Logement étudiant ou parc privé ?

L’affaire était, lancée par Fac Verte qui organisait une conférence de presse mardi 11 décembre 2007, en expliquant :

Le CROUS, en partenariat avec Habitat 76, souhaite pouvoir acheter l’ancienne école d’infirmière (rue des Forgettes) afin d’en faire 250 à 300 logements sociaux étudiant. En effet, d’autres projets privés visant à construire des bureaux ou des logements « haut de gamme » s’imposeront de manière certaine si la mairie de Rouen n’utilise pas son droit de préemption. En clair, Albertini doit choisir entre les étudiants ou Bouygues immobilier.

Dans Paris-Normandie du jeudi 13 décembre, on apprenait que Pierre Albertini, maire de Rouen, mais aussi, de droit, président du Conseil d’Administration du CHU, estimait n’être pas en mesure de faire un choix entre les deux options.

Ce qui n’est pas un écho favorable au communiqué des élus Verts de Rouen qui explique :

“Les élus Rouen Verte et Solidaire dénoncent depuis longtemps cette politique de la mairie qui, consiste à laisser faire les promoteurs qui privilégient les opérations immobilières privées de « haut standing », ce qui a provoqué une inflation des prix des logements. Dans le même temps, le Maire n’’a rien fait pour remédier à l’’état lamentable du logement social qui aurait pu pallier à l’’envolée des prix des logements privés.

Nous avions déjà dénoncé la vente, à un prix modique, des immeubles « Marin Lepigny » à une société privée, mais le Maire, Président de Rouen Habitat, récidive en ayant soumis au Conseil d’Administration du 11 Décembre, un projet de vente au privé des immeubles « Rondeaux ».

A quelques semaines des élections municipales, l’’engagement de ce projet contre le projet de logements étudiants, relève du passage en force inadmissible, au vue des difficultés que rencontrent les étudiants pour se loger et d’’un énième déni de démocratie.”

[MAJ 14 décembre 2007] Valérie Fourneyron, candidate socialiste aux prochaines municipales, réagit par un communiqué envoyé dans la nuit de jeudi à vendredi 14 décembre 2007. Elle dit son désaccord avec la position de Pierre Albertini, maire de Rouen :

Trois points méritent d’être soulignés :
- décider de ne pas trancher, c’est trancher de fait. Ne pas utiliser le droit de préemption revient à laisser faire le marché, donc à favoriser les promoteurs privés.

- la situation financière de l’hôpital public français est dénoncée depuis des mois par la Fédération Hospitalière de France, du fait de l’insuffisance des crédits qui y sont consacrés dans les derniers projets de loi de financement de la sécurité sociale et la situation ne va malheureusement pas s’améliorer en 2008. Le CHU de Rouen ne déroge pas à cette réalité.
Mais là n’est pas la question car ce n’est pas à la Ville de combler ces déficits mais à l’État, les hôpitaux relèvent de la compétence de ce dernier. Établir un dilemme entre les déficits du CHU et le déficit de logements sociaux étudiants fausse le débat, il s’agit de deux sujets différents, les acteurs et les compétences en jeu sont bien distincts. J’ajoute que les offres du CROUS et de Bouygues ne sont pas très éloignées et tournent aujourd’hui toutes deux autour de 4 millions d’euros : le « manque à gagner » pour le CHU serait donc limité.

- le droit de préemption est un outil essentiel du code de l’urbanisme : s’il existe c’est pour être utilisé ! La Ville a compétence sur l’aménagement du territoire, c’est même une de ses prérogatives les plus importantes. La maîtrise du foncier est la clé d’une politique urbaine efficace et intelligente. Se dessaisir de cette compétence est grave. Le devenir de l’ancienne école d’infirmières exige un véritable choix politique, qui pour moi est clair : il faut préempter et autoriser la construction de logements étudiants et sociaux. C’est pourquoi j’ai reçu personnellement le directeur du CROUS, M. Esquirol, le 30 novembre dernier, et suis intervenue auprès de Didier Marie, président du Conseil Général à la suite de ce rendez-vous. J’ai également publiquement pris position pour soutenir leur projet lors de la rencontre que j’ai organisée le 12 décembre avec Edmond Hervé, Maire de Rennes, en présence de vos représentants. C’est cette position que je défendrai lors de l’examen de ce dossier en Conseil d’Administration du CHU lorsqu’il sera inscrit à l’ordre du jour.

