Les panoramas d’Asisi à Rouen

rotondeCe sera un cylindre, sur les quais, rive droite, en bas de l’avenue Pasteur, à côté du hangar h2o. Un cylindre monumental. 28 mètres de haut. 34 mètres de diamètre. Pas rien. Le touriste y pénétrera pour voir ce que l’extérieur ne peut lui montrer. Un panorama géant. Une image à 360°, hyperéaliste. Ce sera le Rouen du XVème siècle. Une ville reconstituée comme au temps de Jeanne D’Arc. Une œuvre d’artiste, appuyée sur un travail scientifique rigoureux.

Drôle d’idée ? Pas tant que ça. La chose existe ailleurs. Loin. À Berlin, ou à Dresde. C’est là qu’on est allé voir, en délégation, à une cinquantaine, de quoi il retournait. Dans le petit avion parti de Boos, des élus de Rouen, de la Crea, de la région, un député, une volée de journalistes locaux. Car, à Dresde, un panorama semblable au projet de Rouen est donc visitable. Et il convient de nous convaincre que la chose est bien, afin qu’à notre tour nous vous en convainquions.

Asisi, imperator

Nous sommes allé à Dresde jusqu’à l’ancienne usine à gaz où l’artiste Asisi a installé un de ses panoramas. Et l’on confirme qu’il faut le voir pour se rendre compte de l’intérêt de la démarche. On passe quelques pièces d’introduction, un peu kitchs, avant de pénétrer au cœur de l’œuvre.

asisiDu bas, on est comme écrasé par la hauteur du panorama. Au centre d’une pièce immense, circulaire, aux murs recouverts du paysage produit par Asisi, on grimpe par un escalier, de plateforme en plateforme. Et à chaque étage, jusqu’au dernier, le trompe l’œil se révèle sous un angle différent. Le point de vue change, les angles varient. Et la lumière aussi : on passe 24 heures en une bonne vingtaine de minutes. Des effets de lumière, accompagnés d’une bande son marquent le temps qui passe. Tant et si bien que l’image fixe semble comme animée d’une vie propre et constante.

Le niveau de détail n’est pas pour rien dans la fascination exercée par le panorama. Asisi fait poser des figurants en costume, se rend sur les lieux, puise dans les archives, jusqu’à reconstituer un paysage d’une précision admirable. Son travail s’appuiera sur celui des équipes des archives et des musées de l’agglomération. L’effet est saisissant de loin, il l’est également lorsqu’on s’approche des parois. Certains visiteurs, du haut de la plateforme scrutent le panorama jumelles aux yeux. Il paraît qu’un des visages est celui de la femme à l’entrée qui vend les billets…

Pharaonique ?

Le projet serait pharaonique si les pharaons avaient construits des cylindres au lieu des pyramides. La construction de la Rotonde ? 2,5 à 3 millions d’euros. L’acquisition de deux panoramas existants ? 1,35 millions. La licence d’exploitation ? 1 million. La réalisation du panorama rouennais ? 1,5 millions… L’ensemble est prévu pour vivre 5 ans, et représente donc un investissement de 1,3 millions par année, plus 500 000 euros de fonctionnement.

Beaucoup ? Trop ? Pas si cher à en croire les expériences de Dresde ou Leipzig (520 000 habitants) : là, les panoramas atteignent les 300 000 visiteurs annuels. À 7 €, l’entrée, l’équilibre financier de l’exploitation sera atteint avec 75 000 visiteurs. Pour rentabiliser l’investissement, il faudrait 150 000 visiteurs annuels. Envisageable, selon les financeurs. Envisageable, mais pas gagné d’avance : à titre de comparaison, le musée des Beaux-Arts de Rouen attirerait 110 000 visiteurs sur une année normale… Mais 150 000, c’est également l’objectif de fréquentation de l’Historial Jeanne D’Arc.

En l’état d’avancement du projet, il s’agirait de la Crea, de la région Haute-Normandie et de la Matmut, selon des modalités et des proportions qui resteraient à définir. Pour Alain Le Vern, président de la région Haute-Normandie, l’investissement reste raisonnable par rapport à l’effet espéré : « ce sera beaucoup moins cher que l’Armada ou Normandie Impressionniste, et ce ne sera pas une usine à gaz ! »

La rotonde trouverait sa place sur les quais, dans le prolongement de l’avenue Pasteur, jouxtant le hangar qui abrite h2o. D’autres emplacements ont été étudiés. Les avantages de quais ? Accessibilité, visibilité, pas de nuisances pour les riverainś disponibilité du terrain… » On ne peut pas cacher un équipement de cette taille, explique Frédéric Sanchez, le président de la Crea. Alors nous allons le rendre le plus visible possible ! » qui plus est les équipes d’h2o pourront assurer des expositions complémentaires, et l’accueil du public.

Une réalisation unique en France

Asisi, venu à Rouen, a aimé l’idée des quais. Et il a déjà une idée du point haut depuis lequel il réaliserait son panorama. Il s’agirait de la tour de beurre, sur la cathédrale. Ce n’est pas définitivement arrêté. D’aucuns espèrent le faire changer d’avis pour que son panorama permette d’en voir la façade. Il faudrait alors se placer quelque part entre la cathédrale et le Gros-Horloge. À voir. Les discussions sont en cours, aussi, pour que l’artiste signe à Rouen un contrat d’exclusivité pour la France : impossible ensuite de trouver ses panoramas ailleurs dans le pays.

Le succès du panorama de Rouen permettrait à ses instigateurs de valider la mise en œuvre d’un projet plus pérenne : celui du musée XXL, un pôle dédié aux œuvres de très grand format, dont des panoramas plus anciens, comme ceux qui sont conservés au musée du Louvre mais ne sont pas visibles par le public. Ce musée là pourrait trouver sa place rive gauche, entre le hangar 108 et le pont Flaubert. Mais c’est un autre épisode de l’histoire. Une histoire ambitieuse, et un objectif : en 10 ans, faire passer le nombre de visiteurs annuels dans l’agglomération de Rouen de 3 à 4 millions.

Dans le même avion, au retour de Dresde, on n’entend guère de critiques. Il faudra un ascenseur pour la plateforme, des expositions un peu moins tape-à-l’œil, et veiller à ce que la rotonde soit jolie dans le paysage. L’œuvre a convaincu les élus, les partenaires. C’était le but de la manœuvre. Première étape réussie. Le gros du travail peut commencer.

Le calendrier

  • Juin 2013 : déclaration d’intérêt communautaire du projet
  • Printemps 2014 : construction de la rotonde
  • Été 2014 : installation d’un premier panorama et ouverture au public
  • Printemps 2015 : installation d’un second panorama et ouverture au public
  • Automne 2015 : installation du panorama sur Rouen médiéval

Le site d’Asisi, en allemand mais avec de jolies images

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