Normandie Impressionniste, rire un peu à Rouen

L’exposition s’appelle Eblouissants reflets. Elle ouvre officiellement lundi 29 avril 2013 pour se terminer fin septembre de l’année. Il y aura plein d’articles pour en dire du bien, et d’autres pour disserter avec intelligence et subtilité du contenu. Il y aura plein de chiffres. Il y aura moins d’articles pour vous dire la vérité. Cette exposition est, aussi, une occasion de sourire et de rire, une chance de s’amuser, un opportunité de poilade.

Pas que les tableaux soient particulièrement drôles. Ils sont même plutôt ennuyeux pour qui ne s’intéresse pas à l’évolution de la représentation du réel et de la peinture en en particulier. C’est joli, dira-t-on alors. C’est un peu plus que ça, mais passons. Voici ce qui se remarque et se dit en coulisses lors d’une visite de presse, juste la partie que les journalistes ne racontent pas d’habitude.

eblouissants-reflets08Donc, on va rire. D’abord en s’asseyant sur les bancs au milieu des salles. Des bancs blancs qui ne sont pas vraiment ce qu’ils ont l’air d’être. On s’y enfonce un peu, on imagine, en fermant les yeux, « de grands chamallows couchés jonchants les reflets de l’exposition », et cela fait un exercice de diction amusant, testé et approuvé par un journaliste radio. C’est pour se mettre en jambes.

Autre activité passionnante : jouer au guide. Le guide, en face des tableaux, use d’expressions qui lui sont propres, et dont la variété est une vraie source d’inspiration, car, très vite, il doit puiser dans un dictionnaire de mots inattendus. Très vite, c’est-à-dire dès qu’il a épuisé le stock des exceptionnels, extraordinaires, uniques et révolutionnaires qui s’imposent dès la première salle de l’exposition.

On aura donc ensuite le « périssoire de Caillebotte », (l’inventeur du caillebotis, nous dit un confrère, mais l’on n’en croit rien bien qu’il ait peint des raboteurs de parquet -pas présentés ici), des « myriades de miroitements », des « élégantes qui rament », des « ces guinguettes sont des endroits charmants », des « le peintre voltige de touche de couleur en touche de couleur », des « cette étude d’algue est déjà un tableau abstrait »… Autant de phrases, de morceaux de discours qu’on imitera devant les ponts, les bateaux, les nymphéas (ne dites jamais nénuphars)…

Autre point d’amusement le nom des artistes, sujets aux détournements. Il y a bien sûr Boudin peignant un port (succès garanti auprès des enfants), mais aussi des photographes aux noms inattendus. Car il y a beaucoup de photos dans l’expo, vraiment intéressantes, les photos. Mais certaines ont été prises par M. Moutarde. Et cela fait rire le joueur de Cluedo. D’autres ont été prises par Monsieur Prout, ce qui permet une digression aussi inattendue qu’éducative sur le gaz moutarde, puis sur le rapport entre chimie et photographie (où l’on expliquera que la fécule de pomme de terre était utilisée pour certains tirages).

Bref, vous voyez, on peut s’amuser au musée. Rire un bon coup, et même entendre finir un autre confrère sur un magnifique « Mais Sisley, ces peupliers, Monet ! » devant ceux que l’impressionniste de Giverny a acheté pour un peu de monnaie, justement, et pour pouvoir les peindre avant qu’on les scie…

Il se peut que vous n’ayez ni ri, ni même souri. Dans ce cas, ne vous inquiétez pas, l’exposition Ebouissants reflets est également tout à fait adaptée aux gens sérieux.

Les photos sont de Guillaume Painchault

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