Dans le regard de Camille Jouhair

Photo Guillaume Painchault

Photo Guillaume Painchault

Depuis 18 éditions, Camille Jouhair est le patron du festival : Regards sur le cinéma du monde, c’est lui. Une première édition en 1995, avec quatre films, et, du 25 janvier au 2 février 2013, une dix-huitième. L’histoire d’une vie, et peut-être même de plusieurs : « Depuis 1920, tout ma famille vit en Afrique. C’est mon continent », explique-t-il.

En 18 ans, Camille Jouhair a vu les difficultés de financer les films des pays en voie d’émergence augmenter. Des questions d’argent, il en est souvent question lorsqu’il parle : le budget des films, la quasi impossibilité de se lancer dans la fiction dans certains pays, mais aussi les difficultés du Festival. « Nous sommes une association, nous ne ne sommes pas là pour faire de l’argent », précise-t-il. Pourtant, les aides sont toujours arrivées au compte-goutte, assure-t-il. Et d’égrainer les obstacles rencontrés, le Centre National de la Cinématographie qui n’a jamais aidé, les cinéastes qui préfèrent les festivals en bord de mer, dans des palaces… Mais rien n’empêche : Camille Jouhair poursuit sa route. Et de se féliciter de la qualité des 130 stagiaires qui ont participé aux 18 éditions du festival : « la plupart ont trouvé du travail ».

Un jury professionnel, accueilli toute la durée du festival ? Cela viendra. « Les partenaires privés sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à ce que nous faisons », se réjouit-il. Mais ce ne sera pas encore suffisant cette année. Pas une raison pour bouder son plaisir. Car il y en aura des choses à voir, à écouter, à partager. Des acteurs, des producteurs, des metteurs en scène, il y en aura beaucoup, et des rencontres, des tables rondes… Pas question d’égrainer le programme, mais Camille Jouhair ne refuse pas de parler de trois films qu’il faut absolument aller voir, selon lui.

Le premier, c’est Le Repenti, de Merzac Allouache. un film algérien qui se passe en Algérie dans la région des hauts plateaux.  Rachid, un jeune jihadiste quitte la montagne et regagne son village. Selon la loi de « pardon et de concorde nationale », il doit se rendre à la police et restituer son arme. Il bénéficie alors d’une amnistie et devient « repenti ». Mais la loi ne peut effacer les crimes et pour Rachid s’engage un voyage sans issue où s’enchevêtrent la violence, le secret, la manipulation.

Le deuxième qu’il cite, c’est Damas, au péril du souvenir, de Marie Seurat, qui sera présenté en clôture du festival. Marie revient en Syrie où elle est née, après un long exil. Elle veut acheter une maison dit-elle, croit-elle. Sa voix court sur les images, comme une lettre adressée à son mari, Michel Seurat, assassiné au Liban il y a trente ans. A l’Histoire du pays se mêlent souvenirs d’enfance et d’amour.

Le troisième, c’est Romanès, de Jacques Deschamps, un film sur le cirque, le droit d’être nomade et libre. Un hommage au peuple Rom, aussi. Avant de s’appeler Romanès, Alexandre portait le nom de Bouglione. Un jour, il a claqué la porte du cirque familial. Vingt ans plus tard, il a monté « Romanès », un petit cirque Tsigane familial.

Des univers, des lieux, différents, mais toujours des histoires qu’on ne raconte pas, ou qu’on raconte peu, ailleurs. L’objectif de Camille Jouhair ? Donner la parole à ceux qui l’auraient jamais dans les cinémas. A vous d’aller y glisser vos oreilles pour que cette parole ne se perde pas, et, au contraire, se multiplie dans l’échange.

Plus d’infos, et le programme, sur le site du festival

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