" Le cinéma indépendant à Rouen en danger
Le Melville, salle de cinéma indépendante (4 écrans) est confronté, à l’instar d’autres cinémas en France (et particulièrement la moyenne exploitation), à une baisse de ses entrées depuis le début de l’année 2005. En conséquence, sa situation financière est actuellement critique ; ce cinéma risque même de fermer prochainement. Or, pour l’instant, il ne reçoit pas de subvention des collectivités territoriales (hormis une de la Mairie de Rouen d’un montant de 20.000 euros).
Nous sommes attachés au cinéma d’art et d’essai.
Nous considérons que le cinéma est un bien culturel, et comme d’autres subventionnés (théâtres, salles de concert…), il doit bénéficier des aides publiques afin d’assurer sa pérennité.
Nous demandons que les différentes collectivités (ville de Rouen, région de Haute-Normandie, département de la Seine-Maritime et agglomération de Rouen) s’engagent financièrement pour assurer la pérennité du cinéma indépendant à Rouen, en l’occurrence celle du Melville. "
Tel est le texte de la pétition que l’association Deuxième souffle vous proposera de signer si vous vous rendez au Melville, le cinéma d’Art et essai de Rouen.
J’ai retrouvé un article un peu ancien, certes (mai 2005), du journal La Tribune, dont le sérieux est difficile à mettre en cause :
C’est aussi en France que la fréquentation des salles est la plus
forte, avec 194,8 millions d’entrées en 2004 (en hausse de 12,4 %),
contre à peine 150 en Allemagne, et un indice de 3,33 entrées par
habitant, bien supérieur à la moyenne de 2,22 dans les vingt-cinq pays
de l’Union. Avec quelque 2.000 écrans classés "art et essai", sur un parc stable de 5.302 écrans, en 2004, nous faisons des envieux chez nos voisins.
La France est "le dernier endroit où il existe autant de salles "art et essai” qui se battent pour le cinéma auquel j’ai toujours cru", a affirmé la réalisatrice allemande Helma Sanders, lors d’une conférence-débat organisée à Cannes hier. Les salles "art et essai" y bénéficient d’une subvention de 5 à 10 % de leur chiffre d’affaires annuel.
En gros, donc, ce serait une histoire de cercle vertueux : mon chiffre d’affaires augmente, mes subventions augmentent, donc j’investis, d’une façon ou d’une autre pour que mon CA continue d’augmenter. Dans le cas contraire, c’est la spirale infernale.
Cette spirale est-elle inéluctable ? On peut se poser la question, et si c’est le cas… on peut le regretter, mais on n’y pourra rien y faire. Le Melville lui-même analysait les raisons de la désaffection de son public dans un communiqué de décembre 2005 :
Depuis le début de l’année 2005, la fréquentation du cinéma a fortement
diminué en France mais aussi ailleurs en Europe ainsi que de l’autre
côté de l’Atlantique. La cause ne semble pas conjoncturelle mais
reflète plutôt un comportement différent du spectateur face à la
multiplication des supports de diffusion qui permettent à chacun de
consommer les films où et quand il le souhaite. La projection en salles
devient anecdotique dans la carrière d’un film dont les recettes sont
générées par les nouvelles technologies de plus en plus performantes
grâce au numérique (diffusions télés, éditions DVD, chargement
internet…).
La question est donc : reste-t-il une place, à moyen terme pour une salle comme le Melville, alors même que le spectateur cinéphile a, de plus en plus, les moyens de voir ce qu’il veut, quand il veut, chez lui ? Ne resterait alors que trois fonctions aux salles du type Melville. Une fonction "sociale" : donner des films à voir à ceux qui n’en auraient pas les moyens chez eux, une fonction pédagogique, en trouvant le moyen d’amener à des films moins "faciles" un public plus large, une fonction d’animation, en ajoutant à la projection des débats et des rencontres.
Réussir à trouver un modèle économique à tout cela, dans un contexte ou la concurrence est chaque jour plus rude n’est sans doute pas simple. D’où l’appel aux subventions. Mais on doit alors se demander si ces fonctions doivent forcément être remplie par des entreprises privées, non ?
Et, si les nouvelles technologies, home cinema et vidéo à la demande en particulier, continuent d’évoluer aussi vite qu’aujourd’hui, ce n’est pas gagné. Subvention ou pas.
A moins d’avoir les moyens d’offrir un confort de projection qu’on ne retrouvera jamais chez soi, et des films en exclusivité, au moment de leur sortie…
Comment ça, c’est ce que proposent les multiplexes ?
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