La liberté est comme un goéland
« O chère liberté ! ma sœur délicieuse
Dis-moi, te souviens-tu des sentiers d’autrefois ?
Revoici les beaux jours et l’heure insoucieuse
Où nous allions cueillir des mûres dans les bois… »
Ces vers, quel poète épris d’indépendance, et amoureux de la Normandie, a bien pu les tracer ? Partons en pèlerinage littéraire à l’est de Rouen, au-dessus du Boulingrin. Grimpons l’ancienne rue de la Rampe, maintenant dénommée rue Francis Yard. Eh bien, voilà notre homme ! Athanase François Yard (les personnalités riches aiment souvent changer de nom, ce ne sont pas les blogueurs du Grand Rouen qui me contrediront sur ce point) est né en 1876, dans un petit village près de Rouen. Jeune homme, il est un temps attiré par la capitale, et publie alors ses premiers poèmes. Mais c’est sa belle province qui l’inspirera surtout : « L’an de la terre », « Les Goélands ». .. Il écrira aussi des almanachs, où le Père Martine, un ancien berger, révèle quelques secrets de la nature. Yard fuit les honneurs, mais a pour ami, entre autres, le peintre Maurice Louvrier.
Cependant la vie s’assombrit pour notre poète. Instituteur à Rouen, il se sent incompris de ses contemporains. Après la mort de sa fille à 26 ans, il se met à boire et vit en reclus, cessant même pratiquement de s’alimenter et de se chauffer pendant la guerre.
Le 28 février 1947, atteint d’une congestion pulmonaire, il s’éteint après s’être écrié “je fais comme Verlaine, je vais mourir à l’hôpital ». Peut-être cette âme si sensible est-elle alors entrée dans un éternel printemps ? Nous qui aspirons aussi au renouveau de la nature, fredonnons avec lui :
« Le bois n’est plus solitaire
Au loin chantent les coucous.
Un soupir immense et doux
Monte du cœur de la terre. »
J’avais mis en ligne il y a fort longtemps un poème de francis Yard, sur l’église Saint-Maclou : http://www.grand-rouen.com/anthologie/saint-maclou/31/
26 février 2007 à 22:42
un peu de finesse dans un monde de brut
27 février 2007 à 9:44