L'article a été écrit le Jeudi 13 décembre 2007 à 23:02 dans la catégorie Logement par Sébastien Bailly. Il a bénéficié de 1,148 lectures. Vous pouvez laisser un commentaire, ou faire un trackback depuis votre propre blog.

18 commentaires pour “Logement étudiant ou parc privé ?”

  1. Jean-Pierre dit:

    Ça serait sympa si Fac verte commençait par rendre son site accessible. Sur Mac avec Safari ou Firefox, aucun menu ne marche.

  2. laure leforestier dit:

    Etonnant comme ce sujet qui pourtant est un vrai sujet politique sur les choix d’une municipalité en matière de logement social et étudiant suscite si peu de commentaires…

  3. Jean-Pierre dit:

    Bon ben, une question alors. Pourquoi est-ce que cette affaire ne peut pas se régler en dehors de la Mairie ? Le CA du Chu est OK pour vendre l’ancienne école ? Le Crous est d’accord pour acheter ? Où est le problème ? Pourquoi faudrait-il que la mairie préempte ? Quelque chose m’échappe…

  4. laure leforestier dit:

    La préemption est nécessaire pour garantir qu’au final, l’acquéreur sera, non le plus offrant (Bouygues), mais le plus social. Valérie Fourneyron l’explique parfaitement sur son blog. La différence de prix ne serait d’ailleurs pas si notable. Donc le maire fait un choix, y compris en refusant de choisir…

  5. Ludo dit:

    tout à fait d’accord, le maire choisi le programme privé s’il ne préempte pas ce terrain. mais c’est ce qui s’est souvent passé ces dernières années, où on a vu de nombreux projets de logements privés se construire. s’il ce dernier est nécessaire, il ne doit pas être la seule réponse apportée dans le centre ville. dommage que la décision d’obliger à un nombre de logements sociaux pour tout programme de plus de 30 logements ne soit pas apparu pus tôt…

  6. Jean-Pierre dit:

    Je comprend. Il s’agit de garantir que le bien vendu reste dans le domaine public.

  7. frederic Quillet dit:

    Hier soir, lors de la dernière réunion publique de l’année du Maire UMP, fac Verte a fait valoir ce sujet en venant passer un message sur ce sujet. Très bonne intervention d’Eléonoe Deck

  8. malpaso dit:

    “Albertini doit choisir entre les étudiants ou Bouygues immobilier.”

    Quel choix cornéliesque pour le Citoyen Maire !

  9. Martine dit:

    C’est un grand dilemme avant les élections de choisir un parc immobilier ou des logements sociaux étudiants , l’immobilier privé pousse comme des champigons ,les étudiants manquent de logements .Si ce droit de préemption n’est pas faît par la mairie , le site sera vendu au plus offrant et non pas au prix de vente des domaines 4 millions d’euros , dont 2 par le CG. Le CROUS est acquéreur depuis le début , et tout bloque avec ce manque de décision .Encore un chantier de nécessité sociale stopé par l’indécision du maire ,un de plus .

    Le CHU vient de construire une structure énorme , maintenant qui doit prendre en charge ce déficit structurel , la ville non , l’état !Cette vente est un plus pour le CHU qui regorge d’étudiants en tout genres , qui se logent à des prix prohibitifs en ville !

  10. Martine dit:

    200 logements étudiants y serait prévu sur ce site , allez -1

  11. Chris76 dit:

    De toute maniere le privé ne peux faire pire que 300€/mois pour 9m2 demandé par les logements étudiant habituelles (sociaux)? En effet c’est qu’a payé un de mes amis à Mt St Aignant pour 9m2!!!!!!, + 1 loyé de reservation et + 1 autre de préavis inutile!! vive le logement publique..

