Jonquets Club : des paraplégiques à cheval

Le docteur Eric Vérin a mis en place, avec une dizaine de personnes, l’association Jonquets Club au centre équestre des Jonquets de Saint-Jacques-sur-Darnétal afin de permettre aux paraplégiques de monter à cheval et ainsi, de retrouver un « brin » de vie. L’association cherche actuellement des sponsors afin de pouvoir financer les infrastructures nécessaires pour mettre en place ce projet. Rencontre avec le président de l’association, le docteur Eric Verin.


Pouvez-vous expliquer l’origine de la création de l’association et de votre projet de faire monter des paraplégiques à cheval ?

Imaginez que vous soyez jeune et en pleine santé mais que malheureusement vous ayez un accident qui vous rende paraplégique. Lorsqu’on est paraplégique, cela veut dire que la moelle épinière est complètement sectionnée et que les membres inférieurs ainsi que le bassin ne fonctionnent plus du tout.

Suite à cet accident, vous allez passer par les services intensifs c’est-à-dire en réanimation, en neurochirurgie avant d’être opéré. Une fois que vous avez passé cette période délicate des soins intensifs, on vous emmène dans un service de rééducation ou l’on pratique de la médecine physique et de réadaptation pour vous apprendre à vous servir d’un fauteuil roulant et à être autonome. En règle général, vous êtes condamné à rester dans votre fauteuil roulant jusqu’à la fin de vos jours. Votre espérance de vie n’est pas modifiée mais c’est votre vie qui est bouleversée parce que vous regardez les gens d’en dessous, que les infrastructures de la ville ne sont pas forcément adaptées…Le but de la médecine physique et de réadaptation c’est d’apprendre à vous réinsérer dans la société et d’arriver à vous faire retrouver une vie proche de la normale. Au fil du temps, vous allez avoir de moins en moins de limitation d’activités et de restrictions à la participation à la vie sociale. C’est un challenge très intéressant.

Parmi les sports que l’on peut proposer aux patients, je trouve, et ça c’est mon avis personnel, que l’équitation est un sport particulièrement intéressant chez les patients paraplégiques. D’une part, l’équitation est un sport à part entière. Si vous montez à cheval et que vous n’avez pas l’habitude, en général vous ressortez avec des courbatures partout. C’est le signe qu’il y a beaucoup de muscles qui travaillent. D’autre part, l’équitation fait travailler l’équilibre. L’intérêt lorsqu’on fait de l’équitation, c’est quand même d’arriver à tenir sur le cheval. Tout cela participe à la rééducation du patient paraplégique même au niveau des membres inférieurs car il y a des réflexes qui persistent même s’ils ne sont pas volontaires.
Finalement, ca va être l’un des rares moments, où le patient paraplégique va se retrouver en position verticale et pour peu qu’il sache monter un petit peu à cheval, il sera autonome. Ca joue sur le moral aussi.

Nous avons donc créé l’association Jonquets Club, afin de permettre aux patients paraplégiques de monter à cheval. C’est important car ça ne se fait pas comme ça en claquant des doigts.

Quelles sont les différences entre un cavalier « normal » et un cavalier paraplégique?

Normalement, le cavalier donne des ordres au cheval par l’intermédiaire des jambes. Les cavaliers paraplégiques ne peuvent procéder de la même manière. Du coup, ils utilisent des « sticks » c’est à dire de très grandes cravaches qui vont remplacer les jambes et permettre au cavalier de donner les ordres au cheval.

Comment allez-vous mettre en place ce projet ?

Avant que les patients paraplégiques puissent monter à cheval, il faut les entraîner et les habituer au contact de l’animal. Des médecins ainsi que des kinésithérapeutes s’occuperont de cette phase préliminaire. Dans un premier temps, les patients s’entraîneront sur un cheval mécanique qui mimera le pas, le trot et le galop. L’avantage de ce cheval mécanique, c’est qu’il sera installé dans le Centre régional de médecine physique et de réadaptation « Les Herbiers » à Bois-Guillaume et que l’endroit sera sécurisé. Il y aura des tapis tout autour du cheval mécanique et le personnel sera là pour encadrer le patient.

