Genepi, un pied en prison

Des étudiants bénévoles de l’association Genepi rencontrent chaque semaine des détenus pour des activités socio-culturelles ou du soutien scolaire.

Ils passent deux heures par semaine en prison. Ce ne sont pas des détenus par interim. Ni des gens qui purgent une peine minimale. Ce sont les étudiants bénévoles de Genepi (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées). A Rouen, ils sont quinze à se relayer auprès des détenus de la maison d’arrêt Bonne-Nouvelle et du centre de détention de Val-de-Reuil.

Fondée en 1976, par Lionel Stoléru, conseiller économique à la présidence de la République, l’association avait, à l’époque, pour principal but, de « détendre l’atmosphère en milieu carcéral« . Sa création fait suite à des émeutes en prison entre 1974 et 1975.

Dans leur cahier des charges, trois missions. La principale : l’intervention en milieu carcéral. Auprès des hommes, des femmes et des mineurs. Des activités socio-culturelles animées, comme des débats, des revues de presse ou des carnets de voyages. L’association propose aussi un soutien scolaire. « Mais jamais avec un côté infantilisant », se défend Loïc Barrois, 23 ans, étudiant en master de psycho et président de l’antenne rouennaise de l’association. «Autrefois, un étudiant venait donner des cours, aujourd’hui, nous avons adopté le principe d’échange et de co-construction des activités. Je me suis plusieurs fois retrouvé dans la position de l’apprenant. On a intégré le concept de la circulation des savoirs », explique Loïc. Il faut dire que certains détenus ont roulé leur bosse. « Lors de mes carnets de voyage, j’ai rencontré un détenu qui avait déjà fait le tour du monde, j’en apprenais plus de sa part et c’est lui qui choisissait nos thèmes de discussion », se rappelle Thibaut, 25 ans, étudiant en psycho et responsable de groupe Genepi.

Les bénévoles ont aussi pour devoir –et c’est inscrit dans la charte de l’association- d’être indifférent au passé pénal du détenu. « Quelle que soit la raison pour laquelle le détenu a été incarcéré, c’est le passé. Nous sommes dans une perspective d’avenir. Pas pour leur rappeler, les ramener au passé », argumentent Loïc. Une prérogative qui permet aussi aux bénévoles de « se protéger des choses qu’ils auraient du mal à accepter ».

Car ils croisent dans les murs des établissements carcéraux des détenus dont les crimes peuvent troubler certains bénévoles. Aussi, ceux qui souhaitent adhérer au Genepi sont triés sur le volet. « Ils passent un gros entretien pendant lequel nous leur présentons l’association. Pour être surs qu’ils acceptent bien nos principes », explique Thibaut. Il y a quelques années, ils pratiquaient même une petite mise en situation des futurs bénévoles. Une méthode abandonnée car trop « arbitraire », selon Thibaut et Loïc.

Pas de bénévoles favorables à la peine de mort ou animés par une curiosité malsaine, donc. Sans compter un casier judiciaire vierge, l’assiduité du candidat est l’élément le plus important. « Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre des lapins aux détenus qui se présentent à nos activités sur la base du bénévolat » prévient Loïc. Un après-midi par semaine est le minimum requis par l’association. « Même si nous passons seulement deux heures sur place, il faut le temps de régler la paperasserie, les autorisations et même de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment », énumère Thibaut. Rien qu’à Val-de-Reuil, il faut passer treize portes avant de rejoindre les détenus, estiment les deux étudiants.

L’intervention en milieu carcéral n’est donc pas la seule mission du Genepi. Les bénévoles assurent aussi un travail d’information et de sensibilisation du public sur la prison et sa vie quotidienne. Avec parfois des conférences auprès des collégiens, friands -parait-il- de détails sur la vie sexuelle des détenus, « mais qui posent aussi des questions pleines d’intérêt ». L’association organise aussi des mises en scène, comme la reconstitution d’une cellule. Un bon moyen de montrer au public les conditions de vie en détention. Même si l’association ne pousse pas le vice jusqu’à reconstituer une cellule des Baumettes. Toute l’année, sont aussi organisés des réflexions sur le milieu de la prison ainsi qu’un vote pour une prise de position. Cette année, l’association réclame de pouvoir intervenir dans les centres de rétention administrative, qui retiennent les personnes en attente d’une expulsion du territoire. Des projets qui auront besoin de soutien notamment bénévole. A Rouen, la structure Genepi peine à recruter cette année.

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