La lettre de rupture d’un Rouennais à la SNCF

SNCFVendredi 8 février 2013, sur le quai de la gare Saint-Lazare, Xavier Leboulanger a les yeux rivés sur son smartphone. Un quai, mais pas de train. Les panneaux de Saint-Lazare sont muets. Le 17h50 annoncé pour Rouen ne partira pas. Xavier, montera dans le 18h25, bondé, tentera de s’installer sur une place réservée, qu’il libère finalement lorsque le voyageur autorisé à s’y asseoir se présente. Comme des dizaines d’autres voyageurs ce soir là, Xavier Leboulanger n’a pas de siège. Il voyage assis dans le couloir central du wagon, et arrive à Rouen avec 40 minutes de retard sur l’horaire prévu initialement. Pas un mot d’explication ni d’excuse de la part de la SNCF.

Le mercredi précédent, Xavier a écrit, sur la page Facebook de la SNCF, une lettre de rupture. Le Rouennais y use d’un ton un brin caustique.

Voilà 4 ans que notre relation dure. On a eu des plats et beaucoup de bas. Jamais de haut. Sauf si l’on considère qu’arriver dans les temps, ou avec moins de 5 minutes de retard, est une bonne nouvelle.

4 ans que j’ai choisi que notre relation serait basée sur un abonnement Optiforfait. Plus simple à gérer, facile à ranger, pas de compostage à réaliser. C’est pratique.

Mais voilà, chaque année, depuis 4 ans, tu insistes pour me faire payer un peu plus. Quand je reçois ta missive m’annonçant la douloureuse, je regarde l’année écoulée en me demandant ce qui peut bien justifier cette hausse.
[...]
J’ai arrêté de compter depuis bien longtemps le temps de vie que tu volais à mes employeurs, clients, amis ou enfants, en me gardant plus que prévu dans tes wagons. Et combien cela m’a couté en frais de BB sitter parce que tes trains avaient 20, 30, 60 minutes de retard, voire plus.

J’ai discuté avec certains de tes vieux ou ex clients, qui bénéficiaient d’abonnements d’anciennes générations, qui eux voyaient le coût baisser en fonction de leur ancienneté. Choses qui a été stoppé a priori.

Serais-tu l’une des rares entreprises à récompenser la fidélité en faisant payer chaque année un peu plus ?

Donc, voilà, ce petit mot pas doux pour te dire que toi et moi, on se sépare et on ne restera pas bons amis. Bien sûr, par la force des choses, je serai contraint de passer ponctuellement par toi, mais je t’assure que le coeur n’y sera pas.

Je ne t’embrasse pas

Un abonné Rouen / Paris

Ce qui aurait pu n’être qu’un mouvement d’humeur a depuis pris des proportions inattendues. C’est que, sur sa page Facebook, la SNCF a répondu sur le même ton.

« Cette lettre de rupture n’a rien d’un mot doux, certes, mais elle est écrite avec le coeur et me touche donc particulièrement. On dit que l’amour dure 3 ans… Et pourtant, nous avions réussi à attiser la flamme quatre ans durant. »

« Je comprends que tu te demandes pourquoi les tarifs évoluent, sache que cette décision a été très difficile pour moi, surtout en période de crise, mais c’est justement la qualité de service parfois très moyenne sur certaines lignes comme la tienne, qui justifie de gros investissements et donc des augmentations tarifaires. »

« Sache que de mon côté, je ne suis pas prête à tourner la page et que malgré tout, je m’efforcerai de faire mieux afin de te plaire à nouveau. Malgré tous les travers que tu soulignes, j’espère que tu retiens quand même quelques bons moments, c’est pourquoi, je préfère te dire « à bientôt ». »

Et une lettre ouverte qui était restée jusque là quasi inaperçue devient le sujet dont tout le monde parle. La lettre de rupture de Xavier a récolté plus de 2600 « J’aime », et les articles sur cette correspondance amoureuse se multiplient du Huffington Post à Europe 1

Sur le quai de la gare Saint-Lazare, Xavier Leboulanger s’en amusait plutôt. En le voyant assis à même le sol du wagon pour rentrer à Rouen on se disait pourtant qu’il ne suffit pas de savoir répondre avec humour à ses clients sur Facebook, mais que peut-être la solution était plus sur les réseaux ferrés que sociaux, et dans la gestion des correspondances en gare que dans les joutes amoureuses en ligne.

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Une réflexion au sujet de « La lettre de rupture d’un Rouennais à la SNCF »

  1. Les abonnements opti forfait sont une arnaque totale ! Surtout avec l’arrivée du pass navigo zone unique au tarif hyper agressif. Perso je passe à l’abonnement rouen-vernon + pass navigo, pis entre Vernon et Port Villez marche à pied ahahahahaha. Bien moins cher au final avec toute l’Ile de France en prime !!!
    En tout cas très nombreux sont les voyageurs à opter pour cette solution créée de toute pièce par la sncf à la politique tarifaire débile et par la région Haute Normandie bien piètre négociatrice qui aurait du exiger un volet tarifaire dans ses accords.

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