Le problème c’est qu’un cheval mécanique coûte 15 000 € et que nous n’avons pas encore les fonds nécessaires pour en acquérir un. Tant que cette somme n’est pas réunie, on ne pourra pas commencer à travailler.

Une fois cette première étape réussie, les patients pourront monter sur de vrais chevaux. Dans un premier temps, nous allons travailler avec l’association d’équithérapie « Cheval Espérance » située à Bois-Guillaume qui va nous libérer un local et nous donner un peu de leur savoir en matière d’équithérapie. Dans un second temps, notre objectif est d’investir dans des infrastructures adaptées pour le handicap au centre équestre des Jonquets de Saint-Jacques-sur-Darnétal. Cette deuxième étape risque de prendre du temps, car il faut adapter tous les locaux du centre équestre pour qu’ils soient accessibles aux patients paraplégiques et le coût est de 350 000 €. C’est pourquoi nous avons absolument besoin de sponsors.

Nous avons déjà reçu des subventions de la Société Française de médecine physique et réadaptation et également des aides d’associations équestres nationales.

Vous êtes également en contact avec le célèbre cavalier cascadeur Bernard Sachsé, pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, Bernard Sachsé est très connu dans le monde équestre, notamment pour ses performances en dressage. Il a notamment dressé tous les chevaux qui apparaissent dans le film Danse avec Lui sorti en 2007 avec Mathilde Seigner. Son vrai métier au départ c’était d’être cascadeur avec des chevaux. Malheureusement, l’une de ses cascades a très mal tourné puisqu’il est devenu paraplégique. Il s’est retrouvé dans un centre de rééducation à Paris. Mais au bout de 6 mois d’hospitalisation, Bernard Sachsé n’en pouvait plus et a décidé de remonter à cheval. Ce qui est magique, c’est qu’à nouveau il a été champion de France de dressage.

Nous avons donc décidé de le contacter pour lui faire part de notre projet. Il a tout de suite aimé l’idée. Cela lui tient vraiment à coeur de participer à ce projet car c’est un bonheur pour lui de voir des paraplégiques monter à cheval. Il nous donne des conseils et suit de très près notre aventure.

Est-ce que vous avez une formation particulière de le domaine de l’équithérapie ?

Moi, pas spécifiquement. Par contre, je suis cavalier. En tout, ca va faire une dizaine d’années que je pratique. C’est un sport que j’aime beaucoup. J’ai du arrêté pendant mes études mais j’ai repris il y a quelques années.

Par contre mon travail actuel au CHU de Rouen, n’a pas de lien avec l’association. Actuellement, je m’occupe de patients tétraplégiques. Ces personnes ne peuvent malheureusement pas monter à cheval. Je m’occupe également de personnes qui ont du mal à avaler. Mais j’ai récemment décidé de changer de travail. C’est pourquoi, dans quelques semaines, j’irai travailler au Centre régional de médecine physique et de réadaptation « Les Herbiers » de Bois-Guillaume et je m’occuperai de patients paraplégiques. Ce changement de poste va me permettre d’être plus proche des patients et d’associer mon travail avec le projet de l’association.

Sinon au sein de l’association, nous avons des moniteurs formés à l’équithérapie et à la prise en charge du handicap. On ne part pas de rien. Et puis nous avons aussi des médecins, des infirmières qui sont également investis.

Combien de temps cela peut prendre pour qu’un patient paraplégique puisse arriver à être autonome sur un cheval?

Je pense qu’en un an on devrait arriver à avoir un patient autonome au pas sur un cheval à raison d’une séance de 30 minutes par semaine. Il ne faut pas trop forcer car c’est très fatiguant pour eux. Après, le temps d’apprentissage peut varier en fonction de l’expérience du patient dans le domaine de l’équitation. Dans le handicap, tout est toujours plus long. En tout, nous aurons deux chevaux uniquement dédiés aux patients paraplégiques. Le cheval ne doit pas avoir peur car autrement ça devient ingérable.

Si l’association arrive à récupérer les fonds nécessaires, le premier patient paraplégique devrait pouvoir monter sur un cheval avant la fin de l’année 2012.

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