement. Eté comme hiver, les personnes âgées ou handicapées bénéficiaires de l’aide personnalisée à l’autonomie (APA) ou de la prestation de compensation du handicap (PCH) ou non ont besoin de notre aide. On peut peut-être noter une légère baisse des demandes car les familles des personnes âgées ou handicapées prennent plus de temps pour s’en occuper mais encore faut-il que ces personnes aient une famille. Et puis, en été, il y a beaucoup plus d’hospitalisations, notamment à cause des grandes chaleurs et donc forcément il y a moins de demandes. Mais bon, depuis trois ans, on n’a pas vraiment d’été, ce phénomène est donc moins observable.
En clair, nous avons environ 80 clients en moyenne à l’année mais sur les mois de juillet et d’août on observe chaque année à cette période une baisse de seulement 5% de notre clientèle.

Laurence Varrel : En été, c’est vrai que c’est un peu plus calme, les nouvelles entrées se font un peu moins nombreuses mais heureusement car notre effectif à cette période de l’année est beaucoup moins important. Nous sommes même parfois obligés de refuser certains clients. Il faut savoir qu’en moyenne, nous aidons 11 000 personnes par an.

Comment vous organisez-vous en été ?

Christine Lehec : Les demandes ne sont pas forcément moins nombreuses mais les départs en congés nous obligent à revoir notre organisation. En tout, l’entreprise dispose de 60 salariés travaillant pour certains à temps plein et pour d’autres à temps partiel. Lorsqu’arrivent les vacances d’été, on doit s’organiser pendant les mois de juillet à septembre afin de disposer d’un effectif d’environ 40 salariés par mois. Il y a des roulements. Le planning est difficile à gérer car il faut faire en fonction des besoins des uns et des autres et souvent c’est un véritable casse-tête. Du coup, pour trancher, je regarde l’ancienneté du salarié ou ses impératifs familiaux.
Les salariés étant moins nombreux en été, il est donc plus difficile de trouver la personnes appropriée pour répondre aux besoins du client. Par exemple, certains salariés refusent de venir chez le client si ce dernier est très sale. Ca n’arrange pas les choses. De la même manière, je ne vais pas envoyer un salarié chez un client qui a un fort caractère si ce dernier a tendance à vite s’emporter.
Par ailleurs, les salariés sont répartis par secteur en fonction de leur lieu d’habitation, il faut donc aussi faire attention l’été à une répartition géographique équivalente. Pour toutes ces raisons, l’organisation est beaucoup plus complexe l’été.

Laurence Varrel : En ce qui concerne l’association Départementale ADMR de l’aide à domicile en Seine-Maritime nous sommes environ 1500 salariés. Malgré les congés, on demande aux salariés de s’organiser pour que tout le monde ne parte pas en même temps. Il faut qu’au moins plus de la moitié de nos salariés soient présents. Nous avons des obligations de continuation de service donc il faut qu’on continue d’assurer. Malgré les vacances, les clients ont toujours besoin de notre aide. Ils ne vont pas s’arrêter d’être handicapés, malades ou vieux juste pour nous alléger.
Il est clair que l’été, l’organisation est un peu plus difficile à gérer. Nous sommes parfois obligés de refuser des clients mais ça reste tout de même rare. On préfère être honnête et refuser des clients plutôt que de leur dire oui et qu’on ne suive pas derrière. Et puis, pour certains clients, il est difficile d’accepter une personne qu’ils ne connaissent pas. Il faut que l’on arrive à leur présenter ce changement de manière délicate et que la personne se sente soutenue.

Christine Lehec : Nous avons nous aussi noté que certains clients acceptaient mal le changement. Mais parfois c’est amusant parce que ça donne l’effet inverse. On envoie au client une remplaçante et au final il la préfère à l’ancienne.

Est-ce que l’été vous avez plus de demandes des personnes âgées ?

Laurence Varrel : Non pas vraiment. Nous avons tous les profils. Ca peut-être une personne âgée qui a besoin qu’on lui fasse les courses et les tâches domestiques comme une personne handicapée qui a besoin qu’on l’accompagne pour une sortie…

Le prix peut-il être un frein dans l’utilisation des services d’aide à la personne l’été?

Christine Lehec : Pour les personnes en pleine santé oui. Dès que les vacances arrivent, les personnes qui sollicitaient les services à domicile par manque de temps s’empressent de stopper la machine pour minimiser les coûts. Exemple d’un coût: pour l’entretien de la maison, il faut compter 20,55 € TTC par heure mais il faut noter que 50% sont déduits des impôts ce qui revient à 10,28€ TTC.

Laurence Varrel : Le coût des services d’aide à la personne n’est pas un frein pour les personnes qui ne peuvent faire autrement comme les personnes âgées ou handicapées. De plus, certains bénéficient de l’APA ou du PCH, donc le prix des services à domicile est beaucoup plus faible. D’une manière générale, notre objectif est de permettre aux personnes et familles de bien vivre chez elle, été comme hiver.

A noter : « D´ici 2020, sous les doubles hypothèses d´une stabilité des comportements de recours aux services à la personne et d´une perpétuation des tendances démographiques récentes, les seules dynamiques de la population (évolution totale, vieillissement, modes de vie) conduiraient près de 66 000 ménages seinomarins à recourir aux services à la personne. Le nombre de ménages utilisateurs serait alors en augmentation d´environ 6 000 par rapport à 2010.  Cette évolution est principalement le fait du vieillissement de la population, qui accroît les besoins potentiels. Plus de trois ménages âgés (75 ans ou plus) sur dix font appel à un particulier ou un organisme qui propose ce type de service. » – d’après une étude de l’INSEE.

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