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Histoire

Assommoir-sur-Seine

Miss Ska vous plonge aujourd’hui dans une ambiance à la Zola, avec cette différence que l’écrivain, dans les Rougon-Macquart, rédige en romancier, non en journaliste-enquêteur, et qu’il peut donc noircir éventuellement la réalité pour la rendre plus « intéressante ». Alors que là, c’est un journaliste qui parle.
Nous sommes le 8 janvier 1863. Dans le Journal de Rouen, ancêtre comme on sait, de Paris-Normandie, Eugène Noël, un rédacteur dont il a été question dans un précédent post, décrit le malheur qui vient de s’abattre sur les ouvriers rouennais.

En Seine-Inférieure, la guerre américaine de Sécession a des conséquences dramatiques, comme alors dans plusieurs autres centres textiles. Les arrivées de coton américain ont en effet chuté énormément au Havre, les plantations des deux Caroline, de Virginie ou de Géorgie se trouvant souvent à l’abandon, et le blocus empêchant de toute façon les exportations.
Dans la région rouennaise, de nombreuses manufactures textiles licencient donc à tour de bras. Or les ouvriers gagnent trop peu (2 à 3 F par jour) pour faire des économies, et en l’absence pour eux d’indemnités-chômage, la misère survient aussitôt.

Ce n’est certes pas la première crise que connaît le textile, et le récent traité de libre-échange avec l’Angleterre (1860) avait déjà entraîné des faillites. Mais en 1863 la crise rebondit très durement, et les rares sociétés de secours mutuel, ou les comités de bienfaisance font difficilement face aux multiples situations d’indigence.

Eugène Noël répond par avance à ceux qui accusent les ouvriers de trop fréquenter le cabaret : « Quand, pendant une longue journée, on a eu devant les yeux les 1000 broches d’un métier en mouvement ; quand, 10 heures durant, on a entendu le fracas des moteurs (…), quand on a respiré l’air lourd et tiède de la manufacture, on éprouve une sorte d’hallucination. L’immobilité relative qui succède à ce mouvement quasi-perpétuel fatigue horriblement, le silence devient un supplice, l’appétit est médiocre et (…) comme autour de la table ne se pressent qu’une femme et des enfants aussi épuisés que le père, celui-ci cherche trop souvent dans son verre les forces qu’il ne trouve pas ailleurs ».

Deux réflexions de Miss Ska, en attendant les vôtres. Certes les temps ont bien changé, mais :
- en Chine, en Asie du sud-est, où a été délocalisé en partie le textile normand, les ouvriers sous-payés ne vivent-ils pas des situations parfois comparables ?
- l’alcoolisme, fléau-tabou de notre époque, n’est-il pas souvent lié au stress à l’égard du travail, que l’on cherche un emploi désespérément, que l’on soit découragé d’en chercher un, ou que l’on subisse des conditions de travail très pénibles ?

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