Hear We Prod : produisez vos artistes

La plateforme associative de production artistique participative Hear We Prod sera lancée d’ici quelques semaines pour donner des coups de pouces financiers et logistiques aux artistes de la région. 

« On va boire un café tranquillement pour discuter ». Voilà comment nous accueille chez lui Pierre-Alexis Quoniam , cofondateur avec Pierre-Emmanuel Malservet de Hear We Prod, une plateforme rouennaise de production artistique participative. Un rendez-vous convivial sur les hauteurs de Bois-Guillaume pour un projet qui ne l’est pas moins.

Hear We Prod, c’est l’idée de deux membres du monde de la musique aux « compétences complémentaires ». « On déplorait de voir passer des projets avec un réel intérêt mais qui n’étaient pas économiquement viables », se rappelle Pierre-Alexis, prestataire musical. Dès 2008, ils créent Ass de Pic, une association qui s’attelle à promouvoir les projets culturels qui leur tiennent à coeur, en donnant des coups de pouce techniques ou logistiques aux artistes. « Parce qu’il est clair qu’un artiste excelle dans son art mais est, souvent, nul dans tout ce qui est à côté »  C’est donc logiquement qu’ils ont réfléchi aux acteurs qui pourraient subventionner ces projets qui attiraient leur attention. Pour eux, il était évident qu’il fallait éviter les subventions publiques, pour une question « d’indépendance éditoriale totale ». Sans compter que l’Etat finance de moins en moins les projets et tend à « uniformiser » la culture qui « s’arc-boute sur ses pratiques ».

Du côté des plateformes où l’internaute devient l’un des actionnaires du projet – comme My Major Company (MMC)-, les deux amis restent sur leur faim. « Dans nos recherches, nous n’avons trouvé que trois projets lancés par le financement participatif. D’ailleurs MMC ne sert qu’à lever des fonds. Et les internautes financeurs ne savent pas où va leur argent et comment il est dépensé ». « On trouvait ça un peu light d’être considéré seulement comme une grosse tirelire », continue Pierre-Alexis. Pas question non plus de gonfler les frais de gestion pour s’en mettre plein les poches.

D’où la naissance d’Hear We Prod, « la première plateforme participative gérée par une association à but non lucratif ». Elle proposera un support logistique, avec un studio d’enregistrement déplaçable, un travail sur la présence scénique, un peu de communication. Pour donner aux artistes la possibilité d’aller le plus loin possible, « leur donner les armes et la matière pour aller vers un label« .

Et qu’en sera-il du mécène qui mettra quelques deniers dans le projet qui lui a plu ? Il aura misé au moins dix euros. Dix euros symboliques pour certains, « énormes » pour d’autres, précise Pïerre-Alexis, lucide. Ce dernier assume la cible principale de Hear We Prod : les entreprises qui bénéficieront d’une défiscalisation de 60%. « Le mécénat culturel est très en vogue », affirme-t-il.

A gauche, Pierre Alexis. A droite, Pierre Emmanuel de Hear We Prod

Quant au particulier, il bénéficiera d’une défiscalisation de 66%.   »On ne promet pas la lune », prévient Pierre-Alexis. Juste une garantie d’un financement plus léger pour le mécène. Le fisc n’a cependant toujours pas donné à l’association son accord pour la défiscalisation. « On a un accord de principe mais on veut être sûrs pour lancer le site ».

D’autre part, le mécène aura aussi une relation particulière avec l’artiste qu’il aura financé. Il aura accès aux show-cases, aux enregistrements, aux forums privés.  »Des auditions publiques« , en gros. « Les artistes que nous choisiront devront être ouverts au travail d’équipe, à la collaboration et se tenir à cette collaboration. Ils doivent aussi avoir la capacité à faire autre chose que de la musique », précise Pierre-Alexis. Mais pas question pour celui qui a cru en l’artiste de mettre son grain de sel dans le projet. Pas de droit de regard, ni pour le mécène, ni pour Hear We Prod.

Hear We Prod devrait être lancé courant janvier 2013 avec « quatre ou cinq artistes », espère Pierre-Alexis. La plateforme n’est réservée pour le moment qu’aux artistes régionaux.

 

Il existe d’autres plateformes de financement de projets, comme KissKissBankBank, une plateforme de financement collaboratif. L’engagement de la plateforme se limite à la mise en relation et la mise à disposition d’outils en ligne pour faciliter le financement participatif, en contrepartie de quoi 5% des sommes collectées sont prélevées par la plateforme. Et il n’est pas question de défiscalisation, ni de mécénat d’entreprise.


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