Foire Saint-Romain : vie de forains

La foire Saint-Romain se tient jusqu’à la fin de la semaine sur les quais. Nous avons rencontré Isabelle Vancraeyenest, fille des confiseries Milot.

« Viens viens,on va aller discuter là-bas, tu vas sentir le croustillon comme ça », plaisante Isabelle Vancraeyenest, 48 ans, en nous entraînant près des crêpières et des bacs d’huile bouillante de son stand de confiserie Milot, installé depuis trois semaines à la foire Saint-Romain. Le temps d’une petite heure au chaud au milieu des odeurs de caramel, de chichis et de croustillons, elle nous raconte l’histoire de sa famille et la vie des forains.

Isabelle travaille dans les confiseries Milot depuis ses 19 ans.

Les confiseries Milot, c’est une longue histoire et surtout une grande famille. Si grande qu’Isabelle ne saurait nous déterminer le nombre de ses membres. « On va commencer par mon arrière-grand-père, ça sera plus simple pour toi », nous prévient-elle. Il était banquiste : avec sa famille, il interprétait des numéros d’acrobaties et jouait de la musique. « Mes grandes-tantes avaient l’habitude d’aller faire des spectacles près des lavoirs », raconte Isabelle. C’est en « loterie à parade » que la famille s’est ensuite convertie: des danseurs, des costumes et… des bonbons. C’est le moment où la famille des confiseries Milot est tombée dans la boîte à bonbecs.

Avec les restrictions de la Seconde Guerre mondiale, les bonbons se font rares en France. Emile, le grand-père d’Isabelle, installé à Paris, se met donc à fabriquer ses propres bonbons, pour les revendre ensuite aux forains de province. « A Paris et avec le marché noir, il devait plus facilement avoir accès au sucre », devine-t-elle. Une de leurs cousines, installée en Hollande, était, elle, spécialiste des croustillons. La cousine et le grand-père finissent par s’associer pour créer la première confiserie Milot. Un nom tiré du diminutif d’Emile.

D’autres confiseries ambulantes ont ensuite été montées. Toujours au sein de la famille. Famille dans laquelle les affaires restent. Avec Franck, son mari, Isabelle tient le stand légué par son père d’une main de fer.   »Quand tu apprends à travailler avec tes parents, tu n’as pas vraiment le choix », explique Isabelle.

Grand-Mère, Isabelle Vancraeyenest jette régulièrement des coups d’oeil inquiets de l’autre côté de l’allée : sa petite fille Bonnie, 18 mois, « prend trop ses aises sur le manège ».  Ses parents tiennent une confiserie un peu plus loin. Toute la journée, la petite fille est gardée par des amis de la familles ou des cousines qui la baladent dans les allées de la foire Saint-Romain. Et pour le goûter, un demi croustillon et un bout de crêpe au sucre !

« On ne devient pas forain », continue finalement la confiseuse, « il faut toujours une attache. Un forain peut très bien se marier à un sédentaire ». Mais elle tempère tout de même : « Notre temps disponible se trouve à l’opposé des sédentaires. On travaille les week-ends et pendant les vacances. Nos stands ouvrent à 13h et on les ferme à minuit. Les 35 heures, chez nous, ça n’existe pas », décrit-elle. Des années longues et fatigantes, ponctuées de déplacements. On reste au moins un mois dans chaque ville…

A chaque déplacement, les enfants changent d’école. Isabelle avait mis les deux siens chez une nourrice à Canteleu, « lorsqu’ils ont été assez grands », précise-t-elle. Il existe aussi des pensions spécialisées pour les enfants de forains et de bateleurs, ajoute Isabelle, « mais c’est seulement lorsqu’on n’a pas le choix ! » De toute façon, « beaucoup d’enfants ne font pas de grandes études. En général, il y a trop de différences entre nos vies et celles des sédentaires« .

Une vie parfois pas si drôle parfois : « Comme les employés de boite de nuit, on s’habitue au bruit et à la lumière. » Isabelle travaille depuis ses 19 ans dans la confiserie. Un train de vie qui commence à la fatiguer. Alors, il y a quelques années, elle a ouvert une boutique de confiserie près de Royan, histoire de se poser de mars à août une fois par an.

Isabelle a ainsi choisi de sédentariser en partie, à la différence de son père, âgé de 79 ans, qui ne veut pas s’arrêter. « Il a bien essayé mais a vite repris et continue à vendre ses pralinettes« , dit-elle en désignant du menton une petite cabane en bois en face de son rutilant stand à guimauves. Une vie plus qu’un métier, finit-on par discerner, en quittant Isabelle.

Recevez toute l'actualité par email

Recevez quotidiennement ou presque le meilleur des articles de
Grand-Rouen directement dans votre boite mail.

Commentez sur Grand-Rouen

Laisser un commentaire