Les instants fédérateurs, pendant lesquels les Français savent s’unir pour l’action, ou tout au moins se rassembler sur quelques principes, apparaissent plutôt rares et éphémères au cours de notre histoire. Alors Miss Ska vous invite à savourer en compagnie de nos ancêtres celui-ci, bien fragile on le verra.
Fin février 1848, c’est la révolution dans notre pays. Le roi Louis-Philippe abdique, la République est proclamée une deuxième fois un bon demi-siècle après 1792. Et les démocrates le promettent publiquement : non, on ne reverra pas comme en 1793 le soupçon généralisé, ainsi que la guillotine promise aux adversaires idéologiques. D’ailleurs la peine de mort est alors abolie en matière politique, entre autres mesures porteuses d’espoir, telles l’instauration du suffrage universel, l’interdiction solennelle de l’esclavage, et enfin la proclamation du droit au travail (car le chômage sévit depuis 1846, en particulier dans l’industrie textile).
Autre différence avec 1792-1794 : des marques de respect sont alors adressées par les révolutionnaires à l’Eglise catholique, laquelle de son côté ne condamne pas les récents événements, consciente sans doute que dans le message évangélique on trouve, à côté de l’affirmation de l’existence de Dieu, laquelle ne peut faire l’unanimité des Français, un appel profond à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, qui, lui, peut se révéler utilement fédérateur.
Sans doute y a-t-il quelques calculs ou réticences de part et d’autre. Quelques semaines plus tard viendront en effet les émeutes ouvrières, la répression, la division à nouveau de la France en deux camps. Mais dégustons, en une sorte d’arrêt sur image, ce premier moment d’écologie politique unanimiste qu’a été, un peu partout dans notre pays au printemps 1848, la plantation d’arbres de la liberté.
A Rouen la fête a lieu le dimanche 9 avril, sur la place du Champ de Mars. Il s’agit d’un jeune peuplier qu’on est allé déraciner sur les hauteurs, porté solennellement en cortège au cœur de la ville par une cinquantaine de citoyens qui se relaient. Les maisons sont pavoisées, des fanfares se succèdent, ainsi que les discours, et l’archevêque de Rouen bénit solennellement l’arbrisseau.
Hélas…deux jours plus tard un vandale abat de nuit d’un sec coup de hache le petit arbre symbole d’espoir. Aussitôt ce n’est pas un, mais quatre peupliers qui seront replantés à sa place. Car la soif de liberté se révèle au moins aussi forte dans notre pays que malheureusement, de la part d’une fraction de nos concitoyens, la volonté de la briser. A méditer ?
Miss Ska,
Décidément, tes chroniques m’enchantent et tu sais dénicher les moments rares de notre histoire. Merci.
Je me suis risquée à écrire une note sur la création du premier Théâtre des Arts, en orientant bien sûr le propos sur la thématique du blog (”Des édiles soucieux de la traquillité publique”) . Mais peut-être aurais-tu des informations supplémentaires à apporter? Entre autres,sur ce qui a été modifié dans la vie culturelle locale à ce moment: les publics et les productions ont-ils été fondamentalement changés?