Grands restaurants : des menus toqués

Les 18 membres du club des Toques de Rouen Vallée de Seine accueilleront entre janvier et mars 2013, les jeunes aux porte-monnaies légers. Deux menus spéciaux ont été créés dans leurs restaurants. 

Créé en 2003, le club des Toques Rouen Vallée de Seine rassemble désormais dix-huit chefs. Pour joindre ce club très fermé, un chef doit avoir au moins sept ans d’expérience, être reconnu par ses pairs, vouloir promouvoir la gastronomie du terroir ou encore servir des produits frais. Tout un plat qui semble idéal. Un hic, le public qui fréquente ces luxueux établissements ne se renouvelle que trop rarement. Les tarifs qui y sont pratiqués sont souvent hors d’atteinte des petites bourses et notamment celles des jeunes et des étudiants. Aussi, à l’initiative de l’Office de Tourisme de Rouen Vallée de Seine, les dix-huit restaurants lancent l’opération « Les jeunes à la table des Toques ». Du 2 janvier au 31 mars 2013, les personnes âgées de moins de trente ans désargentés pourront toucher du bout des papilles la haute gastronomie de la région. Dans chaque restaurant, deux menus de 45 et 70 euros seront à la carte. Des tarifs qui comprennent l’apéritif, le vin et le café. Même si, on nous précise bien, dans ces menus « ce ne sera pas caviar et foie gras ».

« Bien manger fait partie du patrimoine français. Pourtant, par manque d’habitude et de moyens, les gens font dans la malbouffe. On mange pour se nourrir, alors que l’important est de manger pour bien manger« , déplore Thierry Demoget, chef depuis 28 ans, à la tête du restaurant les Capucines au Petit-Quevilly.

Les chefs reconnaissent que leurs prix restent tout de même un budget conséquent. Un budget pour toucher à la haute gastronomie. « Au lieu d’aller trois fois au Mac Do dans le mois, ils iront dîner un soir chez nous« , rétorque Vincent Taillefer. Il est chef depuis 24 ans et dirige la cuisine de la Couronne, « la plus ancienne auberge de France encore en activité ».

Nous nous étonnons du manque de passage des jeunes dans leurs restaurants. Les émissions culinaires foisonnent pourtant à la télévision et remportent à chaque diffusion un grand succès. « Si ça leur donne envie de cuisiner, tant mieux ! Mais ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’à la télé, quand on rate, on recommence. Nous, c’est du direct tous les jours ! « , explique Thierry.

Cette opération pour les jeunes est donc aussi l’occasion pour eux de défendre leur savoir-faire. « Tous les établissements sont étiquetés restaurants, nous sommes tous logés à la même enseigne, de la pizzeria à la brasserie, en passant par celui qui fait des hamburgers », déplore-t-on. Alors chacun sa technique pour faire la différence.mais jamais sans oublier les bases de la cuisine normande. Une cuisine, dont -on a vérifié auprès des chefs- la principale spécificité est le beurre et la crème dans les plats. Ils n’oublient pas non plus les traditions du service. Thierry et Vincent préparent et flambent leur canard rouennais -étouffé, puis vidé, la sauce de ce plat est à base du sang et du foie de la bête- devant les clients. « Il peut y avoir une grande part de cérémonial dans la cuisine », analyse Vincent.

Chez eux, évidemment, on essaie de revisiter les classiques. « On met une touche d’exotisme dans les recettes connues. Des profiteroles à la glace au lait de coco ou un mille-feuilles revisité, par exemple », imagine Thierry. Le tout, c’est de « donner envie aux jeunes de revenir dans des restaurants confortables et cosy et faire ressentir que l’on a mis tout son coeur et son savoir-faire dans le plat », espère-t-il.

Une opération dont les chefs sont fiers. En bref, résume Thierry, « c’est accéder au luxe à des prix plus qu’abordables. C’est rouler dans une Clio régulièrement et avoir les clés d’une Porshe pendant trois mois ».

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4 réflexions au sujet de « Grands restaurants : des menus toqués »

  1. Une opération qui sera très certainement gros un flop…

    Les tarifs des menus restent clairement démesurés pour des « jeunes désargentés ».

    De plus, s’ils espèrent toucher le public qui va trois fois par mois au Mc do, je leur souhaite bonne chance.

  2. Menus à 45 et 70 euros (et ils précisent sans foie gras !) ???

    Je ne suis pas sûr qu’ils aient les pieds sur terre nos grands chefs étoilés… Quel étudiant peut se permettre ça « une fois par mois » ?

  3. Belle opération commerciale qui démarre mal d’une façon surprenante en comparant « Mac-Donald » et les grandes tables ( très chères) ! Il y a une marge entre les deux…dont de petits établissements qui font une réelle bonne cuisine à des prix raisonnables !
    Mal bouffe ou grand bouffe, c’est aussi mauvais pour la santé ! Le problème, n’est pas là ! La véritable solution à nos maux, c’est toujours l’information et l’éducation.
    J’ai mis 50 années pour découvrir enfin qu’elle alimentation me convenait pour une santé optimale ! … L’industrie alimentaire distribue profusion de produits aussi mauvais les uns que les autres ( pas au goût mais nocifs à terme pour la santé…) mais qui rapportent des profits énormes pendant que la petite agriculture survit à peine en cultivant des légume, fruits, volailles, etc.… de qualité.
    C’est un changement de mentalité une réelle prise de conscience qui est nécessaire.
    Alors les « grandes toques » avec leurs menus à 70 même 45€ se trompent de cible ! Les « classes aisées » resteront leur clientèle privilégiée comme c’est le cas des boutiques de luxe. C’est un autre monde avec d’autres valeurs matérialistes dont le moteur reste le fric !

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