Désintox : les meilleurs lycées de la région

Comme à l’accoutumé lorsque le Ministère de l’Éducation Nationale annonce officiellement les taux de réussite au baccalauréat lycée par lycée, de nombreux médias – locaux et nationaux – ont publié leurs « classements des meilleurs lycées ». Grand-Rouen n’a malheureusement pas échappé à la règle. Sur les conseils de Zoé, journaliste de la rédaction, je me lance dans de rapides explications afin de déconstruire ce que je considère être des abus journalistiques.

Les chiffres qui ont été délivrés par le Ministère de l’Éducation Nationale n’ont en aucun cas vocation à être utilisés pour constituer classements ou palmarès des établissements scolaires. De ce fait, il n’y a donc AUCUN classement officiel, mais une multitude de classements réalisés par des journalistes (de terrain à n’en pas douter…) capables de passer les chiffres à la moulinette en quelques heures afin de dresser leurs « classements exclusifs » des meilleurs lycées de France. Tous les classements que j’ai pu consulter en préparant cette tribune laissent apparaître des podiums différents…

Trois indicateurs ont effectivement été communiqués par le Ministère de l’Éducation Nationale le 27 mars, à savoir : les taux de réussite au baccalauréat de chaque établissement, les taux d’accès au baccalauréat des élèves de seconde scolarisés dans ces établissements, les taux de réussite attendus en raison des caractéristiques sociologiques des lycéens (âge, sexe, niveau scolaire à l’entrée du lycée, origine sociale). Une « valeur ajoutée des établissement » a alors été créée, elle constitue l’écart positif ou négatif constaté entre les taux de réussite réels à l’examen et les taux de réussite attendus.

Les méthodologies de réalisation des classements qu’il est aujourd’hui possible de consulter sont des plus loufoques, puisqu’elles varient d’un média à l’autre. Certains médias, comme Grand-Rouen, citent parmi les meilleurs lycées ceux ayant le meilleur taux de réussite au baccalauréat (Lycées Fénelon d’Elbeuf, La Providence Nicolas Barréau Mesnil-Esnard et Jean-Baptiste de la Salle à Rouen), d’autres médias locaux, comme France 3 Haute-Normandie, choisissent de mettre en avant les établissements ayant réalisé les meilleurs résultats au baccalauréat au regard des résultats attendus (Lycées George Baptiste de Canteleu et La Providence Miséricorde de Rouen). Enfin, certains classements choisissent des méthodes de calcul plus complexes alliant pondérations, divisions et additions des différents indicateurs fournis.

Dans tous les cas, difficile d’imaginer remettre un quelconque prix du « meilleur lycée » sans même se déplacer sur le terrain pour prendre en compte les réalités de chaque établissement scolaire, les situations de départ très diverses dans lesquelles évoluent les lycéens… Autant de facteurs humains qui ne répondent à aucune logique mathématique !

En faisant le choix de diffuser ces classements sans fondement, les médias influencent bon nombre de parents qui refuseront de scolariser leurs enfants dans tel établissement au motif qu’il est « mal classé » ou qu’il a « mauvaise réputation ». A l’inverse, les lycées privés ayant de forts taux de réussite au baccalauréat bénéficient d’une publicité gratuite qui incitera très certainement des parents à dépenser de coquettes sommes chaque année dans l’espoir que leur enfant ait davantage de chances d’être diplômé. Dans ce cas, la sélection est double puisqu’elle a lieu tout au long de la scolarité à travers le niveau scolaire exigé et qu’elle combine directement la contribution financière des parents.

Dans le classement utilisé par Grand-Rouen, le lycée Le Corbusier de Saint-Etienne-du-Rouvray est cette année en queue de peloton pour l’agglomération de Rouen. Notez pour la petite histoire qu’un bon nombre de mes anciens camarades de collège ont fréquenté cet établissement et que cela ne les a pas empêché d’en ressortir diplômés, avec une mention très bien pour deux d’entre eux dans leur classe de dix huit candidats (de quoi rendre jaloux de nombreux établissements mieux classés).

Pour pousser le vice jusqu’au bout, le Lycée autogéré de Paris et ses 30 % de réussite au baccalauréat – classé 2295ème de France dans le classement qu’a utilisé Grand-Rouen – implique l’ensemble de ses élèves dans le fonctionnement démocratique de l’établissement. Il est une alternative à la déscolarisation pour bon nombre d’élèves fâchés avec le modèle traditionnel, il implique les élèves dans la création de nombreux projets périscolaires. Mais à l’heure des taux de réussite et des classements, qui pourrait bien s’intéresser aux bien être des élèves ?

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Une réflexion au sujet de « Désintox : les meilleurs lycées de la région »

  1. Le classement utilisé par Grand-Rouen est évidemment critiquable et ne rend compte que d’une parcelle de la vérité. Nous en convenons aisément : nous n’avons consacré cette année qu’une brève à cette info, un rien rapide.

    Il me semble personnellement que l’indicateur le plus intéressant pour les parents est celui qui donne le pourcentage de chance qu’a un élève entrant en seconde dans un lycée d’obtenir le bac. Le ministère de l’éducation donne ce chiffre, à partir duquel on obtient un classement bien différent de celui des seuls résultats au bac.

    Merci pour cet exemple concret de ce que peut être la co-construction de l’information avec les lecteurs.

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