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Histoire

Flash-back sur la Grand’Mare

Le centre socio-culturel André Malraux, à la Grand’Mare, vient de fêter ses 30 ans. L’occasion, pour Miss Ska, de rappeler quelques étapes dans la vie d’un quartier sorti de terre vers 1964-1968. Avant ? C’était une zone champêtre et agricole, où une ferme fonctionnait encore en 1965. Des Rouennais grimpaient le dimanche parfois « là-haut » pour se promener, et y respirer le bon air.

Mais voilà, la population de Rouen augmente pendant les Trente Glorieuses (natalité, exode rural), et il faut aussi reloger ceux que la disparition des taudis (Martainville) chasse du centre-ville. Or le plateau nord constitue la seule grande réserve foncière de Rouen.
Les immeubles sortent de terre d’abord aux Sapins, avec en 1959 la fameuse « Banane », d’une longueur démesurée. Quelques années plus tard, c’est un peu plus à l’Est, à la Grand’Mare, qu‘on bétonne.

Bétonne ? Pas toujours ! Marcel Lods, architecte de renom, conçoit les « Verre et acier », sans béton. Leur architecture est révolutionnaire à plus d’un titre. Les appartements sont par exemple prévus pour s’adapter aux désirs des habitants, puisque les cloisons sont évolutives. Ces logements séduisent donc les « bobos » de l’ époque, qui y voient une application concrète de plusieurs aspirations exprimées en mai 1968. D’ailleurs une communauté, comprenant beaucoup de jeunes enseignants et fonctionnaires, s’installe dans ces « Verre et Acier ». Elle jouera un rôle majeur pour animer le nouveau quartier, en organisant des fêtes mémorables, qui soudent la population. Elle croit d’autre part à la démocratie participative, et sera un aiguillon très actif auprès de la municipalité Lecanuet pour obtenir les infrastructures et équipements essentiels, qui manquent cruellement dans les premières années.
C’est ainsi que la Grand’Mare voit surgir des écoles, une piscine, un centre socio-culturel, etc, etc, mais malheureusement…guère d’emplois, un problème toujours crucial actuellement.

Pour en revenir aux immeubles Lods, ils comportaient, malgré leur caractère innovant, un vice caché très grave : la propagation d’un incendie pouvait y être très rapide ! Le drame survient dès 1975, et surtout en 1981 (2 morts). Les 2 000 personnes qui y logent sont alors évacuées, et ces immeubles resteront sous-occupés par la suite, leurs nouveaux habitants étant par ailleurs plus pauvres.

Et maintenant ? Quiconque se promène à la Grand-Mare constate que ce quartier est en plein chantier ; il va donc beaucoup évoluer dans l’avenir, et on ne peut que s’en féliciter, même si les habitants déplorent, entre autres, le départ de la Poste, et le faible nombre de magasins. Teor va bientôt atteindre ces Hauts, autre bonne nouvelle. Le Centre Malraux propose des activités multiples, de la peinture sur soie à la capoeira, de la halte-garderie au club du 3e âge. Ce qui frappe aussi, sur un autre plan, c’est la pauvreté (relative : on est en France) de certains habitants, l’importance des minorités visibles, le nombre croissant de femmes voilées.
Rien n’est joué. L’urbanisme, c’est important, car selon sa conception il permet ou non aux gens de faire surgir leur « potentiel de bonheur ». Mais çà ne suffit pas : il faut aussi de la cohésion sociale, de l’emploi. Quel est l’avenir de la Grand’Mare ?

Discussion

Les commentaires sont clos pour cet article.

  1. l’arrivée de teor est 1 plus qui esperons le va permettre un certain désenclavement

    Posté par edouard lefevre | octobre 3, 2006, 14:24
  2. l’arrivée de TEOR et le GPV devraient permettre à la Grand Mare de retrouver une image plus positive. Mais pour quand? Tant que de nombreux appartements seront vides, peu d’enfants joueront dans les parcs ou pour les habitués au “terrain en béton” caché entre les pavillons. les commerçants ne reviendront pas. on le voit d’ailleurs avec la poissonnerie qui va fermer puisque la propriétaire part à la retraite et que personne ne reprend.
    plusieurs “verre et acier” attendent des activités qui ne viennent pas. les autres, qui appartiennent maintenant à Immobilière Basse Seine attendent d’être rénovés. Ca devait être fait en janvier, puis en juillet puis en septembre et toujours rien. la vente a été fait en décembre 2004.
    C’est vraiment un quartier que j’aime beaucoup pour y avoir passé mon enfance, et plus encore. il s’est dégradé rapidement depuis quelques années mais j’espère qu’il va connaitre des améliorations aussi rapides maintenant car alors que la ville gagne des habitants, la Grand Mare en perd, alors que c’est l’un des plus beaux quartier de la ville.

