Le Grand Coeur de Jean-Christophe Ruffin

Jean-Christophe Ruffin était à l’Armitière mercredi 23 mai à 18h et malgré la chaleur, la petite salle de la librairie était comble. Le médecin, historien, écrivain, académicien, ancien président d’Action contre la faim, ambassadeur de France au Sénégal et au Gambie de 2007 à 2010 attise la curiosité du public. Tous attendent d’en savoir plus sur son nouveau roman « Le Grand Coeur ». Un titre qui va à merveille à l’auteur qui a passé plus de 20 ans de sa vie à travailler pour des Organisation Non Gouvernementale au Nicaragua, en Afghanistan, en Philippine, au Rwanda et dans les Balkans.

La rencontre débute par une présentation de l’auteur et de ses précédent ouvrages comme L’Abyssin, Globalia ou Rouge Brésil puis s’enchaîne sur le résumé de son nouveau roman « Le Grand Coeur ». Un résumé bien mystérieux. Pour en savoir un peu plus, retour sur cette rencontre avec ses réponses aux questions des libraires de l’Armitière.

Qui est donc le personnage principal du roman, pourquoi s’être intéressé à lui ?

Le personnage principal de mon roman, Jacques Coeur est un personnage qui m’a toujours accompagné depuis ma naissance à Bourges en 1952. Je passais souvent devant sa maison étant petit. Un peu plus loin, il y avait aussi son Palais, qui m’a beaucoup interpellé car on peut apercevoir à la fenêtre deux personnages sculptés en grandeur nature. C’est frappant pour un enfant de passer devant un monument du moyen âge qui est comme habité. Quand je suis revenu de mes trois années passées au Sénégal, j’ai senti une sorte d’appel, une proximité avec ce personnage et l’envie de raconter sa vie tout simplement.

Au départ je voulais faire une courte biographie de ce personnage et puis finalement, ça s’est terminé par un gros roman. La vie de Jacques Coeur est tellement riche et si on veut être fidèle à son histoire, on se retrouve avec 500 pages avant d’avoir eu le temps de dire « ouf ».

Même si votre roman « Le Grand Coeur » est un roman d’ordre historique, pouvez-vous nous dire en quoi est-il également contemporain ?

Je n’aime pas trop le mot « historique » car je pense que le talent littéraire c’est de savoir transformer le passé en présent, c’est à dire faire en sorte que l’on vive avec le personnage. Dès lors que c’est un roman, on est plus dans la passé mais dans le présent. En plus, je ne sais pas à partir de quel moment on peut qualifier un roman d’historique. Est-ce que c’est quelque chose qui s’est passé il y a 15 jours, plusieurs mois, des années ?

Quand j’ai commencé à écrire le roman, je me suis appuyé sur des sources historiques mais elles sont trop idéales car précises, on apprend beaucoup de chose. Moi, ce qui m’intéresse ce sont les trous qui existent dans ces écrits. Par exemple, il y a des incertitudes concernant la date de naissance de Jacques Coeur. On ne sait pas non plus à quoi il ressemble physiquement. C’est avec ces incertitudes que le romancier peut faire travailler son imagination et que le personnage peut acquérir sa dimension contemporaine.

Le portrait du Moyen Âge dépeint dans le roman, n’a rien avoir avec le portrait obscur qu’on a l’habitude de nous présenter. D’aillleurs, vous décrivez Jacques Coeur comme un personnage qui va jusqu’au bout de ses rêves. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jacques Coeur est un personnage qui a contribué à faire naître une époque nouvelle et à faire glisser la France vers la Renaissance. Il y en effet une dimension noire attribuée au Moyen Age en France du fait des épidémies, des pillages, des guerres. Cependant, bien que Jacques Coeur ait vu le jour dans cette période, il a déjà en lui l’idée qu’un autre monde est possible.

Avant 30 ans, Jacques Coeur va vivre une existence normale. Puis, il va se mettre à tricher un peu sur les monnaies et va se retrouver en prison. Il y reste suffisamment longtemps pour ne pas voir passer Jeanne d’Arc. A sa sortie de prison, il se sent un peu atteint dans son honneur parce que c’est un fils d’artisan qui a toujours été respectable, qui a toujours pris soin de préserver sa réputation. Il va donc décider de prendre un peu de recul et de partir. Par hasard, il prend un bâteau à Montpellier pour aller en Orient et se retrouve à Damas, en Syrie. Il va découvrir un nouveau monde et c’est à ce moment là, que le roman s’écarte de la noirceur du Moyen Age…

Pour en savoir plus sur ce nouveau roman de Jean-Christophe Ruffin, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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