La tactique du lavomatique

Elles sont huit à Rouen. Par manque de place à la maison ou de moyens, les gens continuent à fréquenter les laveries en libre-service. Rencontres tambour battant.

Lorsque l’on passe devant, ça fleure bon la lessive. A l’intérieur, on se regarde, on se sourit, on papote parfois, si le bruit des machines le permet. On soupire quand ce n’est pas encore sec. Ou l’on reste là, le regard hypnotisé par les vibrations des tambours.  Ce sont les laveries. A l’heure où une machine peut coûter moins de 200 euros, il parait étonnant que ces libre-services tournent toujours. D’autant qu’entre six et dix euros la lessive au lavomatique, on a vite fait d’amortir sa lessiveuse personnelle.

LAVOMATIC 3La boutique de la route de Neufchâtel, Nathalie la tient depuis sept ans. En milieu d’après-midi, on y croisera surtout des personnes âgées. « Parfois, ils viennent entre voisins« , raconte la gérante. Jean-Louis, 78 ans, veuf depuis 2001, lui, est venu seul. Depuis le décès de sa femme, il vient tous les quinze jours du  Houlme. « Même si la surface de mon lit et donc de mes draps s’est réduite, j’ai besoin de faire sécher mon linge, surtout en hiver », explique-t-il. Et pour faire passer le temps, il lit un San Antonio ou fait « des sports cérébraux ».

Un peu plus loin, Jean-Yves, 66 ans et Monique, 76 ans, s’appliquent à plier leurs draps fleuris. Tout comme, Jean-Louis, ils vivent en appartement et viennent principalement l’hiver pour faire sécher leur linge. Ils sont d’ailleurs rassurés de savoir leurs affaires surveillées par Nathalie qui commente : « ça leur fait une balade ».

Etudiante à la Rouen Business School, Floriane, 21 ans, rentre tous les quinze jours chez ses parents à Paris. Elle vient pourtant toutes les semaines faire son linge à la laverie de la route de Neufchâtel. Des rencontres, elle n’en fait pas souvent autour des lessiveuses. « Ce n’est pas ici que l’on risque d’en faire », confirme un jeune homme sceptique qui sort son linge propre près d’elle. En général, Floriane lance sa machine et rentre chez elle. Elle essaie de revenir à temps pour la fin du cycle. Et si ce n’est pas le cas : « Qui va voler du linge ?« , sourit-elle. Nathalie n’est pas si naïve. « Un samedi, entre midi et deux, quelqu’un a volé une couette. MouilLée en plus »,

LAVOMATIC 2Un peu plus en centre-ville, Sophie qui tient le Lavomatic de la rue d’Amiens depuis dix ans, pense encore à ses chaussettes : « La personne qui les a volées a bien pris le temps de fouiller et de trouver les deux qui allaient ensemble. » Depuis, elle a fait mettre un miroir pour toujours avoir un oeil sur les machines, même lorsqu’elle repasse les chemises. Parfois, c’est même une question de pudeur : « J’ai vu une fois un sans-abri se déshabiller, mettre tous ses habits dans le lave-linge et rester en caleçon ».

Dans sa boutique, Nathalie croise principalement des étudiants. Les appartement des résidences situées à proximité ne sont pas suffisamment grands pour accueillir un lave-linge. Jérôme, une quarantaine d’années, vient à la laverie au moins une fois par semaine. Lui qui a vécu à Londres pendant quelques années, avait aimé l’ambiance conviviale de ces libre-services. Il avoue que parfois, on ne trouve pas que du beau linge dans ces endroits. « A certaines époques, des jeunes venaient se mettre au chaud et boire des coups », se rappelle celui qui vient même si sa compagne possède un lave-linge. « Ca me permet de garder mon indépendance », explique-t-il.

Besoin d’être tranquille donc, de se réchauffer, de rencontrer du monde, de parler à des inconnus, de laver son linge sale. Un peu comme au bistrot finalement.

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Une réflexion au sujet de « La tactique du lavomatique »

  1. J’utilise aussi de temps en temps ce service pour laver les « grands linges » draps, housse et couette d’autant que le séchage est assuré et c’est surtout pour cette dernière opération que ces boutiques sont très utiles! En appartement et en hiver de surcroît, comment sécher le linge?

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