Les conséquences de la fermeture de la bibiothèque municipale

J’ai reçu aujourd’hui ce témoignage d’une chercheuse de l’université de Rouen qui, si elle souhaite garder l’anonymat, espère aussi se faire entendre. La bibliothèque Villon est fermée depuis trop longtemps.

La bibliothèque François Villon, centrale pour l’agglomération, commode, qui était très fréquentée par des lycéens et étudiants, mais aussi par des adultes de toutes catégories sociales, est fermée depuis…bientôt trois ans. Certes on nous fait miroiter une future superbe médiathèque informatisée, et on évoque les aléas de sa localisation pour nous faire patienter. Mais lecteurs et chercheurs ne peuvent se nourrir uniquement d’espoirs lointains. En fait cette bibliothèque Villon est - sur pression des lecteurs – « entr’ouverte » : quelques places disponibles pour consulter de rares usuels ; et la possibilité pour les chercheurs spécialisés dans l’histoire normande d’avoir accès au "fonds normand". Mais aucune autre consultation ni a fortiori aucun emprunt de livres et de revues n’est possible, ceci depuis 2003 et jusqu’à ??? Alors qu’il s’agit d’une des plus riches bibliothèques de France.

L’argument selon lequel les autres bibliothèques municipales (comme la bibliothèque Parment toute proche) et les bibliothèques universitaires (Droit, Lettres…) peuvent s’y substituer n’est pas recevable : leurs fonds sont moins riches, ou différents, j’ai pu le constater à diverses reprises (par exemple en travaillant sur des sujets aussi variés que l’histoire de la presse, les impressionnistes en Normandie, le philosophe Alain, ou l’histoire de la décentralisation à Rouen). La Bibliothèque Villon existe depuis la Révolution, contrairement aux bibliothèques universitaires et municipales, créées seulement dans les années 1960-1970. On trouvait donc à Villon des livres historiques, politiques, géographiques… anciens, et du coup fondamentaux pour le travail des chercheurs, ou même des gens désirant simplement s’informer et se cultiver. Pour consulter certains de ces ouvrages, on doit désormais aller à Paris !!! Beaucoup de jeunes étudiants, entre autres, n’en ont pas les moyens, sans compter la perte de temps.

Bref cette quasi-fermeture est très gênante et décourageante pour les étudiants comme pour le grand public. Une telle situation affaiblit par ailleurs le rayonnement culturel et intellectuel de Rouen, qui n’a vraiment pas besoin de cela (je n’ose penser aux chercheurs étrangers qui découvrent, après un voyage parfois assez long, une bibliothèque-croupion). On peut considérer qu’une importante mission de service public n’est plus suffisamment assurée. Il est grand temps que les responsables en charge du dossier mettent en place une réouverture au moins partielle, en particulier concernant les ouvrages antérieurs à 1950-1960, que l’on ne trouve par ailleurs à Rouen. Ce serait une initiative extrêment positive et utile de leur part. Rappelons qu’à Paris la Bibliothèque nationale n’a pas fermé lors de son transfert de Richelieu à Tolbiac, alors qu’il s’agissait d’un déménagement autrement lourd et compliqué.

L'article a été écrit le Mardi 18 avril 2006 à 15:45 dans la catégorie Culture, Education par Sébastien Bailly. Il a bénéficié de 460 lectures. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés pour cet article.

7 commentaires pour “Les conséquences de la fermeture de la bibiothèque municipale”

  1. la gueuse dit:

    Je suis d’accord avec ce commentaire. Je suis étudiante en master, je fais des recherches historiques et je galère pas mal car je ne peux pas consulter certains ouvrages conservés à la bm, de même que certains périodiques … C’est décourageant car la bibliothèque universitaire est loin de pouvoir remplacer la bibliothèque villon … Je ne comprends vraiment pas le fait de l’avoir fermé (rappelons l’exemple mentionné dans le commentaire, celui de paris)… En tout cas c’est vraiment très handicapant …

  2. Fred dit:

    Quand en plus de çà, tu ajoutes le coup de la souscription pour “sauver” le museum d’histoire naturelle de Rouen, je comprends ton désarroi…

  3. jéjé dit:

    On ne peut que souscrire. Beaucoup d’étudiants souffrent de cette situation innique. Albertini a délibéremment menti sur cette question.

    Il est temps de corriger le tir.

  4. Guillaume dit:

    Moi aussi je ne comprend pas pourquoi cette bibliothèque est quasiment fermée. Très bien placée, elle était un lieu de travail idéal pour nombre d’étudiants et chercheurs.

  5. sessyl dit:

    un bog de ma part : c’est la bibliothèque Jacques villon (magnifique peintre), et non François Villon (le poète), comme me l’a fait remarquer un ami, qui par ailleurs est gêné, lui aussi, de cette fermeture

  6. Vimont Jean-Claude, directeur du département d'histoire de l'Université de Rouen dit:

    Tous les enseignants qui dirigent des étudiants de master sont catastrophés par les conditions de la recherche à Rouen. Les fonds de la bibliothèque municipale pour le 19e et le 20e siècle ( la presse non microfilmée en particulier) ne sont plus accessibles et cette situation pénalise tous les chercheurs en histoire contemporaine. Plus grave encore, les archives départementales vont restreindre pour près d’une année de manière drastique l’accès à la salle de lecture ( 19 places seulement avec un nombre de journées limité par chercheur et une réservation 3 semaines à l’avance). Le conseil général a mis la direction devant un fait accompli et nous la remercions de ne pas avoir fermé totalement les archives. mais tous les étudiants et enseignants chercheurs vont patir de cette situation. Il faut encore ajouter la scandaleuse dispersion auprès des bouquinistes du fonds ancien du CRDP, constitué de précieuses monographies locales de bibliophiles réunies pendant vingt ans par son ancien directeur avec la disparition d’ouvrages fort rares comme le Vingtrinier, Des prisons et des prisonniers, 1840. Et après on s’étonne des mouvements de mécontentement contre la précarité faite aux jeunes salariés, aux jeunes chercheurs et aux jeunes candidats aux concours qui constatent une baisse importante des postes offerts. La mairie, le conseil général n’ont-ils pas conscience des conséquences de telles décisons ? Plus de 2OO étudiants de master, chaque année en histoire sont pénalisés par cet état de fait.
    Jean-Claude Vimont

  7. Xavier Jouenne dit:

    C’est bien de s’insurger de la fermeture de la bibliothèque Villon.
    Mais ou donc étiez vous lorsque cette fermeture fut anoncée? C’est à ce moment là qu’il falait réagir.Je me souviens de la poignée de personnes qui se sont déplacées sur les lieux alors qu’il fut tenté une réaction!
    Endormis par les belles paroles de Monsieur Albertini,qui ignore totalement les étudiants en sciences humaines?…

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