Cette année, la treizième fête des voisins aura lieu le 1er juin. C’est une fête positive, qui connait un vrai succès, jamais démenti au fil des ans. La fête des voisins véhicule des valeurs auxquelles on ne peut qu’adhérer : solidarité entre habitants des immeubles, des quartiers, des pâtés de maison. Apprendre à se connaître, c’est mieux vivre ensemble, prévenir les incivilités, la solitude. Bref, la fête des voisins crée du lien, et c’est bien. Qui serait contre. D’ailleurs, on nous raconte ces histoires de mariages entre voisins, d’enfants nés des fêtes de voisins. La vie est plus gaie, plus chaleureuse, plus rose.
Derrière la fête des voisins, il y a toute une organisation. Car la chose, comme immeubles en fête est une marque déposée. Pour participer, villes et bailleurs sociaux passent à la caisse. Le tarif n’est pas prohibitif, mais tout de même.
Pour participer, donc, au tarif normal, une ville déboursera, au moins 1 800 € (900 pour les nouveaux adhérents). Il s’agit d’une adhésion, à l’association. Et pour ce prix, voici à quoi l’on a droit.
Si l’on regarde bien, rien. Rien qui ait une valeur concrète, puisque sur le matériel national imprimé, on retrouve des sponsors, dont on peut penser que la participation couvre largement les prix d’impression, et que l’impression de tout le « matériel » personnalisé est à la charge de la commune, ou du bailleur, qui a payé pour devenir partenaire de l’opération.
Rappelons maintenant que l’on peut très bien organiser une fête avec ses voisins sans passer par une opération sponsorisée… A n’importe quel moment de l’année, n’importe quelle organisation de quartier, comme elle organise un vide-grenier, peut préparer une fête, demandes faites à la mairie d’occupation de l’espace public, pour se retrouver tous ensemble sans payer ce qui ressemble à des royalties pour, au final, avoir accès à quelques logos et une méthodologie.
Mauvais coucheur ? Un peu, peut-être. Mais tout de même, le côté quelque peu mercantile de l’opération nationale finit par sauter aux yeux. On en veut pour preuve la une du site web d’un journal gratuit de l’agglomération ce 24 mai 2012.
Oui, c’est la une, et c’est un choix éditorial… Mais le contenu est étonnant : l’article reprend, mot pour mot, un communiqué de la fête des voisins, en faisant l’éloge de la marque de pâte à tartiner partenaire de l’événement :
« Alors, qu’apporter pour ravir tous vos voisins ? Pour l’occasion, la célèbre pâte à tartiner, partenaire de l’événement, vous propose de réaliser un délicieux dessert ! »
Bien sûr… C’est la fête des voisins, mais aussi celle des sponsors.
Parmi les sponsors de l’association, on ne trouve pas que cette marque, mais aussi le Sénat, le Ministère de l’Ecologie (et du logement), une banque, une télévision publique, un groupe d’agence immobilières… Et les collectivités, comme les bailleurs, payent pour en faire la publicité.
Notez qu’ils ne payent pas toujours uniquement pour ça, car l’association qui gère l’opération donne de bons conseils aux maires qui souhaiteraient tirer le maximum de leur investissement en terme d’image. Ainsi, l’édile apprendra à organiser une conférence de presse pour annoncer l’événement, ou même à montrer l’exemple en invitant les voisins de la mairie à prendre l’apéritif… Un bienfait n’est jamais perdu !
Et qui paye, vraiment ? Dans l’agglomération, on retrouve par exemple le bailleur Habitat 76, qui s’en vante sur sa page Facebook.
On n’y trouve pas encore la recette du gâteau au chocolat à la pâte à tartiner, mais on ne perd pas espoir.
Et dans votre quartier, ça se passe comment, le 1er juin ?



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