Hugues Vigier soulève sa robe d’avocat

Double meurtre de Grand-Quevilly, relaxe de l’enseignant qui avait une relation avec une de ses élèves, crime homophobe… l’avocat rouennais Hugues Vigier apparait dans les affaires les plus médiatiques. Rencontre

A 47 ans, Hugues Vigier est pénaliste depuis 21 ans. Il fait partie du groupe des 450 avocats rouennais  mais il est l’un de ceux que l’on croise le plus, au tribunal ou dans les médias. On l’a vu dans le procès des homophobes et plus récemment dans l’affaire du double meurtre de Grand-Quevilly ou dans celle de l’enseignant rouennais qui avait une relation avec une de ses élèves. Un personnage atypique, père de trois filles, engagé politiquement qui cite volontiers Antigone ou Périclès. Imprégné de musique classique, surtout de Bach, l’homme signe, il y a quelques semaines son 49ème acquittement. Hugues Vigier livre sa vision du métier tant romancé d’avocat.

HUGUES VIGIERHugues Vigier était bon élève en maths et en physique. La faute au paternel qui travaillait dans un laboratoire de recherche. Le futur pénaliste tente maths sup, une prépa HEC, s’essaie au théâtre. Et contre l’avis de ses parents, se lance dans le droit. Des études qu’il réussit. Même s’il allait en cours « une fois de temps en temps », nous dit-il. Il se rappelle son orientation : « J’ai trop tardé à m’inscrire au concours d’inspecteur de police. Je me rêvais en Humphrey Bogart, inspecteur mais sans porter de jugement moral sur qui que ce soit et tombant un peu amoureux de la nana prostituée. Les clichés, quoi. Puis, en même temps, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J’hésitais aussi à élever des chèvres en montagne, à devenir instituteur ou guide de haute-montagne, rien n’était très fixé. » Une vision un peu romanesque, tout de même. Il passe alors le concours d’avocat. Des épreuves auxquelles il déclare arriver à chaque fois « avec une demie heure de retard ». Là, Hugues Vigier avoue n’avoir jamais mis les pieds dans un cabinet d’avocat, ni dans une salle d’audience. « Je me suis dit que ça valait le coup d’aller voir ce que c’était. C’est le plus grand des hasards », se rappelle-t-il.

Le choix du droit pénal, en revanche, c’est parce qu’il n’avait pas les mêmes entrées que les autres dans le monde des « baveux », comme on dit en prison. « Je ne suis pas un fils à papa, je ne viens pas des milieux bourgeois. Je me suis pointé pour avoir un stage les mains dans les poches. On m’a parlé d’un pénaliste, une terreur, auprès de qui j’ai fait mon stage. Mais moi j’adorais ce type. » Il finit par quitter ce mentor pour se lancer tout seul. « Mais je ne connaissais personne. J’ai pris des permanences pour me faire connaître ».Il commence donc commis d’office.

Parce que quoi qu’on pense, la réussite d’un avocat tient aussi à sa notoriété. Les noms des avocats qui savent se battre « comme jamais » pour leurs clients sont soufflés de détenus en détenus dans les couloirs des maisons d’arrêt. Après six mois, Me Vigier reçoit un courrier qui disait, rapporte-t-il: « On m’a dit que vous êtes bien et gratuit. » Ou presque. Le public dans les salles d’audience joue aussi son rôle,. « Les audiences du pénal sont un lieu de rapport de force où il faut prendre l’ascendant  sur l’autre », décrit celui qui considère que dans ces juridictions-là, « on ne fait pas de droit pénal, ou très peu ». Plutôt de la joute verbale.

HUGUES VIGIER2Pour Hugues Vigier, aux Assises ou dans un tribunal correctionnel, la maîtrise du droit n’est en effet pas la plus importante. « Il faut garder l’attention du juge ou des jurés. Il faut capter l’esprit et montrer à chaque juré qu’il est important, sans forcer sa conviction », estime l’avocat. Et, lorsque le regard de l’un de ses auditeurs se fond dans le vague, il plaide Antigone, la Mort aux Trousses d’Hitchcock  ou le procès de la Truie de Falaise. Des histoires qu’il peut raconter pendant dix minutes lors d’une plaidoirie, au risque de perdre le juge et même son client. « Un client m’a un jour dit qu’il a cru que je m’étais trompé d’affaire », sourit-il, avant de continuer : « Je ne vais pas faire de cours de socio aux jurés, mais il faut bien que j’illustre mon propos et au moins, ça retient l’attention ». Le temps pour l’auditoire de comprendre où veut en venir leur locuteur du jour.

Un bon avocat, c’est aussi celui qui comprend la psychologie de la juridiction, l’opinion qu’elle s’est faite avant la plaidoirie, pour Maître Vigier. Il décrit également « la mouche du coche qui fait faire son travail au juge, un emmerdeur qui l’empêche de dormir et essaie de lui induire un doute systématique sur sa conviction ». Hugues Vigier parle d’un sens critique aiguisé, raisonné, « ne jamais rien tenir pour acquis », estime-t-il. « Dans l’affaire du double meurtre de Grand-Quevilly, comment raisonner les enquêteurs ? Il y a un type qui en accuse un autre. La police est aveuglée par l’accusation et ne cherche que des éléments qui peuvent aller à charge. Ils étaient surement deux, pensent les enquêteurs, ça colle. Or, on peut donner beaucoup de détails en racontant n’importe quoi », précise Hugues Vigier, qui considère ne jamais juger un accusateur. Selon Me Vigier, un accusateur exprime toujours une souffrance. En induisant une critique raisonnée dans l’esprit du juge, Me Vigier a réussi à libérer son client, la semaine dernière.

Des expériences régulières qui apportent parfois de jolis souvenirs. S’il raconte ne pas mâcher ses mots auprès de ces clients –« Pour moi, vous êtes foutu »-, il se rappelle de grands moments de joies et d’émotion. Tellement qu’il ne peut en sortir aucun du lot. Des affaires dans lesquelles il a réussi à faire avouer ses clients butés pour le plus grand soulagement des victimes ou le regard ému de son client impliqué dans l’affaire du double-meurtre de Grand-Quevilly  dont il est allé assister la fillette de 10 ans pendant son audition au commissariat. L’avocat garde une vision charitable de son travail. En tout cas, c’est l’idée qu’il s’en fait.

Engagé au Parti Communiste, il trimballe toujours dans sa sacoche en cuir un Nouveau Testament , sillonne les rues de Rouen à bicyclette et prône l’inversion des codes, l’humilité et la charité. Un homme qui révèle décidément de multiples facettes.

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