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Histoire

Un prof fait sa rentrée en 1900

Miss Ska s’extirpe (très difficilement !) de son hamac estival, et reprend sa petite rubrique historique. Commençons, comme annoncé en juillet, par parler un peu du philosophe Alain. Alain et Rouen, car Alain a passé un peu plus de deux ans dans notre ville, de septembre 1900 à janvier 1903. Deux années importantes dans sa longue vie (1868-1951). Le jeune professeur de philosophie est nommé au lycée Corneille à la rentrée 1900. Il fait immédiatement une vive impression sur ses élèves. L’un d’eux, André Maurois, futur romancier, raconte : « soudain la porte s’ouvrit en coup de vent et nous vîmes entrer un grand diable à l’air jeune, belle tête normande aux traits forts et réguliers. Il s’assit à sa table, sur l’estrade, nous regarda un instant en souriant, puis alla au tableau noir ». Alain y recopie alors une phrase de Platon : « Il faut aller à la vérité avec toute son âme », et entame dans la foulée un enseignement exigeant, mais gai et stimulant, fondé sur le dialogue et le culte de la raison.

A Rouen, Alain multiplie par ailleurs les activités : il est membre de la toute récente Ligue des Droits de l’homme, fondée en pleine affaire Dreyfus. Il fait d’autre part des conférences à la jeune Université populaire, qui cherche à rapprocher monde intellectuel et monde ouvrier. Alain, en cette période d’affrontement politique, fait aussi campagne en faveur du radical Louis Ricard, qui représente la gauche non marxiste aux législatives rouennaises de 1902 , mais qui sera battu en faveur d’un candidat plus modéré. Le philosophe souhaite une république laïque, ce qui signifie la Séparation de l’Eglise et de l’Etat (réalisée en 1905), et il combat activement le « cléricalisme ». Athée, il reconnaît toutefois la grandeur du christianisme, symbole à ses yeux de la primauté de l’esprit sur la matière.
A partir de 1903 Alain devient le plus célèbre pigiste à La Dépêche, un journal radical apparu cette année-là à Rouen. Il y publie ses premiers « Propos ». Miss Ska vous en reparlera mais pour finir, une confidence. Une phrase d’Alain l’a beaucoup marquée, elle y pense souvent, cela peut presque devenir une devise : « Il faut se jurer d’être heureux ». Donc le bonheur serait une question surtout de volonté, un challenge personnel, une lutte constante contre les vents mauvais de la sinistrose. Qu’en pensez-vous ?

Discussion

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  1. Une petite précision-rectification : c’est en 1901 et non en 1900 que Emile-Herzog/André Maurois a pour la 1ère fois Alain comme prof, car c’est cette année-là, et non en 1900, que le futur écrivain entre en classe de philosophie
    Mais Alain avait en effet bien accompli sa 1ère rentrée à Rouen l’année précédente. Son poste précédent était à Lorient.
    Maurois insiste dans ses Mémoires, et dans son petit livre “Rouen” publié en 1928, sur l’importance d’Alain dans son brillant parcours : “A Alain je dois tout”. Il raconte aussi qu’Alain donnait des sujets de dissert non conformistes, ex : “Une jeune fille est sur le point de franchir le parapet du Pont Boîeldieu. Un philosophe la retient par la jupe. Dialogue”

    Posté par sessyl | septembre 2, 2006, 9:20

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