On ne dira jamais assez de bien des bibliothécaires et des bibliothèques. Le jeune François-Pierre, qu’on appelle Franpi, doit en effet beaucoup à Armand Salacrou, au moins à la bibliothèque qui porte son nom au Havre, et où il usa ses fonds de culotte à partir de 13 ou 14 ans. Chaque semaine, il repartait de là avec un disque qu’il n’avait pas demandé, et chaque fois une nouvelle découverte, et un cran de plus dans son ouverture d’esprit. “On était devenu des musigeek, à s’écharper sur les qualités de tel ou tel solo de clarinette…”

Franpi devient plus tard une des premières voix de la radio HDR, à Rouen, où il parle de jazz, puis n’a plus le temps. Il modère aussi un forum sur Internet consacré à la photo. Puis s’en lasse. Il participe à une aventure, avec la création d’un magazine de musique disponible uniquement en téléchargement gratuit, Full of Sound, qui ne verra que trois numéros sortir en 2006. Il découvre les blogs, et, sur le sien, concilie tout ce qu’il aime. Chroniques de disques, coups de gueule et de mauvaise foi, et photos qui n’ont rien à voir avec le contenu des articles. C’est Franpi Sunship, du nom d’un album de Coltrane ”à écouter en boucle lorsque tout ne va pas au mieux”. Parallèlement, il devient rédacteur, bénévole, pour le magazine en ligne Citizen Jazz, tout simplement le plus lu du genre de toute la francophonie.

Le garçon joue du trombone à coulisse. “Il faut être un mauvais musicien pour devenir critique”. Et dans le genre, il est pointu. Sur son blog, il défend des disques dont personne n’a entendu parler. Ou presque. “C’est l’idée : ne pas parler de la même chose que les autres. C’est le rôle des blogs de permettre aux gens d’être curieux. Je parle de choses assez confidentielles pour faire découvrir ceux que l’industrie musicale a lâchés depuis quinze ans. Certains disques mériteraient d’avoir un auditoire plus large si il étaient médiatisés. Je ne suis pas sûr qu’un groupe comme Pink Floyd pourrait faire carrière aujourd’hui.”

Et à Rouen, il se passe des choses, est-on tenté de lui demander ? “Plein !”, répond-il. Et de préciser : “On est nul en communication… Le 22 mars, il y aura Irene aux 3 pièces, place de l’Hôtel de ville. Un mélange de rock bruitiste, de jazz urbain, une musique à la limite du psychédélique. Un groupe à la pointe de ce qui se fait aujourd’hui. Il faut suivre ce que font Les vibrants défricheurs. Il faut suivre Jazz à part, l’émission de HDR et le festival. Du côté d’un jazz plus classique, il y a Rouen Jazz Action.” Des pistes connues des fans du genre, mais que tout le monde n’a pas encore suivies jusqu’au bout…

Difficile de laisser partir Franpi sur ces simples conseils. Il peut aller plus loin. D’un sac, il sort une dizaine de disques dont il aimerait parler, qu’il aimerait défendre. On lui demande les trois qu’il conseillerait vraiment de découvrir aux lecteurs de Grand-Rouen. Trois seulement ? Le choix n’est pas facile.

Jeanne Added, d’abord. Elle s’est produite devant 60 personnes au 3 pièces quelques jours auparavant. On peut la découvrir et l’écouter là.

Le rouennais David Chevallier ensuite. “Le meilleur guitariste du monde”, dit Franpi. Et il a un site Internet, avec des morceaux à découvrir dans la rubrique Bonus.

Et un disque d’un label hongrois, enfin. “Parce que le jazz hongrois est un des meilleurs jazz d’europe”, explique-t-il. Ce sera donc Grencsó Open Collective with Lewis Jordan (écoute possible en bas de page).

Un mot pour conclure ? “Je ne comprends pas que tout le monde écoute Coldplay, c’est de l’endive cuite.” Mais ce n’est pas très gentil pour les endives, fera-t-on remarquer…

On peut donc suivre Franpi sur son blog, sans compter qu’il s’occupe de l’ensemble musical Suivez les pointillés… Alors, on suit.

Partagez

... échangez, publiez cet article sur les sites où vous avez un compte personnel.