Coureurs génétiquement modifiés, produits vétérinaires appliqués à l’homme… Et si le Tour de France était une cour des miracles ou un laboratoire à ciel ouvert ?
Qui se plonge dans les statistiques du Tour de France a de quoi être épaté. A la première lecture, en tout cas. Didier Polin est allé un peu plus loin. Médecin du sport, il a notamment suivi l’équipe de France d’athlétisme aux Jeux Olympiques de Sydney, ou suivi médicalement l’équipe de hockey de Rouen. C’est lui qui raconte : « Avant 1945, les coureurs cyclistes avaient une espérance de vie supérieure à celle de l’ensemble des Français. Depuis, la tendance s’est inversée. L’espérance de vie des Français a considérablement augmenté, celle des cyclistes du Tour de France a diminué. » Et c’est juste une entrée en matière. L’histoire du cyclisme moderne ne manque pas de chiffres. Didier Polin continue : « de 1970 à 1990, la vitesse moyenne sur le Tour de France est de 37,5 km/h. Depuis 1990, on a franchi la barre des 40 km/h, ou on a été juste en dessous. » Il s’agit de grande tendances, avec quelques exceptions, un tour plus ou moins rapide. Mais le virage de 1990 est indéniable.
En 1991, Miguel Indurain gagne le premier de ses cinq Tours de France consécutifs, à une époque où les contrôles sanguins n’existaient pas : les premiers contrôles d’hématocrite sont apparus en 1997. Il ne sera jamais contrôlé positif. Par la suite, on enchaînera les affaires. C’est d’abord Festina, en 1998. Et puis ces coureurs contrôlés positifs. A tel point qu’on essaye de laisser croire que le Tour, maintenant, serait propre. Le dopage ? Terminé…

Les différents moyens d'améliorer l'alimentation des muscles en oxygène. La plupart sont indétectables.
Pas si sûr lorsqu’on écoute Didier Polin détailler toutes les possibilités indétectables d’améliorer les performances des cyclistes. Si l’on prend la peine d’y regarder de près, c’est édifiant. On a principalement entendu parler, d’abord, de l’autotransfusion permettant aux coureurs de s’injecter des stocks de leurs propres globules rouges produits à la faveur de séjours en altitude. On connait également l’EPO, une hormone produite par les reins qui indique à la moelle osseuse qu’il convient de produire plus de globules rouges. Le corps produit l’hormone lors des hémorragies, par exemple. L’EPO est difficile à détecter parce qu’elle est normalement produite par le corps, et qu’il en existe sept types, et même maintenant de l’EPO totalement artificielle. On découvre qu’on utiliserait parfois la thérapie génique, avec des cellules de muscles « trafiquées » pour produire de l’EPO directement replacées dans les muscles des coureurs, sans passer par les reins ni la moelle ! Une technique indétectable selon Didier Polin : la cellule implantée disparaîtrait rapidement. « Les coureurs génétiquement modifiés, ça existe ! », assure-t-il. Et c’est sans compter certains autres médicaments, dont un, au moins, est normalement utilisé dans l’industrie vétérinaire pour traiter l’anémie des chiens…
Et l’on ne parle là que des actions possibles sur l’oxygénation des muscles. Il faudrait ajouter à la panoplie les hormones de croissance ou les anabolisants…
Déjà, le Tour de Californie est sponsorisé par un laboratoire de biotechnologie, Amgen. En 2011, l’entreprise employait près de 17 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 15,6 milliards. Un hasard ?
Alors, le cyclisme est-il un sport, ou un lieu d’expérimentations ? Pour Didier Polin, la réponse ne fait guère de doute. « Le sport professionnel, c’est du sport-business, du sport-spectacle, les jeux du cirque, un peu de triche, des arrangements, du dopage, des trafics, de l’argent… », écrit-il sur son blog. Le médecin a d’ailleurs décidé de ne pas être à Rouen pour le passage du Tour, les 4 et 5 juillet 2012. « Le Tour de France est une véritable hypocrisie, explique-t-il. C’est un outil de communication politique. »
Alors, quoi faire ? « Qu’ils fassent du spectacle, ok, mais qu’ils assument, préconise le médecin. Qu’on ne nous fasse pas croire qu’ils font ça naturellement. Que se passerait-il si on dépensait moins d’argent à faire des contrôles antidopages qui ne servent finalement pas à grand chose ? Il faut avoir le courage de dire que ce n’est pas propre. Mais c’est difficile si on veut se faire prendre en photo avec les coureurs du Tour… »
Certains vont même jusqu’à défendre une théorie extrême : le dopage permet de faire faire des progrès à la médecine, le sport de haut niveau serait un laboratoire d’expérimentation utile. Qui simplement n’oserait pas s’assumer comme tel. Pour Didier Polin, il faudrait surtout revenir aux valeurs essentielles du sport : le goût de l’effort, du dépassement de soi. Et l’honnêteté.
Lire aussi : le dossier sur le dopage du site « Science-Citoyen »

Le dopage c’est le comme le rock , c’était mieux avant !!!
……ou moins pire .