Ingrid Gogny change le public en Hommes-Livres

Le réseau de bibliothèque Rn’Bi de Rouen accueille, chaque année, une personnalité du monde artistique. Cette année, les bibliothèques rouennaises ouvrent leurs portes à Ingrid Gogny, productrice, réalisatrice et scénariste rouennaise de court-métrage et de documentaire. Son projet ? la création d’un documentaire intitulé Hommes-Livres qui sera tourné dans les sept bibliothèques rouennaises du 6 au 21 juin et c’est le public qui va être mis à contribution.

Ingrid Gogny a le cinéma dans la peau depuis toute petite. Une passion grandissante, qui va la conduire à suivre des études à l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son, la Fémis à Paris. Dès sa sortie, elle réalise son premier documentaire, Chargée de famille. Très attachée à la ville de Rouen, elle poursuit sa carrière en créant en 1997, un court-métrage Rouen, 5 minutes d’arrêt qu’elle filme dans le bar le Métropole à proximité de la gare, un endroit qui lui rappelle de nombreux souvenirs. La réalisatrice se transforme également quelques fois en productrice de court-métrage, afin de mettre en lumière des cinéastes qu’elle apprécie.

A 46 ans, à travers le film documentaire Hommes-Livres, Ingrid veut faire participer le public et le sensibiliser à une problématique importante pour elle : dans une société où l’on virtualise de plus en plus, ou l’on s’appuie sur les nouvelles technologies pour conserver des informations que devient notre capacité à mémoriser ? Interview.

Comment vous est venue l’idée de créer le film documentaire Hommes-Livres?

Ce projet fait écho au roman de Ray Bradbury, Farhenheit 451, adapté au cinéma par François Truffaut. Dans une société totalitaire dans laquelle il est interdit de lire, les gens sont obligés de lire en cachette pour éviter que leurs livres ne soient brûlés. Certains s’obligent même à apprendre les livres par coeur.

Ce film m’a beaucoup touché parce que j’ai observé la société actuelle, notamment avec l’arrivée d’internet et j’ai fait un constat qui me semble alarmant : Aujourd’hui, les nouvelles technologies remplacent de plus en plus la mémoire humaine. On ne fait plus l’effort de se souvenir d’un numéro de téléphone ou de la date d’anniversaire de quelqu’un par exemple. Au lieu d’entretenir notre mémoire en l’enrichissant, on cherche à la désencombrer. Le problème, c’est qu’à force de virtualiser les informations, on finira par les perdre un jour où l’autre.

Je ne vois pas, en quoi, vider un maximum d’informations dans des machines pour se faciliter l’existence, fait grandir et évoluer un homme. Je pense que j’aurais très peur si on me montrait le temps que j’ai passé devant un écran d’ordinateur. Je ne comprends pas où est le progrès.

Comment va se dérouler le tournage ?

Je vais faire le tour des bibliothèques de Rouen et je vais filmer en plan fixe les personnes qui le souhaitent en train de réciter le passage d’un livre qui leur tient à coeur. Ces personnes se seront, dans le meilleur des cas, inscrites au préalable mais toutes celles qui désirent participer à l’expérience sont les bienvenues. Je veux vraiment qu’il y ait un engagement, un effort de leur part au travers la mémorisation de ce passage. Je jouerai le jeu moi aussi.

Le but de ce film documentaire est de répondre aux questions suivantes : Si les livres étaient amenés à disparaître quel texte je souhaiterais conserver ? Jusqu’où je peux aller dans la mémorisation d’un livre ?

Il n’y aura aucune restriction. Si je vois que les personnes ne se sentent pas à l’aise devant la caméra, je conserverai uniquement la voix. Pour éviter que le documentaire soit constitué uniquement de plan fixe, je filmerai également l’ambiance dans les bibliothèques. Le tout ne dépassera pas une heure.

Avez-vous d’autres activités en dehors de vos réalisations cinématographiques ?

J’ai beaucoup enseigné dans des écoles et même à la prison Bonne Nouvelle de Rouen au travers d’ateliers d’écriture cinématographique et d’analyse de film. Ce sont ces moments de partage qui m’ont permis de me rendre compte de mes connaissances. Cette transmission est très importante pour moi. Si j’arrive à toucher ne serait-ce qu’une seule personne dans l’auditoire, je suis heureuse.

Ce qui me semble important aujourd’hui dans le cinéma c’est d’arriver à faire comprendre aux gens qu’il faut faire des ponts avec le passé. Par exemple, à la sortie du film The Artist, j’étais un peu déçue parce que ce film fait référence à des vieux films comme Chantons sous la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly ou encore Les Temps modernes de Charlie Chaplin et la plupart des gens n’y font même pas attention…

  • Si vous souhaitez vous transformer en Hommes-Livres, le programme des tournages c’est ici.

A noter : le film documentaire est financé par le réseau de bibliothèque Rn’Bi de Rouen. Si le film rencontre le succès escompté , Ingrid essayera d’obtenir le financement nécessaire pour le diffuser plus largement. Pour l’heure, une diffusion est prévue le 14 décembre 2012 à la bibliothèque Simone de Beauvoir, rue Henri-II-de-Plantagenêt à Rouen.

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