  12. BENARD dit:

    je ne comprends pas que le maire puisse une minute hésiter!
    nos étudiants c’est l’avenir alors merde une résidence pour étudiants et pis c’est tout!

  13. arnaud dit:

    (2ème version plus polie après vidage du premier commentaire posté avant celui de madame Laure)
    Le nettoyage de la rue du Renard continue, le but du jeu éradiquer cet ilot populaire avec au programme :
    reprise en mains du foyer de travailleurs immigrés avec transformation en “résidence sociale” et volonté manifeste de refourguer l’ancienne école d’infirmières à Bouygues en ne décidant pas. Qu’est ce qu’il fout le maire, il doit jouer au 421 dans son bureau. Ah non, il joue au 421 en réseau avec ses potes du PN.

  14. Martine dit:

    Chris , il n’a pas l’APL?

  15. Victor dit:

    Découvrant après avoir réagi sur le blog de Valérie Fourneyron que le sujet est également traité ici, je me permets de remettre, pour participer aux échanges, une partie de ce que j’ai écrit sur cet autre blog, les fautes de frappe en moins…

    “Quel bonheur de voir le logement étudiant déchaîner autant de passions !!!

    Les chiffres cités par Mme Fourneyron sont révélateurs du vrai problème de l’agglo rouennaise (car c’est à cette échelle qu’il faut aujourd’hui travailler) : ce n’est pas tant le nombre de logements étudiants qui fait défaut que sa répartition. Et c’est donc là que doit se situer la volonté politique d’agir.

    On a exclu les étudiants du centre ville de Rouen il y a plusieurs dizaines d’années pour les parquer sur le plateau ; depuis quelques années les différents pouvoirs locaux ont voulu les ramener en ville : dont acte et même tant mieux. Toutefois, on ne s’est pas préoccupé de leur logement, sans parler des autres aspects de leur vie quotidienne. Si Rouen veut être une ville étudiante, à l’instar d’autres communes de même taille, il faut avant tout les héberger, et dans des appartements de qualité.

    Et il faudra aller plus loin que l’attribution au CROUS de l’ancienne école d’infirmière pour régler les problèmes : la diversité et la qualité des enseignements, les transports, la santé, l’animation, l’accompagnement quotidien, la fiscalité, etc…
    Les étudiants sont une richesse présente et un investissement d’avenir, il faut donc savoir les attirer et leur donner envie de rester !!!

    Je souhaite - et je veux être convaincu d’ailleurs - que si Valérie Fourneyron est élue, et au-delà du dossier spécifique - et si important soit-il - de l’école d’infirmière, une véritable politique complète et d’envergure se mettra en place vis-à-vis des étudiants et même plus largement à destination de tous les jeunes de cette ville.”

    Merci encore pour les très intéressants débats que je lis assidûment sur ce blog depuis plusieurs mois…, et auxquels je participe pour la première fois.

  16. malpaso dit:

    C’est possible de construire des logements étudiants pour les précaires, les sans-logis, les toutes petites familles monoparentales, les vieux, les sans-papiers…

  17. Victor dit:

    A Malpaso.

    Pas exactement car vous parlez là de logement social en général, dont le logement étudiant public n’est qu’un aspect. Ils sont construit pour les jeunes suivant une formation ouvrant droit au régime étudiant de sécurité sociale et comme tel gérés par les CROUS et ne peuvent donc héberger que de étudiants.
    Vous évoquez par vos remarques les notions de logements d’urgence, logements relais et logement de réinsertion et de stabilisation qui sont dédiés à tous ceux trop nombreux qui sont exclus des parcours locatifs stables.
    Ce qui est sûr, c’est que le logement étudiant doit intégrer une politique globale de logement social dont il est une partie intégrante.
    à bientôt.

  18. malpaso dit:

    Le logement étudiant est architecturalement conformé comme un logement d’urgence.

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