    Posté par Ludo | octobre 3, 2006, 16:43
  3. Ces histoires d’équipements, d’enclavement, de réhabilitations, etc., sont des thèmes récurrents puisque le décideur politique local a un certain pouvoir sur ces leviers. Quand on n’a rien d’autre à afficher, cela permet de jeter de la poudre aux yeux au moins le temps d’un mandat.
    Je ne voudrais pas casser l’ambiance, mais il me semble que les besoins sont beaucoup plus profonds que cela. La politique de la Ville, à Rouen, date de la fin des années 80, sans apporter sur le fond malgré les nombreux moyens apportés : DSQ, contrats de ville, 50 quartiers, GPV…

    On peut alors justifier les échecs en invoquant l’argument de l’urbanisme, soit disant à l’origine d’un certain mal être.
    Miss Ska nous a rappelé, à juste titre, qu’à l’époque l’architecture y était parfois tendance, mais elle était surtout fonctionnelle, et elle s’est avérée (à court terme) être un réel progrès en terme de qualité de vie pour les anciens habitants de l’ancien quartier Martainville (on peut, c’est vrai, discuter des conditions de leur migration), auxquels j’ajouterais les arrivants de l’exode rural, encore très puissant à cette période.
    Des toilettes ou une salle de bain dans chaque appartement… On ne se représente plus très bien quel fut le sentiment de fierté (les plus ancien l’évoquent encore) d’habiter un quartier si agréable.

    Beaucoup affirment maintenant que ces immeubles ou ces espaces publics étaient, en fait, mal conçus.
    Quand j’étais étudiant, il m’arrivait d’observer la structure urbaine de Mont-Saint-Aignan, dont une bonne partie n’est que tours et barres. Pourtant, le sentiment de mal-vivre n’est pas présent comme au Châtelet que j’ai bien connu également, et qui présente pourtant la même physionomie.

    Alors j’en viens à la question qui coûte plus cher : si certains connaissent l’histoire respective de ces deux quartiers, peuvent-ils me dire comment ont ils évolués de manière si dissemblable ?
    Je suis curieux d’y lire quelles places y occuperont les histoires d’équipements, d’enclavement, de réhabilitations, etc…

    Posté par Inachis Io | octobre 3, 2006, 23:11
  4. Pour Mont-St-aignan, 2 pistes pour comprendre la différence d’évolution avec la Gd Mare (parmi d’autres, sûrement) :
    - il y avait un “noyau” initial bâti, donc humain à Mt St Aignan. Construire à partir de rien, comme aux Sapins et à la Gd Mare, c’est un pari très, très risqué : voyez le Vaudreuil-Val de Reuil, dont il est difficile de soutenir que c’est une réussite, tout au moins si on se souvient des ambitions à l’origine de l’équipe qui a longuement “phosphoré” sur le projet
    - A Mt St Aignan, il y a eu l’Université, donc des profs, des étudiants. Ce n’est pas la panacée, mais exception faite des turbo-profs, ce sont des gens qui ont tendance à s’investir dans la vie civique et associative. Il y avait d’ailleurs beaucoup de profs, au début, à la Gd Mare ; mais ils sont vite partis…

    Posté par Sessyl | octobre 4, 2006, 16:53
  5. comme nous l’a dit Miss ska, avant à la Grand Mare, il y avait beaucoup de profs et de fonctionnaires. or, après les incendies, ils sont partis peu à peu et aucuns travaux n’ont eu lieu dans ce quartier pendant de longues années. donc, soit les appt restaient vides, soit ils étaient pris par des gens qui n’avaient pas vraiment le choix. et les liens qui existaient entre tous les habitants ont peu à peu diminués. sans parler des immeubles, il y a des parcs au pied des verres et acier. ils ne sont plus entretenus, les jeux sont cassés, les haies et les grillages sont manquants. qui a envie de jouer ou d’envoyer ses enfants jouer dans ces endroits? l’un des seuls lien qui existe encore est le centre Malraux où beaucoup d’activités ont lieu.
    A MSA ou à Grand Quevilly, les immeubles sont réhabilités plus régulièrement, on s’y sent mieux et on a envie d’y habiter.

    Posté par Ludo | octobre 4, 2006, 17:03
  6. Merci pour ces avis.

    Miss Ska :
    - effectivement il y avait Mont Saint Aignan Village. Mais c’est très loin de la place Colbert… Et les barres des Sapins ont été construites au bord d’un quartier résidentiel. C’est un bon argument, mais je ne pense pas qu’il soit déterminant ici.
    - je retiens ton argument de la population de profs partis pour plus tard
    Ludo : Comme Miss Ska, vous parlez beaucoup de l’impact des Lods, que j’appelle le quartier Rameau. Mais on ne peut tout de même pas réduire les Hauts de Rouen à ces quelques bâtiments.
    Par contre, tu parles des dégradations et du manque de réhabilitations. Penses-tu donc que Rouen Habitat ou ex Rouen Développement portent une lourde responsabilité comparativement à Quevilly Habitat ou l’OPAC 76 ?

