Georges-André Piat et ses artistes

Georges-André Piat, l’anticonformiste, dirige l’Hotel de l’Europe, à deux pas de la place de la Pucelle. Derrière cette façade triste d’Après-Guerre, un établissement un peu farfelu, dirigé par un patron qui ne l’est pas moins. 

GAP3A 53 ans, Georges-André est le patron iconoclaste de l’hôtel de l’Europe, rue des Ours, depuis vingt ans. Né en Isère, d’une famille originaire de Lyon, il s’installe jeune dans la région rouennaise suite à la mutation de son père, chimiste, à Oissel. Il fait ses études à Jean-Baptiste De la Salle et les poursuit dans une école hotelière lyonnaise. Tout juste diplômé, il est embauché à 21 ans et pour trois ans dans un des hôtels londoniens de la chaîne Hilton.

Trois ans à Londres dans les années 80… J’ai pris six ans en trois ans. A l’époque la drogue, c’était pas fort. Maintenant, elle est très forte, très concentrée. Dans les années 80, on est en pleine époque Thatcher, le travail est très dur. On était hyper mal payés chez Hilton, j’ai été obligé d’avoir un deuxième travail. Je travaillais de nuit dans un kebab. Je n’ai pas connu d’Anglais à cols blancs, j’ai connu des Anglais de la rue. En plus j’avais toute une révolution personnelle, culturelle. En arrivant, j’avais peut-être une vision droite, j’ai pris un virage à 360 en arrivant. J’ai quand même fait le dernier concert de Led Zep à Knebworth dans la banlieue de Londres, ça c’était quelque chose de phénoménal. J’ai fini par rentrer à Rouen parce que j’étais fatigué.

Rentré à Rouen, il est embauché en 1983 dans un hôtel de la rue de la Croix de Fer, aujourd’hui le Mercure Centre. Il quitte ensuite Rouen pour Bordeaux où il restera jusqu’en 1993. Une période faste pendant laquelle il dirigera, à sa façon, un trois étoiles du centre-ville. Il se décrit à ce moment-là comme un ovni du petit monde guindé des Bordelais.

Bordeaux, c’est un peu spécial. J’suis arrivé un peu style Sputnik. Mais j’ai reçu des courriers de Chaban-Delmas, me félicitant de mon dynamisme. J’étais décalé. Le soir, une fois que les concerts étaient finis, j’emmenais les artistes chez des potes qui avaient des châteaux, on faisait la bringue. C’était la déprav’. A l’époque j’étais un peu destroy. Je suis devenu la place incontournable de Bordeaux entre 87 et 93. Tous les gens du spectacle venaient chez moi. Il y avait des hôtels quatre étoiles mais ils préféraient venir chez moi. J’organisais plein de trucs, j’étais un peu agitateur. Le lundi, le groupe qui passait chez Nulle Part Ailleurs sur Canal +, dormait le soir chez moi à Bordeaux. A un moment donné quand vous êtes artiste, ce n’est pas l’hôtel qui vous intéresse, ce sont les gens qu’il y a dedans.

Une période bordelaise pendant laquelle il croise les stars qui lui en auront parfois fait voir de toutes les couleurs. Il se rappelle.

Il y avait une star française, une petite blonde, qui ne chante plus parce que son mari est mort. Je ne peux pas donner son nom. Elle nous a demandé de changer l’orientation du lit dans la chambre. Mon lit est au sud, moi je veux la tête au nord, faut démonter la chambre. Une autre fois, on accueillait les Wailers, les chanteuses de Bob Marley à l’hôtel. La femme de chambre a jeté toute leur cam’. Toute la boite de cam’ est passée dans les poubelles. J’ai dû défoncer toutes les poubelles de l’hôtel pour retrouver les trucs.

Des célébrités, il en aura aussi croisé à l’hôtel de l’Europe. Miossec, Jacques Higelin, Philippe Katerine, Zaz, Christine Arron ou encore Daniel Darc ont séjourné rue aux Ours. Au sein de cet hôtel aux 21 chambres, trois ont été dessinées selon les goûts bien particuliers de Georges-André Piat. Il essaie d’y mettre en avant la culture rouennaise et normande. Elles sont parrainées par des artistes rouennais. Les standards des chambres, télévision, téléphone y sont cachés dans des placards. « Vous êtes pas obligés d’ouvrir, si vous ne voulez pas voir, vous ne voyez rien, vous vous couchez. Je ne suis pas là pour entrer dans les codes de l’hôtellerie, je suis là pour changer les formats des codes. Et, c’est intéressant pour un client qui n’est pas de Rouen de savoir qu’il y a des talents dans la région », estime-t-il.

On a recréé un lien entre le client et notre métier. Le plus souvent, c’est impersonnel, le client prend les clés et puis basta ! Une sorte d’AOC régional un peu comme le chabichou de Ségolène Royal. Sans compter que Rouen est une ville très culturelle. Je pense qu’il faut lier le tourisme à d’autres filières comme l’artisanat et la culture, pour avoir un intérêt. On s’est rapprochés de cette filière culturelle que l’on aimait.

La chambre Backstage, parrainée par Didier Bocquet du groupe rouennais BBC. On aura l’impression de dormir dans la suite de Mike Jagger. Des murs tapissés de papier-peint effet cuir, des étuis à guitare

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L’influence du rock à Rouen et en Normandie est très importante, notamment dans les années 60-70. Il fallait montrer ça à Rouen, sans compter que ça me tenait à cœur.

La chambre Comic Strip reçoit la touche de Daniel Pecqueur, pilote de formule 3 et scénariste de bande-dessinée. Très blanche, elle a des allures de chambre d’enfant.

GAP4Une chambre centrée sur la BD, futuriste et science-fiction. On perçoit ou pas les sensations à l’intérieur. Dans cette chambre, il y a une sorte de totem,en référence à « 2001, l’Odyssée de l’espace ». Il y a une position dans la chambre où on voit cette anamorphose. Comic Strip parce qu’il y a aussi beaucoup de bandes-dessinées à Rouen, notamment un festival.

Une dernière chambre baptisée Atelier est parrainée par Daniel Authouart. Si Georges-André Piat en a fini avec les travaux, dit-il, il a quand même pour projet d’en créer une nouvelle peut-être centrée sur le thème du sexe, avec des parois de salle de bain transparentes… On attend de voir.

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