Depuis 1995, année où elle s’est fait connaître en France, la québécoise Lynda Lemay nous enchante de ses textes pleins de poésie et de son humour décapant. Dans le cadre de la tournée qui couronne la sortie de son best-of (paru en 2011), la chanteuse a fait une halte mercredi 25 avril au Zénith de Rouen.
Simple, décontractée, délurée, Lynda Lemay m’a reçu juste avant de monter sur scène. L’occasion pour elle de parler de sa tournée, de son succès et de sa relation avec le public français.
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Plus de 20 ans de carrière derrière vous, treize albums, un best-of et une grande tournée triomphale. On pourrait croire que vous faites une sorte de bilan…
C’est plus au dixième album, »Ma signature » que j’ai eu cette impression de bilan. Sur cet album j’avais opéré un vrai retour aux sources musical.
Ce que je fais actuellement, c’est plus dans la continuité de tout ce que j’ai pu faire auparavant. J’ai plus d’expérience, je suis plus perfectionniste que quand j’avais 23 ans, j’aime encore plus ce que je fais et je pense que ça se sent sur scène. Ces spectacles se tournent en fait plus vers l’avenir que vers le passé.
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La tournée a très bien marché en France, au point d’ajouter deux dates à l’Olympia (en janvier 2013). Comment expliquez-vous cet engouement ?
Je ne sais pas comment on peut l’expliquer mais en tout cas j’en suis ravie. J’ai eu la chance de ne jamais connaître de période de creux dans ma carrière. L’engouement a toujours été constant et le public toujours fidèle. Néanmoins on sent qu’il a été plus enthousiaste pour cette tournée là, comme s’il s’agissait de retrouvailles après une longue absence.
Finalement, je pense que le succès de cette tournée on le doit à l’accumulation des spectacles passés qui ont montré qui j’étais et ont créé une vraie relation avec le public.
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Justement, quelle relation vous avez sur scène avec le public ?
Mes spectacles sont un peu ma marque de fabrique, quand on vient me voir on sait qu’on va passer du rire aux larmes. Le fait de susciter des vagues d’émotion, c’est déjà une vraie relation avec le public, c’est un feeling extraordinaire.
J’ai remarqué aussi que j’écrivais de plus en plus de titres où il fallait que je marque une pause pour laisser le temps de rire. C’est mon côté un peu humoriste qui ressort. Ça me permet de rebondir sur ce que le public me donne. Au final, on devient vite accro à cette relation avec les gens.
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Votre profil peut sembler atypique comparé à celui des autres artistes francophones à succès. Vous n’êtes pas beaucoup diffusée en radio, vous n’êtes pas non plus très médiatisée…Qu’est-ce qui fait que vous êtes encore aujourd’hui une des meilleures vendeuses de disques en France ?
Je pense que c’est le bouche à oreille qui, dès mes débuts en France, a très bien fonctionné pour moi. On s’est installé à Paris pendant deux mois justement pour créer ce bouche à oreille. Les gens m’ont découverte sur scène et ont commencé à parler de moi autour d’eux.
Avec les tournées en France, au Québec, en Suisse et en Belgique, je n’ai pas énormément de temps à consacrer à la promotion. Du coup, je compte beaucoup sur le public qui après être allé à mon spectacle va vouloir faire durer le plaisir en achetant les albums.
Il y a aussi des gens qui sont avides de ce que je vais produire sur mon prochain disque. Ils écoutent et ont hâte d’entendre la suite de l’histoire, d’être surpris, un peu comme on attend la suite d’un film. A moi après d’être à la hauteur de ces attentes.
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Votre côté humoriste, est-ce qu’il y a quelqu’un qui vous l’a inspiré ou est-ce que vous avez toujours écrit avec une volonté de faire rire ?
Au début, je pensais vraiment que j’allais être la chanteuse qui fait pleurer plutôt que celle qui fait rire.
Quand j’étais jeune, j’étais un peu l’enfant effacée, entre ma grande sœur qui avait une opinion sur tout et ma petite sœur, Diane, qui me faisait beaucoup rire. Personne n’aurait pu imaginer que la petite fille si discrète que j’étais aurait pu un jour monter sur scène et faire rire un public.
J’ai commencé à prendre conscience de ce potentiel quand je me mettais dans la peau de Diane, à écrire mes textes comme si c’était elle qui me les dictait. En fait, c’est l’humour de ma jeune sœur qui a déteint sur moi. Et je pense aussi que le fait d’avoir côtoyé quelques humoristes [elle a été la compagne de Laurent Gerra pendant trois ans ndlr] m’a permis d’apprendre à être plus drôle.
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Vous avez également une façon très théâtrale d’aborder vos spectacles et d’interpréter vos chansons. Vous n’avez jamais été tentée de jouer la comédie au cinéma ou au théâtre ?
Jamais ! Même si les gens qui m’ont vue en spectacle m’ont souvent dit que je pourrais être une bonne comédienne, dans ma tête je me disais »non, non, non, je serais très mauvaise ».
Chaque fois que j’ai essayé de jouer la comédie en-dehors du cadre de mes concerts, j’étais pourrie ! Je préfère laisser le métier de comédien à ceux qui sont vraiment nés pour ça. Pour ma part, j’ai vraiment trouvé ma voie avec la chanson et, de toute manière, j’ai passé l’âge de changer de carrière.
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Vous abordez une large variété de thèmes dans vos chansons. Est-ce que vous vous sentez concernée par tous ces thèmes ?
Souvent c’est la peur qui va me faire écrire. La peur de ce qui pourrait m’arriver. Pour écrire mes textes je me mets en fait dans des situations que je n’ai pas vécues et j’essaye de m’imaginer comment je réagirais si je les vivais. Ça me permet d’évacuer ces peurs que je peux avoir, j’essaye de comprendre pour me sentir prête à affronter toutes ces situations que j’aborde dans mes chansons.
C’est le cas par exemple de »Ceux que l’on met au monde », qui parle d’une mère qui donne naissance à un enfant handicapé. Je n’étais pas encore maman quand je l’ai écrite.
Plus que mon propre vécu, c’est l’empathie qui est le moteur de mon écriture. Je crois que si je n’avais pas été chanteuse, je serais psychologue aujourd’hui !
Crédits photos : Pascal KLEIN



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