    Mon sentiment à ce sujet est que le principal problème des Hauts de Rouen réside dans son déséquilibre sociologique (pour le plaisir d’enfoncer une porte ouverte ;). Miss Ska évoquait les “minorités visibles” et la pauvreté. Je crois que c’est le problème le plus important, même s’il y en a d’autres.
    En effet, il ne me paraît pas raisonnable d’affirmer qu’il y a un déficit d’équipements, d’espaces verts, ou de transports en commun, il suffit de penser aux autres quartiers rouennais, par exemple le quartier chic situé au dessus de la gare…
    Pourquoi ce n’est pas aussi sensible à Mont-Saint-Aignan ou au Grand-Quevilly ? Il n’est pas interdit de penser que la politique d’attribution des logements sociaux, contrôlée par les municipalités, n’a pas été la même dans les trois communes.
    Comment remédier au problème ? Certainement pas en présentant des esquisses d’urbanisme (même si je ne nie pas leur utilité) mais en proposant une véritable politique de mixité sociale, en s’appuyant sur des projets concrets.
    Pour les prochaines municipales à Rouen, je serai particulièrement attentif aux mesures en ce sens, par exemple en affichant un pourcentage “raisonnable” de logements sociaux dans les futurs programmes de Luciline.

    Posté par Inachis Io | octobre 4, 2006, 20:16
  7. je suis tout à fait d’accord avec toi et c’est pour ça que je parlais des “personnes qui n’avaient pas vraiment le choix”. les commissions d’attributions de logements n’ont pas joué sur la mixité sociale. et c’est aussi vrai dans les verres et acier que dans les Verdi, qui se sont dégradés encore plus rapidement. ces quartiers ne manquent pas d’équipements mais ceux qui existent sont laissés un peu à l’abandon. par exemple, le gymnase Giraudoux qui a brulé depuis plus d’un an et où aucun travaux n’ont eu lieu. quelle impression cela donne quand tu arrives à la Grand Mare. Mais ce quartier vit encore, on le voit pendant les diverses animations et j’espère qu’il vivra de plus en plus.
    mais il est vrai aussi que pour une bonne mixité sociale, il faut des logements sociaux dans le centre ville et dans les nouvelles zones à construire.

    Posté par ludo | octobre 5, 2006, 1:20
  8. Voila plus de deux ans que la démolition de l’immeuble César Frank, à la Grand Mare, s’est achevée. On nous promettait de beaux bâtiments avec des commerces comme vous pourriez voir par vous même à cette adresse http://img92.imageshack.us/img92/299/futurai9.jpg

    C’est sûr, c’est tout beau tout propre sur papier mais, aujourd’hui, on a toujours ce large terrain vague.

    En revanche, j’ai comme l’impression que le terrain qu’occupait l’immeuble Castor à la Lombardie ne subira pas le même sort car bien évidemment TEOR oblige.

    Posté par Karl•Kani | octobre 6, 2006, 1:19
  9. que penser de cet article glané sur la toile ?
    Moi ça m’interpelle quelque part pour avant et après la réhabilitation de ces immeubles ( deux morts! celà aurait pu être dix fois pire). Nos petites tours infernales à Rouen…
    ———————————————————–

    Réhabilitation immeubles Lods à Rouen :
    Si innovante soit elle, la structure de ces immeubles de verre et d’acier représente un réel danger lors d’un incendie. En effet que ce soit sous les planchers ou en façade une importante circulation d’air ne demande qu’à attiser un feu. Ajoutons à cela un système de chauffage à air pulsé qui parcourt tout le bâtiment et au centre de celui-ci une immense cheminée, nous imaginons à quelle vitesse un incendie peut se propager, piégeant à l’intérieur ses occupants. N’oublions pas que l’acier ne résiste pas au feu très longtemps, et oui ça fond et ramollit, joli château de cartes. L’actualité a été témoin de plusieurs incendies dont au moins un mortel dans ces bâtiments (2 morts).
    Il est d’ailleurs bon à signaler que si les surfaces des bureaux seront de grandes tailles ce n’est pas pour le confort mais parce la structure ne peut supporter qu’un certain poids au mètre carré, norme qui serait dépassée et donc jugée dangereuse si le nombre des bureaux était plus élevé.
    Nous nous demandons qui assumera sa responsabilité si une nouvelle catastrophe devait arriver lorsque ses immeubles accueilleront des bureaux. Les incendies ne se déclenchent pas que la nuit…
    Quant aux pompiers,nous avons ouie dire qu’il n’étaient plus aussi chauds (sans jeu de mots) pour revalider le nouveau projet.
    En effet, mettre aux normes un bâtiment ne veut pas dire le truffer d’alarmes à incendie mais éviter que le feu se déclare et se propage à une vitesse grand V.
    En gros, IBS se débarrasse du bébé, la ville de Rouen en fait l’acquisition, bâtiments classés, impossible de démolir, une solution miracle dans le cadre du grand projet de Ville, des bureaux….
    Comme quoi la sécurité donc la vie n’est rien face au profit.

    Posté par Hafif | mars 17, 2007, 17:35

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